24 juillet 2009
Un spécialiste du commerce international souligne les avantages de l’AGOA.
Washington – Un accès plus facile au marché des États-Unis – la clé de voûte de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique subsaharienne (AGOA) – demeure un « élément clé » de la croissance à long terme et du développement de l’Afrique, a déclaré un spécialiste des questions commerciales, M. Anthony Carroll, lors d’un entretien accordé le 21 juillet à America.gov.
Vice-président de la société de conseil Manchester Trade Ltd dont le siège est à Washington, M. Carroll a fait état des avantages, et également des lacunes, de l’AGOA, dont le Huitième Forum annuel aura lieu cette année du 4 au 6 août à Nairobi (Kénya). « L’AGOA a toujours été conçue pour (…) renforcer l’accès aux marchés. C’est, j’en suis convaincu, ce qui favorisera le développement économique et l’évolution de l’Afrique, et qui l’aidera à être plus compétitive non seulement à l’échelle du continent, mais sur le plan international. »
Depuis neuf ans que l’AGOA est entrée en vigueur, a-t-il dit, on a compris que l’accès aux marchés ne suffisait pas, mais qu’il fallait y associer une assistance technique, le développement de l’infrastructure et la modernisation des moyens de commercialisation afin que l’Afrique puisse pleinement tirer profit de l’AGOA et d’autres accords commerciaux.
À propos des progrès réalisés en Afrique grâce à l’AGOA, promulguée à l’origine le 18 mai 2000, M. Carroll a déclaré : « Je pense que l’AGOA a considérablement contribué au développement des relations commerciales de l’Afrique, non seulement avec les États-Unis, mais avec le monde entier. La seule chose que nous déplorons est que ces avantages ne se soient pas propagés plus largement sur le plan géographique. Il y a encore certains pays qui sont peu touchés par l’AGOA et, sur le plan des catégories de produits concernés, la grande majorité des échanges porte sur le secteur des hydrocarbures et des minerais. Je pense que cela masque l’incapacité de pénétrer d’autres secteurs qui pourraient fournir des emplois et des avantages économiques plus profonds, notamment dans le secteur agricole. »
À titre d’illustration, il a déclaré : « Dans le secteur agricole, il existe certainement des domaines dans lesquels l’Afrique est compétitive et peut le devenir encore plus. Je pense notamment au café, au thé, aux spécialités horticoles, à la pisciculture et à la pêche. Tous ces secteurs connaissent une bonne croissance.»
Toutefois, lorsqu’il s’agit d’autres catégories de produits du secteur agricole, l’Afrique est limitée par deux choses : « Premièrement, l’AGOA n’accorde pas de traitement préférentiel à certains produits pour lesquels l’Afrique pourrait être plus compétitive, notamment le sucre, le tabac et l’arachide. Deuxièmement, certains produits alimentaires dépendent absolument de certains éléments d’infrastructure pour leur transport à destination d’installations portuaires aux fins d’exportation vers des marchés tels que celui des États-Unis. »
M. Carroll a cité à titre d’exemple les oignons, qui sont un excellent produit du nord du Nigéria et du nord du Ghana. « Leurs variétés d’oignon sont excellentes, mais l’absence d’entrepôts empêche ces produits d’atteindre les marchés en bon état. De plus, le réseau routier et les transports maritimes sont limités, ce qui entrave l’exportation de ce produit. »
Au sujet du prochain Forum de l’AGOA, M. Carroll a souligné que la présence de ministres du gouvernement Obama était un signe indubitable de l’importance que les États-Unis accordaient à l’Afrique et à leurs relations commerciales avec ce continent. Les trois principaux éléments de ce forum seront le secteur public, le secteur privé et la société civile, a-t-il dit.
Ferme partisan de la coordination entre le secteur privé et la société civile, il a déclaré que cette dernière jouerait un rôle important au Forum. « Je pense qu’à notre époque la responsabilité morale des entreprises exige un engagement et un dialogue avec la société civile. Nous l’avons constaté aussi bien au niveau des accords commerciaux et de la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce qu’en ce qui concerne les pratiques commerciales. »
« Il faut se souvenir, a-t-il ajouté, que les groupes de la société civile qui participent habituellement à ce Forum sont des organisations désireuses de renforcer les relations commerciales de l’Afrique avec les États-Unis. Il s’agit en majorité d’organisations dirigées par des femmes, d’associations de petites productrices agricoles, qui cherchent également à savoir comment elles peuvent bénéficier de l’AGOA. » La coopérative rwandaise essentiellement composée de femmes qui ont survécu au génocide de 1994 et qui fabriquent des paniers vendus par la chaîne de grands magasins Macy’s aux États-Unis est un excellent exemple de ces groupes.
Selon M. Carroll, il importe par-dessus tout que le Forum de l’AGOA soit l’occasion d’écouter les Africains. « C’est d’ailleurs l’objectif de ce Forum : instaurer un dialogue utile. Je pense que les Africains savent mieux que quiconque ce qui marche et ce qui ne marche pas pour ce qui est de l’accès aux marchés, et de quelle assistance technique ils ont besoin. Je pense que nous devons être prêts à recueillir ces informations et à nous en servir ensuite pour améliorer constamment l’AGOA », qui a déjà été modifiée plusieurs fois depuis sa promulgation initiale.