Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

31 août 2009

Les dépenses d'infrastructure peuvent-elles conduire à la relance économique ?

Un meilleur réseau routier peut stimuler l'économie tout en posant les bases d'une croissance durable.

 

Washington - Moderniser l'infrastructure des transports non seulement facilitera la circulation des personnes et des biens, tout en la rendant plus sûre, mais suscitera aussi l'essor économique. C'est ce qu'affirme le gouvernement des États-Unis, un avis que partagent de nombreux analystes.

« Les dépenses d'infrastructure donnent de très bons rendements et les pouvoirs publics ont tout intérêt à y investir », a dit Mark Zandi, économiste principal à Moody's Economy.com. « Comme nous avons sous-investi dans ce secteur, une grande partie de notre infrastructure est vieille, dangereuse pour le public, parfois même croulante. »

La loi sur la relance économique promulguée en 2009 alloue 135 milliards de dollars en fonds fédéraux à des projets d'infrastructure. Chaque dollar déboursé dans ce secteur ajoute de 1,50 à 1,75 dollar au produit intérieur brut de l'année suivante, a indiqué M. Zandi. Les projets de construction créent de l'emploi et l'argent gagné, puis dépensé, par les ouvriers du bâtiment circule dans l'économie nationale ; les fonds alloués à ces projets vont également aux fournisseurs de matériel et de machines, qui créent à leur tour d'autres emplois.

Chaque milliard de dollars déboursé dans la construction non résidentielle conduit à la création de 28.500 emplois dont un tiers appartient au bâtiment et un sixième aux fournisseurs de matériel de construction, le reste étant généré par les chefs et les travailleurs d'entreprise, selon une étude menée par le professeur Stephen Fuller, de l'université George Mason.

La plus grande partie des fonds alloués à l'infrastructure des transports par la loi sur la relance de 2009 est consacrée aux transports ; le reste a été alloué, en ordre descendant, au bâtiment, à l'énergie et à la technologie, à des projets d'eau et d'autres initiatives environnementales, a indiqué Ken Simonson, économiste principal à l'Associated General Contractors of America, le groupe professionnel qui a commandité l'étude menée par M. Fuller.

« C'est vraiment le bon moment pour faire de la construction étant donné que les matériaux sont bien moins chers que l'an dernier », et que les entrepreneurs sont beaucoup plus disponibles, a souligné M. Simonson. « Les bienfaits durables qu'apporte l'infrastructure à l'économie sont la meilleure raison de lui allouer les fonds de relance. » M. Simonson a noté, entre autres, comment de tels projets peuvent aussi réduire la pollution et améliorer la productivité, la qualité de vie et la sécurité sur les routes. Des artères en bon état, par exemple, réduisent le nombre de goulets d'étranglement qui entraînent des coûts supplémentaires pour les transporteurs de marchandises.

M. Tony Dorsey, de l'Association américaine des administrateurs des autoroutes et du transport des États fédérés, a indiqué qu'un projet visant à doubler le nombre des pistes de circulation sur un pont de la région de Washington, de 6 à 12 en l'occurrence, avait amélioré de manière très significative les transports sur la côte Est des États-Unis. En outre, la sécurité deviendra meilleure quand les artères de l'avenir seront en mesure de fournir des informations sur les conditions de la route et sur la circulation en temps réel aux automobilistes et que les véhicules seront dotés de dispositifs qui permettront d'éviter les collisions en communiquant leurs positions.

Certains économistes mettent en garde contre des dépenses massives consacrées à l'infrastructure, celles-ci n'ayant pas réussi à faire sortir le Japon de la récession pendant les années 1980. Mais M. Zandi souligne que cette situation-là découlait du fait que les responsables japonais avaient déjà fait d'énormes investissements dans l'infrastructure du pays, d'où le rendement réduit à l'époque. Aux États-Unis, dit-il, il est clair en revanche que beaucoup plus d'investissements dans l'infrastructure sont nécessaires.

Le secteur de l'infrastructure nationale a été vraiment sous-financé aux États-Unis. C'est la conclusion d'une étude menée par la Commission sur le financement de l'infrastructure nationale des transports terrestres, une commission parlementaire bipartite. « Notre réseau d'autoroutes et de voies de transport s'est détérioré à un degré tel que notre sécurité, notre compétitivité et notre qualité de vie en sont menacées », indique le rapport de la commission.

La circulation sur les artères nationales a pratiquement doublé entre 1980 et 2006 tandis que le nombre de kilomètres d'autoroutes n'a augmenté que d'à peine 5 %. Les dépenses en chiffres réels par kilomètre ont diminué de près de moitié depuis la fin des années 1950.

Il y a un tel besoin de projets d'amélioration de l'infrastructure que les fonds alloués par la loi sur la relance peuvent être considérés comme un acompte seulement, toujours selon le rapport de la commission. La différence entre les fonds disponibles et les sommes qu'il faudrait consacrer pour mener à bien tous les projets d'infrastructure nécessaires s'élève à près de 400 milliards de dollars pour la période de 2010 à 2015, et atteindrait 2,3 mille milliards d'ici 2035. Mobiliser de telles sommes sera un défi difficile à relever avec le déficit budgétaire qui croît et les craintes quant à l'avenir des prestations sociales.

À long terme, les États-Unis ont besoin d'un processus plus efficace et mieux coordonné de financement et de développement de leur infrastructure, souligne l'étude de la commission parlementaire.

Les États-Unis ont toujours compté sur la taxe sur l'essence pour financer l'entretien des autoroutes, mais celle-ci n'a pas augmenté depuis 1993. Les options actuellement envisagées sont une banque nationale pour l'infrastructure, davantage d'autoroutes à péage et des partenariats entre le secteur public et privé.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?