06 août 2009

Nairobi (Kénya) - Pour des millions d’Africains, l’agriculture est vitale car elle est leur seule source de revenus et d’aliments. Elle constitue le principal secteur de l’économie du continent et la locomotive de toute croissance future, a déclaré la secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton, le 5 août, à l’issue de sa visite à l’Institut de recherche agronomique du Kénya (KARI).
« Pour la communauté mondiale, a-t-elle dit, le développement de l’agriculture peut permettre de faire face aux problèmes les plus urgents auxquels nous nous heurtons, dont la sous-alimentation chronique, qui touche près de un milliard de personnes de par le monde, soit une personne sur trois en Afrique, pour la plupart des enfants. »
Mme Clinton se trouvait à Nairobi où elle a assisté au Huitième Forum de l’AGOA, pendant la première étape de sa tournée dans sept pays africains, qui la conduira en Afrique du Sud, en Angola, en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Libéria et au Cap-Vert.
Au KARI, elle a souligné que les scientifiques œuvraient pour mettre au point les moyens susceptibles d’améliorer la productivité des exploitations africaines, ce qui « entre dans le cadre d’une stratégie plus vaste visant à renforcer tout le secteur agricole dans le but d’accroître les revenus, d’appuyer les collectivités rurales et de susciter la croissance économique ».
« Les avantages d’un système agricole solide sont très importants, et ils le sont pour le monde entier », a-t-elle ajouté, en faisant remarquer que la plupart des terres arables encore inexploitées dans le monde se trouvaient en Afrique. « De plus en plus, le monde se tournera vers l’Afrique pour son approvisionnement, et j’espère que lorsque le monde le fera (…) ce seront les Africains et les agriculteurs africains qui en bénéficieront. »
Mme Clinton a déploré le fait que l’agriculture africaine « a été entravée par des décennies de guerre qui ont contraint les cultivateurs à abandonner leurs champs, par des maladies qui trop souvent touchent les jeunes et les forts, par les changements climatiques (…) Les agriculteurs en Afrique se sont aussi heurtés au manque d’investissements de la part du secteur privé, des États et de la communauté internationale ».
Ces facteurs et d’autres « ont érodé les fondations de l’agriculture africaine », a-t-elle dit en soulignant toutefois que les scientifiques du KARI étaient en train de remettre en état ces fondations en jouant un rôle de premier plan pour ce qui était de la culture de plantes plus résistantes et plus productives malgré des conditions rigoureuses, telles que « du manioc résistant aux maladies, des patates douces enrichies de vitamine A pour prévenir la cécité, du maïs pouvant pousser en période de sécheresse ».
Les travaux réalisés dans les laboratoires du KARI et dans d’autres centres de recherche africains peuvent contribuer à accroître les revenus des agriculteurs africains de manière qu’ils puissent subvenir aux besoins de leurs familles sans être obligés de retirer leurs enfants de l’école ou de vendre leur bétail pour survivre lors de pénuries alimentaires, a-t-elle fait remarquer.
« Il est temps aussi d’innover » dans les secteurs des télécommunications, de la micro-finance et même de la micro-assurance de façon à aider les agriculteurs à prospérer. En Ouganda, a-t-elle ajouté, les agriculteurs reçoivent des textos sur leurs téléphones portables au sujet des moyens de diagnostiquer les maladies qui attaquent leurs champs et de les traiter.
Une autre initiative consistera à fournir aux agriculteurs des prévisions météorologiques locales et des conseils techniques, ainsi que d’autres informations, notamment dans le domaine de la santé.
« De telles innovations font partie d’une approche qui porte sur tous les aspects de l’agriculture, d’une approche qui établit des liens entre les résultats obtenus dans des laboratoires tels que celui-ci et les champs où les cultivateurs travaillent tous les jours », a-t-elle dit.
La secrétaire d’État a exprimé l’engagement du gouvernement Obama à apporter un grand soutien aux mesures visant « à renforcer toute la chaîne agricole en Afrique et de par le monde », ce qui est essentiel pour susciter la croissance économique et pour relier l’Afrique au reste du monde.
« Nous sommes convaincus que le fait d’investir dans le secteur agricole constitue l’une des stratégies qui donnent le plus de résultats et qui sont les plus rentables pour réduire la pauvreté, sauver des vies et améliorer les conditions de vie de la population », et c’est pourquoi il s’agit d’un élément important de la politique étrangère du gouvernement Obama, a-t-elle déclaré.
En juillet, les États membres du G8 et d’autres bailleurs de fonds se sont engagés, à consacrer 20 milliards de dollars aux mesures visant à mettre fin à la sous-alimentation dans le monde, non seulement en fournissant une aide alimentaire de courte durée, mais aussi en faisant des investissements durables. Les États-Unis, a-t-elle indiqué, ont promis 3,5 milliards de dollars dans ce cadre pour aider à mettre au point des programmes spécifiques contre la sous-alimentation.
Faisant les éloges des travaux du KARI, Mme Clinton a souligné que le partenariat entre les États-Unis et cet organisme remontait à quarante ans. L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a fourni, par exemple, plus de 4 millions de dollars au KARI depuis 2003 pour la mise au point et le transfert de techniques agricoles.
Pendant sa visite au KARI, Mme Clinton était accompagnée du ministre américain de l’agriculture, M. Tom Vilsack, qui a participé lui aussi au Huitième Forum de l’AGOA, et de l’homologue kényan de ce dernier, M. William Samoei Ruto.
M. Ruto a rendu hommage aux États-Unis et indiqué que près de 50 % du personnel du KARI y avaient reçu une formation universitaire en étroite collaboration avec le ministère américain de l’agriculture. Les travaux entrepris dans cet institut, a-t-il dit, mettent en évidence le rôle important de la recherche scientifique pour transformer l’agriculture en un secteur rentable.
Le KARI est « un symbole clair du partenariat qui existe entre les États-Unis et le Kénya » et cet institut de recherche œuvre pour trouver les moyens qui permettront aux agriculteurs kényans de tirer parti de la commercialisation accrue de leurs récoltes principales de thé, de café et de noix de cajou.
Pour sa part, le ministre américain de l’agriculture, M. Vilsack, dont le ministère a depuis longtemps des rapports étroits avec le KARI, a rappelé à l’auditoire la crise alimentaire internationale de 2008 qui avait touché 1 milliard de personnes, dont 265 millions en Afrique.
Les spécialistes de son ministère prévoient que le nombre de personnes sous-alimentées augmentera de 11 % en 2010. C’est pourquoi « un changement transformateur » doit se produire et que chaque pays doit adopter un plan de sécurité alimentaire, la transparence et la bonne gouvernance.
L’agriculture est importante, a-t-il ajouté, parce que ce secteur représente près de 30 % du produit intérieur brut de l’Afrique subsaharienne et 60 % des emplois.
M. Vilsack a indiqué qu’il s’était rendu la veille dans une école africaine qui comptait de nombreux orphelins. « Bien que je n’ai jamais vraiment souffert de la faim comme tant d’Africains, je peux comprendre les sentiments de ces élèves parce que j’étais moi-même orphelin, a-t-il déclaré. Quand j’étais enfant, je pensais aux livres et au base-ball. Les enfants que j’ai rencontrés hier ne voulaient qu’une seule chose : être nourris et étudier. Si cela n’est pas une raison suffisante pour nous inciter à collaborer et à faire tout notre possible pour que ces enfants ne souffrent pas de la faim, alors je ne sais pas ce qui pourrait nous pousser à le faire. ».