04 août 2009
Nairobi (Kénya) - Le Centre de compétitivité mondiale de l'Afrique orientale et centrale est l'un des quatre pôles de ce genre parrainés par Washington en Afrique pour promouvoir le commerce entre les États-Unis et ce continent mais aussi entre ses différentes régions. Ce centre a été directement impliqué dans la signature d'accords d'une valeur d'au moins 29 millions de dollars depuis sa création en 2003.
Le centre a été établi à Nairobi par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Les autres trois centres - à Dakar (Sénégal), à Accra (Ghana) et à Gaborone (Botswana) - ont joué un rôle direct dans des accords totalisant plus de 135 millions de dollars depuis leur ouverture au début de la décennie.
Trois fonctionnaires de l'USAID basés à Nairobi ont pris part à une interview avec America.gov le 1er août pour expliquer les opérations du centre : Stéphanie Wilcock, conseillère en matière de commerce régional ; Larry Meserve, directeur régional adjoint ; et Kim Wylie, spécialiste de l'aide au développement et de la communication.
Tous les trois étaient très occupés par les préparatifs pour le Huitième Forum sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) qui se tient du 4 au 6 août à Nairobi (Kénya), et qui est connu sous le nom de Forum de l'AGOA.
Depuis son ouverture en 2003, le centre a collaboré avec des centaines d'entreprises et a été à l'origine de millions de dollars en exportations vers les États-Unis, notamment dans le cadre de l'AGOA.
Parmi les entreprises qui ont bénéficié de la collaboration avec ce centre : la Kenana Knitters du Kénya qui a triplé ses effectifs et vend actuellement ses tricots aux États-Unis, notamment dans la chaîne de magasins de luxe Saks Fifth Avenue ; l'entreprise Gahaya Links du Rwanda a pu créer plus de 3.000 emplois en tissant et exportant des paniers décoratifs à la chaîne Macy's ; d'autres encore, telles les fabriques de vêtements Novastar Garments d'Éthiopie et Phenix Logistics de l'Ouganda qui ont maintenant une présence sur le marché américain grâce au centre.
Ce dernier organise également de nombreux ateliers pour informer les chefs d'entreprises de la région des moyens de modifier leurs marchandises pour qu'elles soient admissibles au traitement préférentiel de l'AGOA et exportées aux États-Unis, a dit Mme Wilcock. Le personnel du centre œuvre aussi pour identifier les entreprises locales qui pourraient éventuellement exporter leurs produits sur le marché américain et amène des représentants de compagnies africaines à des foires commerciales aux États-Unis pour présenter leurs marchandises aux acheteurs américains.
Mme Wilcock a indiqué que le centre fonctionne actuellement avec un budget accru et coordonne ses activités de près avec le secteur privé dans toute la région afin de convaincre les parlementaires africains de faciliter le processus régional des échanges commerciaux.
« Ayant d'abord concentré leur attention sur le commerce dans le cadre de l'AGOA, ces centres ont maintenant élargi leurs activités et se sont rendu compte qu'il y avait certains obstacles qui empêchaient de tirer parti de l'AGOA, dont un climat peu avantageux pour les affaires et le coût élevé des transports et de l'énergie », a expliqué Mme Wilcock.
Elle a ajouté que le centre de Nairobi avait d'abord porté son attention sur les échanges commerciaux sous l'AGOA mais qu'il avait rapidement diversifié ses programmes pour améliorer l'aspect du transport des marchandises « en provenance de la région et pour réduire leurs coûts ».
À ce sujet, Mme Wilcock a donné l'exemple suivant : « Malaba est un point de passage ferroviaire important entre l'Ouganda et le Kénya, c'est pourquoi nous avons œuvré pour réduire l'attente à la douane en mettant en vigueur un processus à étape unique qui permet aux deux parties de dédouaner simultanément les marchandises. »
La durée du processus douanier est maintenant de trois heures au lieu de trois jours, ce qui économise de l'argent et du temps à toutes les parties concernées. Et cette nouvelle méthode commence maintenant à être appliquée aux transports routiers.
M. Meserve a dit que le centre collabore actuellement avec le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) et d'autres organismes économiques régionaux pour réduire les obstacles au commerce et pour « favoriser une politique commune » dont toutes les parties impliquées pourraient bénéficier.
Cela comprend des initiatives pour faciliter le transit régional et pour encourager des tarifs communs et des postes frontaliers où toutes les procédures douanières peuvent être achevées en un seul endroit. Mais cela n'est pas toujours possible étant donné que la plupart des pays suivent des procédures bilatérales, a expliqué M. Meserve.
La contribution du centre apporte « une valeur ajoutée en offrant une approche régionale pour trouver des solutions aux problèmes et éliminer les obstacles au commerce », a ajouté M. Meserve.
« L'utilisation de systèmes régionaux communs, dit-il, ont en effet « fait baisser de manière significative la durée des transports des marchandises, réduisant par conséquent les coûts généraux pour les entreprises. Nous œuvrons de concert avec les ports, et l'Association des transporteurs de fret de l'Afrique de l'Est, pour établir des normes et des procédures de certification communes. »
Les commerçants sont obligés d'acheter une caution de douane dans chacun des pays par lesquels transitent leurs marchandises, pour garantir que celles-ci ne seront pas vendues sur place. Mais son remboursement peut prendre jusqu'à un an.
Selon Mme Wilcock, quelque 500 millions de dollars sont immobilisés dans ce système de caution de douane ; si un système régional était adopté, ces capitaux seraient disponibles pour faire de nouveaux investissements.
Mme Wilcock a également expliqué qu'une approche régionale au commerce donnerait un avantage concurrentiel à l'Afrique. « Le transit fait une grande différence au niveau de la compétitivité internationale. »
Une approche régionale serait aussi un avantage dans le secteur des services financiers et les coûts des transports, qui en Afrique subsaharienne sont parmi les plus élevés dans le monde, dit-elle : Si vous arrivez à une intégration financière au niveau régional, vous pourrez alors réduire ces coûts » et votre marchandise pourra être vendue à des prix plus concurrentiels.
La question du coût des transports est particulièrement pertinente dans le secteur du coton et des textiles étant donné que plusieurs pays sont souvent impliqués dans leur manufacture, a expliqué Mme Wilcock.
« Le Kénya est un gros producteur de vêtements, la Tanzanie a des manufactures de tissu en coton, celui-ci pousse en Ouganda, tandis que d'autres éléments des vêtements sont manufacturés dans divers autres pays », a dit Mme Wilcock. Alors les tarifs douaniers dans chacun des pays impliqués dans la production d'un vêtement ajoutent d'énormes coûts à celui-ci et le rendent moins concurrentiel sur le marché régional ou international.
La spécialiste de l'aide au développement et de la communication de l'USAID au centre de Nairobi, Kim Wylie, a dit en conclusion : « Si le commerce régional est accru, si la pauvreté est réduite et si une classe moyenne africaine est créée, imaginez alors le marché qui existera rien qu'en Afrique pour tous ces produits africains, et cela conduira à encore plus de croissance économique et de développement sur tout le continent. »