27 avril 2009

Washington - Bien que l'on ne connaisse pas encore l'ensemble des effets de la crise économique mondiale sur le développement en Afrique, un groupe de spécialistes du développement et des finances dans ce continent se sont réunis le 23 avril à Washington pour parler de la crise et pour offrir des recommandations aux responsables qui assistaient aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.
Ce groupe se composait notamment de Jeffrey Krilla, directeur général du cabinet Sonnenschein Nath & Rosenthal LLP, de Katrin Kuhlman, présidente de la fondation Trade, Aid and Security Coalition of the GlobalWorks, et d'Eva Bakonyi, responsable en chef des partenariats et des relations avec les donateurs de la Société financière internationale (SFI), qui relève de la Banque mondiale.
Selon M. Krilla, qui a acquis une grande expérience en matière de création d'entreprises et d'agroalimentaire en Afrique, la « bonne nouvelle » pour ce continent, c'est que, étant « le moins intégré » dans l'économie mondiale, il n'a pas subi jusqu'ici la plupart des premiers effets de la crise financière. La « mauvaise nouvelle », a-t-il ajouté, c'est qu'il en subit maintenant les contrecoups ainsi que les effets de la récession mondiale.
La définition des domaines dans lesquels l'Afrique est actuellement touchée constitue à son avis le premier pas à faire en vue de s'attaquer à la crise. Ces dernières années, l'inflation dans ce continent a fortement diminué pour passer de 22 % en moyenne à moins de 10 %. C'est là le résultat direct de l'adoption de réformes économiques par les États africains. « Presque tous les pays africains, a-t-il dit, se sont orientés sans à-coups, bien que lentement, vers une économie de marché. »
Ces pays doivent continuer sur cette voie réformiste et ne pas revenir en arrière en ces temps difficiles, a-t-il souligné en faisant remarquer que les pays qui reviendraient en arrière se trouveraient encore plus à la traîne lorsque la reprise de l'économie mondiale aurait lieu.
M. Krilla a offert quelques recommandations en vue d'aider l'Afrique à surmonter la crise. Les grands partenaires commerciaux doivent résister à la tentation du protectionnisme et faire en sorte que les pays en développement africains et autres aient suffisamment accès au crédit pour financer leurs échanges commerciaux. Pour leur part, les États africains doivent se garder de retourner à une économie dirigiste ou de se servir de la crise comme excuse pour renationaliser des entreprises ou pour intervenir dans l'économie, « ce qui s'est révélé par le passé si nuisible pour l'ensemble de la population et si lucratif pour un tout petit nombre ».
Il serait également bon, a-t-il dit, que les pays africains profitent de la crise pour supprimer les obstacles auxquels se heurtent les entreprises afin d'encourager l'accroissement des échanges commerciaux et de l'intégration régionale.
Pour sa part, Mme Kuhlman s'est également déclarée d'avis que l'intégration régionale, la modernisation de l'infrastructure et l'amélioration des capacités commerciales étaient importantes pour le développement. En outre, elle a recommandé que la politique économique et commerciale tienne davantage compte de l'agriculture.
« Lorsqu'on parle des échanges commerciaux avec l'Afrique, en particulier ici à Washington, on parle beaucoup de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), mais cette loi ne porte pas sur l'agriculture. Elle a créé des possibilités dans d'autres domaines, mais pas vraiment dans le secteur agricole. C'est pourtant un domaine qui offre de grandes possibilités de croissance durable », a-t-elle dit.
Si l'AGOA a permis de créer des centaines de milliers d'emplois dans le secteur de l'habillement dans 5 grands pays africains, ces emplois à eux seuls ne vont pas être le facteur essentiel pour susciter une croissance durable, a-t-elle fait remarquer. L'agriculture représente près de 40 % du produit intérieur brut des pays africains et une proportion énorme de leurs exportations et elle emploie quelque 450 millions d'Africains.
Quant à Mme Bakonyi, elle a indiqué que la Société financière internationale cherchait à aider l'Afrique à faire face à la crise actuelle. LA SFI, a-t-elle dit, a pour vocation d'encourager les investissements du secteur privé dans les secteurs de l'infrastructure, de la santé et de l'enseignement dans les pays en développement aussi bien en Afrique qu'ailleurs. En outre, elle offre des conseils et une assistance technique, ce qui est très important car « l'argent à lui seul ne peut pas résoudre les problèmes de développement de l'Afrique ».
Les investissements de la SFI dans le continent africain, a-t-elle précisé, ont augmenté considérablement pour passer de 140 millions de dollars en 2003 à plus de 1,4 milliard ces deux dernières années, mais il est possible qu'ils ne s'accroissent pas davantage à court terme à cause de la crise financière.
Pour ce qui est de cette crise, Mme Bakonyi a indiqué que les pays africains n'avaient pas pu échapper aux répercussions de la récession économique mondiale et que le taux de chômage y avait fortement augmenté, créant de grandes difficultés pour la population.
Si la SFI met l'accent sur la coopération et le partenariat dans le cadre de ses activités, a-t-elle dit, en cette période de crise elle leur accorde une importance encore plus grande. La coopération et le partenariat au niveau international entre les banques, entre les entreprises et entre les États sont essentiels pour sortir de cette crise, a-t-elle déclaré en indiquant à titre d'illustration que la SFI œuvrait de concert avec des organismes de développement de l'Allemagne, du Japon et d'autres pays pour favoriser le développement en Afrique.