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01 avril 2009

La création « d'emplois verts » : un but valable mais parfois insaisissable

Il faut éviter d'en faire une expression passe-partout.

 
Des panneaux photovoltaïques à Los Angeles
La demande croissante des panneaux photovoltaïques implique la nécéssité d'embaucher plus d'ingénieurs spécialisés en énergie solaire.

Washington - À la conférence « Bons emplois, emplois verts » tenue en février à Washington, l'enthousiasme des défenseurs de l'environnement et des syndicalistes était palpable.

Depuis des années, les militants prêchent la création d'emplois « verts » ou écologiques - des emplois liés à la production de sources d'énergie de substitution et à la mise au point de systèmes industriels efficaces sur le plan énergétique - comme étant un objectif de grand mérite qui permettrait de rétablir la primauté des États-Unis dans le secteur manufacturier, de réduire leur dépendance à l'égard des importations de pétrole et de remédier au réchauffement de la planète. Aujourd'hui, ils parlent « d'un nouveau contrat social vert », faisant allusion aux politiques économiques et sociales lancées par le président Franklin Roosevelt pour faire face à la grande crise des années 1930.

Selon Apollo Alliance, un groupe écologiste qui a participé à l'organisation de ladite conférence, les quelque 115 milliards de dollars inclus dans la loi sur la relance économique adoptée cette année, alloués à des projets consacrés à l'énergie renouvelable et aux transports publics représentent pratiquement un tel « nouveau contrat ». Ces fonds contribueront à créer ou à préserver des centaines de milliers « d'emplois verts » sur deux ans, indiquent des militants de cette cause et des responsables gouvernementaux.

Cependant, certains sont sceptiques quant à l'usage de ce terme. Robert Pollin est professeur d'études économiques à l'université du Massachussetts à Amherst ; il pense que le terme « emplois verts » prête plus à confusion qu'il n'est utile.

Les investissements verts - c'est le mot que M. Pollin préfère - permettront de créer des emplois dans différents secteurs, a-t-il affirmé à America.gov. Ils comprendront des postes d'ouvriers du bâtiment pour amener les immeubles aux nouvelles normes écologiques, d'avocats pour établir des contrats dans le secteur de l'énergie renouvelable, de chercheurs spécialisés dans les nouvelles technologies « propres », et de livreurs pour ravitailler les ouvriers sur les chantiers.

Pour sa part, Matthew Kahn qui est professeur d'économie à l'Institut pour l'Environnement à l'université de Californie à Los Angeles, souligne que la description générale de tous ces emplois comme étant « verts » élimine certaines distinctions importantes - par exemple entre les secteurs privé et public et les différents niveaux de compétences nécessaires à ces emplois.

Les « emplois verts » peuvent-ils changer quoi que ce soit ?

Dans la région de Los Angeles, il est de plus en plus facile de faire installer un panneau solaire sur sa maison.

Certains anciens prisonniers, dont des ex-membres de gangs, ont découvert qu'ils pouvaient gagner leur vie de cette façon. Avec l'appui de Homeboy Industries, un groupe sans but lucratif qui aide les anciens prisonniers à trouver du travail, ceux-ci peuvent aller dans une école de formation professionnelle puis postuler un emploi d'installateur de panneaux solaires, ce qui leur permet de gagner 15 dollars de l'heure.

Travaux de construction dans la Centrale <i>Raser Technologies</i> dans l'Utah
Des ouvriers installent une pipe dans un puits géothermique dans la Centrale Raser Technologies dans l'Utah.

Ce programme se conforme à ce que certains groupes militants souhaitent que la reprise verte accomplisse. Green for All et Apollo Alliance cherchent à promouvoir les investissements verts comme moyen de réduire la pauvreté, à aider au redressement des collectivités défavorisées et à atteindre d'autres objectifs de justice sociale. « Des emplois de premier niveau accessibles aux travailleurs sans qualifications particulières doivent représenter un début de carrière et ne pas être une voie de garage », a souligné Kate Gordon, codirectrice d'Apollo Alliance.

M. Pollin a précisé que combiner des projets visant à réduire la pauvreté à ceux d'énergie propre, tels ceux de transformation des bâtiments, pourraient marcher. Mais les liens entre les investissements verts et les objectifs sociaux deviennent beaucoup moins évidents quand les projets sont plus avancés.

De plus, selon M. Kahn, au fur et à mesure que l'on ajoute des objectifs aux investissements verts, l'attention s'éloigne inévitablement des buts écologiques.

M. Kahn met en cause également certains de ces objectifs mêmes. Il dit que la plupart des économistes préféreraient des mesures d'incitation directes pour contrer les changements climatiques, tel un dispositif établissant un prix pour les émissions de gaz carbonique, et une politique séparée pour relancer le secteur de l'emploi. M. Kahn précise néanmoins qu'amalgamer ces deux objectifs pourrait être une solution de facilité politique.

Les « emplois verts » poussent-ils sur les arbres ?

Personne ne sait exactement combien de ces emplois dits « verts » existent déjà, et les estimations quant au total de ceux qui pourraient être créés vont de 1,8 à 5 millions sur 10 ans tant dans les secteurs public que privé.

M. Kahn souligne qu'il est difficile de prédire le nombre d'emplois : « Ceux qui cherchent à promouvoir les emplois dans le secteur de l'énergie propre ont tendance à exagérer ces chiffres » parce qu'ils essaient d'obtenir des fonds pour leurs projets favoris, a-t-il indiqué.

Même les adeptes de cette tendance à l'énergie propre, tel Joel Makower qui est expert dans ce domaine, s'inquiètent du fait que cette relance verte pourrait servir d'expression passe-partout si l'on exagère les possibilités qu'elle offre au niveau de l'emploi.

Se fondant sur les données du ministère du travail, M. Pollin est arrivé à la conclusion que des investissements dans des mesures favorisant l'utilisation énergétique efficace et la production d'énergies propres conduiraient à la création de trois fois plus d'emplois que ne le feraient des investissements dans le secteur des combustibles fossiles, pour la simple raison que la plupart des projets d'énergie propre exigent plus de main-d'œuvre et ne peuvent pas facilement être établis à l'étranger.

M. Kahn pense que le nombre et le genre d'emplois qu'il sera possible de créer dépendront de la manière de mettre en œuvre ces programmes et de savoir s'ils feront l'objet d'influence politique. « Jusqu'à présent, aucun gouvernement ne semble avoir été très capable de choisir des programmes réussis », a dit M. Kahn.

Mais ceux qui défendent la relance affirme que c'est le secteur privé et non le gouvernement qui fera les choix nécessaires puisque les fonds proviennent surtout de la part d'investisseurs privés sous forme de dons équivalents au financement public et de garanties de prêts.

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