Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

29 septembre 2008

La créativité est un atout vital pour la croissance économique

Un centre situé à Washington enseigne des méthodes pour encourager l'innovation.

 
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Thomas Lee, Frank Pietrucha, Shauna Eisenberg, Michael Ryan et Sarah Huisentruit.
Thomas Lee, Frank Pietrucha et Shauna Eisenberg, membres du personnel de CIEC, Michael Ryan (directeur), et Sarah Huisentruit.

Washington - D'après un chercheur installé à Washington, les pays en développement qui permettent à leurs citoyens de prospérer grâce à leur travail créatif et innovateur pourront surmonter la pauvreté.

Des médicaments permettant de sauver des vies seront mis au point, des films inoubliables seront réalisés, des livres remarquables seront écrits, à condition que leurs auteurs puissent vivre de leur création, a expliqué Michael Ryan, directeur du CIEC (Centre pour une économie créative et innovatrice) situé à Washington.

Le CIEC fait de la recherche et montre aux pays au développement comment utiliser le pouvoir créatif de leurs citoyens afin d'améliorer leur niveau de vie.

« C'est en écrivant mon livre intitulé « Knowledge Diplomacy : Global Competition and the Politics of Intellectual Property » dans les années 90, que j'ai compris que le savoir et la technologie sont les éléments clés du développement économique », a indiqué M. Ryan lors d'un récent entretien avec America.gov.

La mesure de la richesse ne repose plus sur le nombre d'usines, de cheminées d'usines et de chaînes de production qui font appel à une main-d'œuvre peu qualifiée, a indiqué M. Ryan. Au contraire, ce sont les industries « basées sur le savoir » qui utilisent des personnes hautement qualifiées et spécialisées pour créer, développer et fabriquer qui sont les moteurs de la croissance économique.

Après avoir fait du lobbying dans les sphères universitaires, gouvernementales et économiques, M. Ryan a obtenu les fonds nécessaires pour l'ouverture du CIEC en 2006 en partenariat avec la faculté de droit de l'université George Washington à Washington. M. Ryan et ses collègues ont élaboré des programmes éducatifs pour améliorer les innovations dans la biomédecine en Jordanie et au Brésil, la production cinématographique en Inde ou les pratiques agricoles en Afrique, pour citer quelques exemples des activités du CIEC à l'étranger.

M. Ryan tente de prouver à de nombreux pays en développement qui sont convaincus que la protection de la propriété intellectuelle est un moyen qu'emploient les pays industrialisés pour s'enrichir sur le dos des pays pauvres que cette idée n'est pas tout à fait juste. Les pays qui se livrent à de la contrefaçon de manière régulière se justifient en disant qu'ils sont trop pauvres pour acheter les produits aux prix établis par les fabricants.

Pour le CIEC, cet argument est recevable mais, à long terme, il finit par aller à l'encontre du but recherché.

Michael Ryan donne l'exemple de la Jordanie pour illustrer ce qui peut se passer lorsqu'un pays rejette la contrefaçon et adopte des lois sur la propriété intellectuelle. Il évoque son expérience après avoir conseillé le gouvernement jordanien de 1998 à 1999, au moment où le pays préparait ses lois sur la propriété intellectuelle. Ces lois ont permis de préparer la Jordanie à devenir membre de l'OMC et à signer un accord de libre-échange avec les États-Unis.

En 1998, le revenu par habitant de la Jordanie était de 1.500 dollars et un tiers de l'économie du pays dépendait de l'aide étrangère. Aujourd'hui, le revenu par habitant approche les 5.000 dollars et l'économie est florissante grâce à la présence d'industries basées sur le savoir, a déclaré M. Ryan.

Le respect de la propriété intellectuelle ne s'est pas fait sans dégâts pour l'ancien secteur pharmaceutique qui s'était développé en marge des lois internationales sur les brevets. « Dans le temps, la Jordanie reproduisait des médicaments brevetés et les vendait avec un bénéfice confortable », a-t-il poursuivi.

Mais les retombées de l'élimination de la contrefaçon ont dépassé les pertes pour ce secteur, a affirmé M. Ryan. À l'heure actuelle, le secteur pharmaceutique jordanien coopère avec les groupes pharmaceutiques internationaux, qui acceptent de vendre leurs produits en Jordanie car ils savent que leurs formules ne seront pas copiées. La Jordanie a favorisé le développement d'un secteur pharmaceutique dynamique et indépendant qui élabore des médicaments et les vend à l'étranger sous des brevets jordaniens.

« Comme exemple de médicament très rentable je peux citer un dérivé de l'aspirine moins agressif pour l'estomac que l'aspirine classique. Il est vendu en Europe sous brevet. La Jordanie possède également les droits de certains génériques », a expliqué M. Ryan.

La protection de la propriété intellectuelle par la Jordanie lui a permis de devenir le cœur du tourisme médical au Proche-Orient, et les habitants de la région accourent vers la Jordanie pour suivre des traitements de pointe à un coût largement inférieur à ceux pratiqués en Europe et aux États-Unis.

Une tendance similaire s'est produite en Jordanie dans le secteur technique. Après avoir mis fin à la piraterie, à la contrefaçon et à la reproduction de logiciels, le secteur technologique de la Jordanie est aujourd'hui à la pointe de la conception de logiciels destinés à répondre spécifiquement aux besoins du monde arabophone. Ce secteur a attiré des investissements de sociétés américaines comme Microsoft Corporation, Intel Corporation et Cisco Systems Inc.

M. Ryan et le CIEC s'emploient désormais à transférer l'expérience jordanienne à d'autres pays. Par ailleurs, dans de nombreux pays africains, leur travail porte également sur la mise sur le marché d'antirétroviraux pour les personnes touchées par le VIH/sida parallèlement à la promotion d'un secteur pharmaceutique local.

Au Brésil, le CIEC encourage les subventions pour les groupes pharmaceutiques qui tentent d'explorer la richesse médicinale de l'Amazonie. Après avoir adopté des lois sur la propriété intellectuelle à la fin des années 90, Ache, un groupe pharmaceutique brésilien, a mis au point, à partir d'une ressource naturelle, le premier anti-inflammatoire breveté appelé Acheflan. Ce produit a connu un succès immédiat auprès des footballeurs professionnels, des athlètes amateurs et des médecins.

Encouragés par le succès de leur produit, Ache et ses partenaires orientent leurs travaux vers des médicaments pour traiter l'anxiété, le diabète, la pression artérielle, les maladies du foie et les troubles du sommeil, a indiqué M. Ryan.

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