Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

25 septembre 2008

Le discours à la nation du président Bush sur les marchés financiers

M. Bush défend la solution proposée par son gouvernement pour mettre fin à la crise financière.

 

On trouvera ci-après le texte de l'allocution télévisée du président George W. Bush à la nation, prononcée le 24 septembre 2008, sur la crise des marchés financiers aux États-Unis.

(Début du texte)

Il s'agit d'une période extraordinaire pour l'économie des États-Unis. Depuis quelques semaines, de nombreux Américains éprouvent de l'anxiété au sujet de leur situation financière et de leur avenir. Je comprends leur inquiétude et leurs sentiments de frustration. Nous avons observé de grandes fluctuations à la Bourse. De grands établissements financiers sont au bord de l'effondrement, et certains ont fait faillite. Alors que l'incertitude s'accroît, de nombreuses banques ont procédé à un resserrement du crédit. Le marché du crédit est bloqué. Les familles et les entreprises ont plus de difficulté à emprunter de l'argent.

Nous sommes au milieu d'une crise financière grave, et l'État fédéral y fait face d'une manière décisive. Nous avons renforcé la confiance dans les fonds de trésorerie et agi afin d'empêcher que les grands investisseurs ne poussent délibérément à la baisse le cours des actions pour en tirer avantage.

Fait plus important, mon gouvernement œuvre de concert avec le Congrès pour s'attaquer à la cause fondamentale de l'instabilité de nos marchés. Les avoirs financiers liés au crédit immobilier ont perdu de la valeur depuis le début de la baisse du marché de l'immobilier. Les banques qui détiennent de tels avoirs ont restreint l'octroi de prêts. Il s'ensuit que toute notre économie est en danger. J'ai donc proposé que l'État fédéral réduise les risques suscités par ces avoirs et qu'ils fournissent l'argent dont les banques et les autres établissements financiers ont besoin de façon urgente pour pouvoir éviter de s'effondrer et pour pouvoir offrir de nouveau des prêts.

Cette mesure de sauvetage ne vise pas à protéger une société ou une branche d'activité particulière ; elle vise à protéger l'économie tout entière de notre pays. Elle aidera les consommateurs et les entreprises à obtenir le crédit qu'il leur faut pour satisfaire leurs besoins courants et pour créer des emplois. Elle contribuera à signaler aux marchés financiers du monde entier que le système financier des États-Unis est de nouveau sur la bonne voie.

Je sais que de nombreux Américains se posent des questions ce soir. Comment en sommes-nous arrivés là dans notre économie ? Comment la solution que j'ai proposée donnera-t-elle des résultats ? Et quels seront ses effets pour votre avenir financier ? Ce sont là de bonnes questions, et elles méritent des réponses claires.

Tout d'abord, comment notre économie en est-elle arrivée là ?

La plupart des économistes sont d'avis que les problèmes que nous observons à l'heure actuelle se sont développés sur une longue période de temps. Pendant plus de dix ans, des investisseurs étrangers ont apporté d'énormes quantités d'argent à notre pays parce que notre pays est un lieu intéressant et sûr pour faire des affaires. Ce grand apport d'argent aux banques et aux établissements financiers des États-Unis, ainsi que les faibles taux d'intérêt, ont permis aux Américains d'obtenir plus facilement du crédit. Il s'ensuit qu'un plus grand nombre de familles ont pu emprunter de l'argent pour acquérir une voiture ou un logement ou encore pour payer des frais d'études universitaires, et ce pour la première fois pour certaines d'entre elles. De même, un nombre accru de créateurs d'entreprise ont pu contracter des emprunts en vue de monter une entreprise et de créer des emplois.

Malheureusement, des conséquences fortement négatives se sont manifestées, en particulier dans le secteur du logement. La possibilité d'emprunter facilement, alliée à la supposition inexacte que la valeur des logements continuerait d'augmenter, a entraîné des excès et de mauvaises décisions. De nombreux établissements de crédit hypothécaire ont approuvé des prêts sans examiner avec soin si les emprunteurs étaient en mesure de les rembourser. Un grand nombre de personnes ont fait des emprunts ne correspondant pas à leurs moyens financiers en se disant qu'elles pourraient plus tard soit vendre leur logement à un prix plus élevé, soit obtenir un nouveau crédit.

L'optimisme au sujet de la hausse des prix dans le secteur de l'immobilier a aussi entraîné une brusque montée des mises en chantier de logements, si bien qu'à la longue le nombre des nouvelles maisons est devenu supérieur à celui des personnes désireuses de les acquérir. L'offre étant alors supérieure à la demande, les prix des maisons ont fortement baissé, ce qui a créé un problème. En effet, ceux qui avaient obtenu un crédit hypothécaire à taux variable et qui avaient pensé vendre leur maison à un prix plus élevé ou obtenir un nouveau crédit se sont retrouvés avec une maison dont la valeur était moindre que prévu et avec des mensualités qu'il leur était impossible de payer. Il s'ensuit qu'un grand nombre d'entre eux ont commencé à ne pas verser leurs mensualités.

L'ampleur de ces cessations de paiement a eu des effets bien au-delà du marché de l'immobilier. De nos jours, les prêts immobiliers du secteur du logement sont souvent assemblés et transformés en des instruments financiers dénommés « titres garantis par des créances hypothécaires ». Ces titres ont été vendus à des investisseurs du monde entier. La plupart de ceux-ci pensaient qu'ils pouvaient avoir confiance dans ces titres et posaient peu de questions sur leur valeur réelle. Deux des principaux établissements qui ont acquis ces titres sont Fannie Mae et Freddie Mac. Maintes personnes pensaient qu'ils étaient garantis par l'État fédéral parce que le Congrès avait autorisé leur création, ce qui leur a permis d'emprunter d'énormes sommes d'argent, de créer un marché pour des investissements douteux et de mettre notre système financier en danger.

La chute du marché de l'immobilier a créé un effet de domino dans toute notre économie. Lorsque la valeur des maisons a baissé, les emprunteurs ont cessé de verser leurs mensualités et les établissements détenant des titres garantis par des créances hypothécaires ont commencé d'enregistrer des pertes importantes. Assez rapidement, ces titres sont devenus si peu sûrs que personne ne les achetait ni ne les vendait. Des banques d'affaires telles que Bear Stearns et Lehman Brothers se sont retrouvées avec de grandes quantités de titres qu'elles ne pouvaient pas vendre. Elles n'avaient plus les moyens financiers nécessaires pour s'acquitter de leurs obligations et elles risquaient un effondrement imminent. D'autres banques se sont aussi trouvées dans une situation financière difficile. Ces banques ont commencé à garder leur argent et à refuser d'en prêter. Il s'ensuit que les mécanismes du système financier américain ont commencé à s'immobiliser.

La situation devenant chaque jour plus précaire, je me suis trouvé devant un choix : je pouvais intervenir par une action énergique du gouvernement, ou je pouvais attendre et laisser les actions irresponsables de quelques-uns saper la sécurité financière de tous.

Je suis un ferme partisan de la libre entreprise. Mon instinct me poussait donc naturellement à m'opposer à l'intervention du gouvernement. Je pense qu'il faut laisser les entreprises qui prennent de mauvaises décisions faire faillite. Dans des circonstances normales, j'aurais suivi cette voie. Mais nous ne sommes pas dans des circonstances normales. Le marché ne fonctionne pas comme il faut. Il y a eu une immense perte de confiance. Des secteurs clés du système financier des États-Unis risquent de s'effondrer.

Les principaux experts en économie du gouvernement nous avertissent que sans action immédiate du Congrès, l'Amérique pourrait sombrer dans la panique financière, et nous assisterions à un scénario désolant :

De nouvelles banques feraient faillite, dont certaines dans votre communauté. Le marché boursier s'effondrerait encore plus, ce qui réduirait la valeur de votre compte de retraite. La valeur de votre maison chuterait. Les saisies se multiplieraient. Et si vous êtes propriétaires d'une entreprise ou d'une ferme, vous auriez de plus en plus de mal à obtenir des crédits, et ils vous coûteraient plus cher. De nombreuses entreprises devraient mettre la clé sous la porte, et des millions d'Américains perdraient leur emploi. Même avec un bon bilan créancier, il vous serait plus difficile d'obtenir les prêts dont vous auriez besoin pour acheter une voiture ou envoyer vos enfants à l'université. Au bout du compte, notre pays pourrait sombrer dans une longue et douloureuse récession.

Chers concitoyens : nous ne pouvons pas permettre cela. J'apprécie tout ce qu'ont fait les chefs de file des deux partis des deux chambres du Congrès pour remédier à ce problème - et pour améliorer le projet que leur a envoyé mon gouvernement. Il y a un esprit de coopération entre les démocrates et les républicains, et entre le Congrès et l'exécutif. Dans cet esprit, j'ai invité les sénateurs McCain et Obama à se joindre aux responsables parlementaires des deux partis qui viendront à la Maison-Blanche demain pour aider à accélérer la négociation d'une proposition de loi non partisane.

Je sais que ces mesures de sauvetage économique seront difficiles à accepter pour de nombreux membres du Congrès. Il est difficile d'approuver une proposition de loi qui engage tant d'argent chèrement gagné par les contribuables. Je comprends également la frustration des Américains responsables qui remboursent leur prêt hypothécaire en temps voulu, qui paient leurs impôts chaque année le 15 avril et qui n'ont pas envie de faire les frais des excès de Wall Street. Mais étant donné la situation dans laquelle nous nous trouvons, ne rien faire maintenant coûterait encore plus cher aux Américains plus tard.

De nombreux Américains se demandent : Comment ce plan de sauvetage fonctionnera-t-il ?

Après de nombreuses discussions, on s'accorde généralement maintenant sur les grands principes de ce plan. Il éliminerait les risques posés par les avoirs incertains - dont les titres garantis par des créances hypothécaires - qui obstruent le système financier. Les banques, libérées de ce fardeau, pourraient de nouveau offrir des crédits aux familles et aux entreprises américaines. Tout plan de sauvetage devrait être conçu de façon à protéger les contribuables. Il devrait accepter la participation d'institutions financières, petites et grandes. Il devrait s'assurer que les P.D.G. qui ont échoué ne profitent pas de l'argent des contribuables. Il devrait établir un conseil apolitique chargé de superviser sa mise en œuvre. Et il devrait être promulgué le plus rapidement possible.

J'ai annoncé ce plan vendredi, après d'étroites consultations avec le ministre des finances Hank Paulson, avec le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke, et avec le président de la SEC Chris Cox. Premièrement, ce plan est suffisamment important pour régler un problème grave. En vertu de notre projet, le gouvernement fédéral débourserait jusqu'à 700 milliards de dollars de fonds publics pour acheter les avoirs en difficulté qui étouffent le système financier. À court terme, cela libérera les banques et leur permettra de redonner des prêts aux familles et entreprises américaines. Et cela aidera à relancer notre économie.

Deuxièmement, au fur et à mesure que les marchés ont perdu confiance dans les titres hypothécaires, leur valeur a chuté. Pourtant, la valeur de nombre de ces avoirs finira par remonter, parce que la vaste majorité des Américains finiront par rembourser leur hypothèque. Le gouvernement est l'institution qui a la patience et les ressources nécessaires pour acheter ces avoirs à leur faible prix actuel et les garder jusqu'à ce que le marché revienne à la normale. Quand cela aura lieu, l'argent rentrera dans les caisses du trésor au fur et à mesure de la vente de ces avoirs. Et nous escomptons qu'une grande partie des fonds publics que nous investissons - si ce n'est leur totalité - nous sera remboursée.

La dernière question qui se pose est la suivante : Qu'est-ce que cela signifie pour notre avenir économique ?

L'objectif des premières mesures que j'ai évoquées ce soir est de préserver la sécurité financière des travailleurs, des familles et des entreprises des États-Unis. Le gouvernement fédéral continue d'appliquer des lois et des règlements visant à protéger votre argent. Le ministère des finances a récemment offert une assurance fédérale pour les fonds du marché monétaire. Et, par le truchement de la FDIC, chaque compte d'épargne, chaque compte chèques et chaque certificat de dépôt est assuré par le gouvernement fédéral jusqu'à 100.000 dollars. La FDIC existe depuis 75 ans, et personne n'a jamais perdu un centime sur un dépôt assuré - et cela ne va pas changer.

Lorsque la crise sera réglée, il sera temps de mettre à jour notre réglementation financière. Notre économie mondialisée du XXIe siècle reste réglée, en grande partie, par des lois démodées du XXe siècle. J'ai récemment constaté comment une entreprise pouvait devenir si grande que sa faillite grippait l'ensemble des mécanismes financiers.

Un peu plus tôt cette année, le ministre Paulson a proposé une épure de modernisation de notre réglementation financière. Par exemple, la Réserve fédérale serait autorisée à surveiller plus étroitement les opérations des sociétés de l'ensemble du système financier afin de s'assurer que leurs agissements ne menacent pas la stabilité financière du pays. D'autres bonnes idées circulent, et les membres du Congrès devraient les étudier. Ce faisant, ils doivent s'assurer que les efforts déployés pour réglementer Wall Street ne paralysent pas notre économie.

À long terme, les Américains ont de bonnes raisons d'avoir confiance dans notre puissance économique. Malgré les corrections enregistrées sur les marchés et les cas d'abus, le capitalisme démocratique demeure le meilleur système jamais conçu. Il a libéré les talents, la productivité et l'esprit d'entreprise de nos citoyens. Il a créé dans ce pays des conditions idéales pour investir et faire des affaires. Et il donne à notre économie la souplesse et la résistance nécessaires pour absorber les chocs, s'ajuster, et retomber sur ses pieds.

Notre économie se trouve en situation difficile. Mais nous avons déjà surmonté des difficultés, et nous le referons. Je sais que les Américains sont parfois découragés par l'ambiance qui règne à Washington, notamment par les luttes partisanes qui semblent incessantes. Cependant, l'histoire nous montre que lorsque la situation l'exige, les responsables élus se montrent à la hauteur. Ensemble, nous allons montrer au monde, une fois de plus, ce qu'est l'Amérique - un pays qui fait face aux problèmes, dont les dirigeants s'unissent pour relever de graves défis, et dont les citoyens de tous horizons peuvent travailler dur, développer leurs talents et réaliser leurs rêves.

Je vous remercie de m'avoir écouté. Que Dieu vous bénisse.

(Fin du texte)

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