Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

28 octobre 2008

Les petites banques américaines sont au-dessus de la tourmente financière

Les banques de proximité ont des fonds à prêter et des clients solides.

 
Margaret Burness, de la Banque nationale Capital et son client James Braswell.
Mme Margaret Burness, vice-présidente adjointe de la Banque nationale Capital de Washington parle à un client, M. James Braswell.

Washington - Au moment où une tourmente économique majeure ébranle les sociétés de Wall Street, de nombreuses banques américaines découvrent qu'il peut être payant d'être un petit poisson dans une grande mare.

Alors que leurs cousines, les grandes banques, ont frôlé la catastrophe lors des récentes fluctuations économiques, les banques de proximité rapportent qu'elles n'ont jamais été en meilleure santé. La plupart d'entre elles n'ont pas souffert du resserrement du crédit et elles continuent à accorder des prêts.

Selon Steve Verdier, vice-président des Independant Community Bankers of America (Banquiers de proximité indépendants d'Amérique) qui compte 8.000 banques adhérentes, « la raison pour laquelle elles sont en meilleur état est qu'elles sont exploitées de manière plus conservatrice que les grandes banques disposant de plus de capitaux ».

À la différence des institutions financières ayant pignon sur rue et qui se sont effondrées ou qu'on a dû sauver lors du bouleversement économique, les banques de proximité disposent d'un certain nombre d'atouts.

La plupart sont exploitées localement. Elles ont entre 2 millions et 7 milliards de dollars d'actifs. Beaucoup sont plus que centenaires et ont des racines profondes dans leur communauté. Et les directeurs des banques de proximité font très attention à qui ils accordent des prêts. Selon M. Verdier, ces banques « prêtent dans la communauté à des gens qui sont en mesure de rembourser ».

À mesure que le secteur se développait, ces 20 dernières années, beaucoup de grandes banques ont pris des risques quant au genre de prêts qu'elles accordaient et aux clients auxquels elles prêtaient.

Pendant ce temps, les petites banques étaient évincées du marché des hypothèques et des cartes de crédit parce qu'elles n'avaient pas le personnel ou le budget voulu pour lancer des campagnes de marketing de masse ou accorder des prêts énormes. Les grandes banques se sont imposées du fait de l'argent dont elles disposaient.

« Les banques de proximité sont des institutions sous contrôle privé ou appartenant à un petit groupe d'actionnaires. Ce ne sont pas des établissements que l'on échange. Leur direction s'inscrit dans le long terme », assure Arthur Wilmarth, professeur d'activités bancaires et financières à la la faculté de droit de l'université George Washington.

Il n'est qu'à prendre l'exemple de la National Capital Bank of Washington, installée à l'ombre du Capitole. C'est une entreprise familiale avec 252 millions de dollars d'actifs qui, selon Richard Didden, son directeur général, n'a jamais pris de risque avec des prêts douteux.

Au cours des trois dernières semaines, rapporte M. Didden, 130 nouveaux clients y ont ouvert des comptes, 10 fois plus que la norme : ils cherchaient un lieu sûr où placer leurs économies.

« Nous n'avons pas eu les dents longues et nous n'avons pas gagné beaucoup d'argent lorsque les grandes banques le faisaient » ajoute encore M. Didden dont l'arrière-grand-père, Albert Carry, a fondé la banque en 1889.

Le président Bush a félicité les banques régionales et de proximité lors d'une conférence économique en Louisiane en octobre. « Les banques de proximité sont fortes, leurs ratios de capital sont solides et elles sont en bonne santé », a-t-il déclaré.

« Nous n'avons pas été assez "malins" pour nous lancer dans des opérations bizarres comme les grandes banques ; c'est ce qui nous a gardés en sécurité », raconte Todd Grayson, vice-président de la South Central Bank de Chicago.

Il décrit cet établissement né il y a 43 ans comme une banque « sur la grand-rue » avec 210 millions de dollars de compte de patrimoine et plusieurs milliers de clients. « Nous n'avons pas assez de capitaux pour faire ce que d'autres banques peuvent faire. Nous sommes très prudents dans nos opérations de prêt. »

Mais aujourd'hui, les clients de la South Central Bank peuvent obtenir des prêts hypothécaires ou d'amélioration de l'habitat. « Nous prêtons aux gens que nous connaissons », précise M. Grayson.

« Les banques de proximité n'étaient pas à la recherche des rendements élevés qui impliquent nécessairement des risques élevés », précise Bob Wingert, président de l'Association des banquiers de proximité de l'Illinois. « Elles n'ont pas accordé de prêts "exotiques" ni d'hypothèques sans arrhes. »

« Elles sont de meilleurs prêteurs ; elles sont moins intéressées par les produits dérivés de fantaisie » dit Peter Morici, professeur de commerce à l'université du Maryland et ancien économiste en chef de l'U.S. International Trade Commission. « Elles n'ont pas besoin de payer des salaires aussi élevés à leurs dirigeants et elles savent comment accorder des prêts et se les faire rembourser ».

Depuis le début de la crise financière, David Schroeder, président-directeur général de l'American Enterprise Bank, qui compte deux succursales dans la banlieue de Chicago, répond aux questions de petits entrepreneurs qui demandent « Prêtez-vous de l'argent ? »

« Nous n'avons pas cessé d'en prêter » répond Schroeder. « Nous n'avons jamais changé de cap, nous n'avons donc pas besoin de changer beaucoup de direction ».

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