24 octobre 2008
Une conférence qui s'est tenue au Danemark a accueilli 800 participants de 44 pays.

Copenhague (Danemark) - Partout dans le monde, des gouvernements et des industriels investissent des milliards de dollars, d'euros, de yens, de yuans et de roubles pour se positionner comme leaders dans le nouveau secteur des nanotechnologies - la science à l'échelle des atomes et des molécules.
Chaque pays a sa propre vision et sa propre stratégie en la matière, et des représentants des cinq pays les plus avancés dans ce domaine - les États-Unis, l'Union européenne, le Japon, la Russie et la Chine - se sont rencontrés le 23 septembre lors d'une table ronde organisée le premier jours de la conférence Nanotech Northern Europe 2008, durant laquelle 800 participants de 44 pays ont examiné l'influence des nanotechnologies sur la santé, l'électronique, l'énergie, l'eau, l'alimentation, la construction, la sécurité et les investissements.
« Il existe de grandes quantités de nanoproduits mais, en général, ils n'ont rien de révolutionnaire : ce sont des améliorations de processus et de produits déjà existants - de meilleurs matériaux, de meilleurs revêtements ou des processus chimiques plus efficaces » a déclaré Richard Russell, directeur adjoint du bureau de la Maison-Blanche pour la Science et la technologie, qui a prononcé une allocution à la conférence.
« Tous ces produits viennent ajouter aux résultats financiers et aux bénéfices des sociétés » a-t-il jouté, « mais je pense que beaucoup de gens attendent des nanoproduits révolutionnaires. Il va falloir s'armer de patience, parce que nous en sommes encore à définir les nanoproduits. Nous avons encore beaucoup de recherche fondamentale devant nous. »
La « nanoscience » est la capacité de voir, de mesurer, de manipuler et de manufacturer des objets de la taille de un à 100 nanomètres. Un nanomètre est égal à un milliardième de mètre (à titre de référence, une feuille de papier mesure 100.000 nanomètres d'épaisseur).
À l'échelle nanométrique, les propriétés physiques, chimiques et biologiques des matériaux sont fondamentalement différentes de celles des matériaux de plus grande taille. La recherche et le développement dans le domaine des nanotechnologies aident les scientifiques et les ingénieurs à comprendre et à créer des matériaux, des instruments et des systèmes utilisant ces nouvelles propriétés.
Des applications nanotechnologiques sont en cours de développement dans pratiquement tous les secteurs - électronique, magnétisme, production et stockage de l'énergie, information, transports, médecine et santé.
SCIENCE ET SECURITE
En 2007, les gouvernements et les industries privées ont investi 13,8 milliards dollars dans les nanotechnologies, et les États-Unis sont parmi les investisseurs les plus importants : le gouvernement a consacré 1,5 milliard de dollars à la recherche fondamentale dans ce domaine (contre 500 millions de dollars en 2001), et les investissements du secteur privé dans la recherche et le développement se montent à plus de 3 milliards de dollars.
Près de 5 % des investissements américains sont consacrés à des recherches visant à déterminer les effets de la nanotechnologie sur la santé et la sécurité publiques, ainsi que sur l'environnement. Le 18 septembre, la Fondation nationale des sciences (NSF) et l'Agence de protection de l'environnement (EPA) ont alloué 38 millions de dollars pour la création de deux Centres de recherches sur les répercussions des nanotechnologies sur l'environnement ; la contribution de l'EPA, soit 5 millions de dollars, est la plus importante que cette agence a jamais faite au titre des recherches dans ce domaine.

Ces centres, placés sous la direction de l'université de Californie à Los Angeles et de l'université Duke, s'appuieront sur les dons du Centre pour les technologies biologiques et environnementales de la NSF et du programme appelé « de la science pour des résultats » de l'EPA.
En Europe, les deux tiers du financement des nanotechnologies viennent des gouvernements, de la Commission européenne et des États membres, et un tiers du secteur privé, rappelle Christos Tokamanis, chef de l'unité nanosciences et nanotechnologies de la Commission européenne.
« Le plan d'action comprend deux volets : le premier est axé sur la compétitivité et les défis sociétaux que nous devons résoudre, le second porte sur le développement responsable de cette nouvelle science. »
En 2008, la Commission européenne a élaboré et adopté un code de conduite pour la nanoscience. Fondé sur sept principes, dont ceux de durabilité, de précaution et de responsabilité, il invite les pays membres à prendre des mesures destinées à promouvoir l'élaboration et l'utilisation sûres des nanotechnologies dans les universités, les instituts de recherche et les entreprises.
DE NOUVELLES FRONTIERES
À une heure et demie de vol de Pékin, dans la ville de Suzhou vielle de 2 500 ans, le gouvernement chinois aide à financer et à promouvoir l'International Nanotech Innovation Park (Parc international d'innovation nanotechnologique), dans un effort concerté visant à accélérer la croissance de ce secteur. Les principaux organismes du parc sont BioBay, un incubateur de technologies, et l'Institut nanotechnique et nanobionique de Suzhou.
Selon la directrice générale de BioBay, Liu Ywen, le parc compte déjà 14 sociétés de nanotechnologie et elle s'attend à voir le nombre de ses employés passer de 200 à 700 au cours des années qui viennent. La collaboration scientifique est indispensable à la croissance du parc, et des entretiens ont déjà été organisés avec des représentants de la Russie, de la Finlande, de la Corée du Sud, de Singapour et de Hong Kong.
Au Japon, affirme Kazunobu Tanaka, chercheur à l'Institut national des sciences et des technologies industrielles avancées, les matériaux nanotechnologiques font partie des quatre priorités stratégiques nationales.
Le financement public pour la période 2006-2010 se monte à 824 millions de dollars qui sont affectés en priorité aux matériaux nanotechnologiques pour l'énergie, l'environnement et les ressources, à la recherche et au développement avancés, à l'évaluation des recherches sur les nanoparticules manufacturées et à la conception d'un laser à électrons sans rayons X, installation qui commencera à élaborer de nouveaux nanomatériaux à partir de 2010.
Pour la Russie, selon Mikhail Kovalchuk, directeur de l'Institut Kurchatov, les nanotechnologies doivent devenir la base d'une « nouvelle culture technologique qui modifiera de tout en tout la politique et l'économie industrielle. Elle marquera le début d'une nouvelle révolution. »
Le gouvernement a alloué plus de 2 milliards de dollars au titre de la nanotechnologie et de la biotechnologie, fonds qui seront décaissés au cours des six prochaines années. Il s'agit en outre de réserver 6 milliards de dollars, par le truchement de Rosnano, la société russe de nanotechnologie, pour aider le secteur privé à commercialiser et distribuer des nanotechnologies.
Selon lui, l'infrastructure éducative et scientifique, qui s'est affaiblie au cours des 15 dernières années, facilitera les transformations majeures requises par les nanotechnologies.
« Dans ce cas de figure », prévoit-il, « il faut changer entièrement le système d'éducation pour stimuler un nouveau type de vision chez les chercheurs et apporter de nombreuses modifications au niveau des infrastructures ».