15 octobre 2008
Les investisseurs étrangers s'intéressent vivement au marché américain.
(L'article ci-après appartient à la publication du département d'État intitulée USA : L'économie en bref.)
Un autre défi important, de l'avis de certains économistes, réside dans la dépendance de l'économie américaine vis-à-vis de l'afflux de capitaux étrangers destinés aux investissements dans un contexte de faiblesse des taux d'épargne américains.
Alors même que les États-Unis prospèrent, des ménages des classes laborieuses connaissent des niveaux d'endettement élevés et en hausse. Selon les statistiques officielles, le taux d'épargne certes infime mais positif est devenu négatif depuis l'année 2000.
Pour la première fois depuis la crise économique des années 1930, les dépenses de l'ensemble des ménages sont supérieures à leurs revenus nets après impôts.
Dans le même temps, le gouvernement des États-Unis accumule les déficits budgétaires - 435 milliards de dollars en 2006 - financés largement par les banques centrales étrangères. La dette publique fédérale, proche de 9 billions de dollars, est estimée à environ 65 % du PIB, pourcentage proche de celui de la France et de l'Allemagne, et bien inférieur à celui du Japon et de l'Italie.
Parallèlement, à l'étranger - notamment les économies de pays d'Asie en rapide expansion et les pays producteurs de pétrole - on observe un excès d'épargne. Des particuliers, des banques centrales et d'autres institutions, même dans des pays en développement comme la Chine dont la population compte une forte proportion de pauvres, injectent d'énormes sommes d'argent sur les marchés américains.
« L'afflux important de capitaux étrangers aux États-Unis s'explique vraisemblablement par la croissance économique relativement plus robuste constatée aux États-Unis, le haut niveau de développement du système financier américain et la stabilité générale de l'économie nationale », estime le Congressional Research Service (CRS).
Selon le CRS, les investisseurs étrangers détiennent environ 10 % de la totalité des avoirs financiers américains cotés en bourse, notamment les valeurs mobilières de sociétés et les titres négociables du Trésor. Ils investissent aussi directement dans l'immobilier et dans des biens d'équipement professionnel.
En 2006, les étrangers ont investi près de 1,8 billion de dollars dans l'économie américaine, dont environ 184 milliards de dollars sous forme d'investissements directs et le reste sous forme d'actions et d'obligations. Selon différents indicateurs, le montant cumulé des investissements directs étrangers aux États-Unis en 2005 se situait entre 1,6 billion et 2,8 billions de dollars.
« Les États-Unis ont ceci de particulier qu'ils sont le plus important investisseur direct étranger du monde ainsi que le plus important bénéficiaire de l'investissement direct étranger », souligne le Congressional Research Service.
Certains experts s'inquiètent de la place qu'occupent les investissements des États étrangers dans l'économie américaine, soit environ 16 % de la totalité des investissements étrangers pour l'année 2005.
Les investisseurs étrangers possèdent plus de la moitié de la totalité des titres du Trésor des États-Unis cotés en bourse. En 2006, le Japon était le premier pays détenteur de titres du Trésor à long terme, environ 644 milliards de dollars, devant la Chine avec environ 350 milliards de dollars.
Certaines industries américaines et leurs représentants au Congrès affirment que les banques centrales d'Asie de l'Est se servent de leurs titres du Trésor américain pour manipuler les taux de change étrangers en vue de stimuler les exportations vers les États-Unis.
« Il arrive que des gouvernements étrangers utilisent ce genre d'acquisitions pour influer, par le truchement d'actions concertées ou séparément, sur le taux de change du dollar », fait remarquer le Congressional Research Service.
Des experts craignent que la vente soudaine par des gouvernements étrangers de titres américains ne déclenche de graves perturbations de l'économie mondiale. Des États hostiles aux États- Unis pourraient tenter de provoquer des retraits concertés des marchés des valeurs américaines afin de déstabiliser l'économie nationale. Ou encore des gouvernements étrangers pourraient décider de placer leur argent ailleurs si la valeur des avoirs américains venait à enregistrer une baisse brutale.
Cependant, tout cet afflux d'argent étranger sur les marchés américains a permis de maintenir les prix et les taux d'intérêt américains à un niveau inférieur, ce qui a entraîné une forte consommation de biens, et notamment d'importations. Sauf pour l'année 1991, le déficit des paiements courants aux États-Unis augmente régulièrement ; de quelque 12 milliards de dollars en 1982 il est passé à 856,7 milliards de dollars en 2006.
« L'actuel déficit des paiements courants est largement financé par l'excédent des paiements courants de la Chine et par l'accroissement des investissements des principaux exportateurs de pétrole », souligne un rapport de la Banque mondiale.
À la fin de l'année 2005, les résidents américains détenaient environ 9,6 billions de dollars en avoirs extérieurs, tandis que les résidents originaires de pays étrangers possédaient environ 12,5 billions de dollars en avoirs américains. Par conséquent, ce que l'on appelle l'investissement international net américain se retrouvait en situation négative de 2,8 billions de dollars en 2005.
En 2006, pour la première fois depuis que l'investissement international net américain est devenu négatif en 1986, les étrangers ont tiré plus de revenus de leurs investissements aux États-Unis que les investisseurs américains de leurs placements à l'étranger.
Le Council on Competitiveness résume ainsi la situation : « En termes simples, l'épargne étrangère finance la consommation américaine, qui stimule la croissance étrangère tirée par l'exportation. La situation est mutuellement profitable à court terme mais crée un risque accru de crise financière mondiale. »
Alors, quelle est donc la prochaine étape pour l'économie américaine ?