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19 novembre 2008

Faire face à la crise financière, étape par étape

Article de M. Henry Paulson, paru dans le quotidien The New York Times le 17 novembre

 

Le présent article du ministre des finances des États-Unis, M. Henry Paulson, a paru dans le quotidien The New York Times le 17 novembre. Il fait partie du domaine public et peut être reproduit librement.

(Début de l'article)

Faire face à la crise financière, étape par étape

Henry Paulson, ministre des finances

Le 17 novembre 2008

Washington - Nous connaissons une crise financière plus grave et plus imprévisible que toutes les autres observées de notre vivant. Nous avons vu le dépôt de bilan ou l'équivalent de Bear Stearns, d'IndyMac, de Lehman Brothers, de Washington Mutual, de Wachovia, de Fannie Mae, de Freddie Mac et d'AIG (American International Group). Chacun d'eux aurait eu à lui seul des conséquences immenses, mais nous avons dû y faire face d'une manière consécutive, alors que notre système financier se paralysait et portait gravement atteinte à l'économie.

Dès septembre, le gouvernement s'est heurté à une crise généralisée. Après des mois durant lesquels nous avons usé au mieux de l'autorité dont nous disposions déjà, nous avons demandé au Congrès d'adopter un plan général de sauvetage de sorte que nous puissions stabiliser notre système financier et réduire au minimum toute nouvelle atteinte à notre économie.

Au moment où le texte de loi a été adopté le 3 octobre, la crise sur les marchés financiers à travers le monde était si vaste et si grave qu'il nous a fallu agir rapidement et prendre des mesures de grande ampleur afin de stabiliser notre système financier et de desserrer le crédit. À l'origine, notre intention était de renforcer le système bancaire en achetant des prêts hypothécaires difficiles à vendre rapidement au prix du marché ainsi que des titres adossés à cette forme de prêts. Toutefois, la gravité et l'ampleur de la situation s'étaient tellement aggravées qu'un programme d'achat d'actifs n'aurait pas été assez efficace ni assez rapide. C'est pourquoi, en vertu du pouvoir conféré par la nouvelle loi, nous avons rapidement mis sur pied un programme d'injection de capitaux à hauteur de 250 milliards de dollars en prévoyant que nous le ferions suivre d'un programme d'acquisition de créances en difficulté.

Il n'existe pas de manuel pour faire face à des troubles que nous n'avons jamais connus. Nous avons adapté notre stratégie pour tenir compte des faits d'une crise financière grave en maintenant notre attention sur la réalisation de notre objectif, à savoir stabiliser un système financier qui fait partie intégrante de la vie quotidienne de tous les Américains. À la mi-octobre, nos mesures, alliées à la garantie par la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) de certaines obligations émises par des établissements financiers, nous ont aidés à réaliser notre premier grand objectif prioritaire, qui était de stabiliser immédiatement le système financier.

Au fur et à mesure que nous avons évalué comment il était possible d'utiliser au mieux les fonds restants du plan de sauvetage (Troubled Asset Relief Program ou TARP), nous avons considéré attentivement les incertitudes relatives à l'aggravation de la situation économique aux États-Unis et dans le reste du monde. Les récentes nouvelles économiques mettent en évidence les problèmes auxquels nous nous heurtons. Le produit intérieur brut a diminué de 0,3 % au troisième trimestre (qui a pris fin le 30 septembre, soit trois jours avant l'adoption de la loi). Le chômage a augmenté en octobre pour passer à un taux que l'on n'avait pas vu depuis le milieu des années 1990. Le prix des maisons dans 10 grandes villes a diminué de 18 % par rapport à l'année précédente. Le nombre d'automobiles vendues en octobre a fortement baissé, d'un tiers par rapport à octobre 2007. Le ralentissement de l'activité économique dans les pays européens est encore plus considérable.

J'ai toujours dit que la détérioration du marché de l'immobilier était la cause fondamentale du ralentissement économique et des difficultés des marchés financiers. Par ailleurs, alors qu'elle continue de se contracter, l'économie risque de prolonger cette détérioration ainsi que les difficultés de nos établissements financiers et des marchés financiers.

Pour être efficace, un programme d'acquisition de créances douteuses exigerait qu'on y consacre des sommes énormes. À la mi-septembre, avant l'aggravation de la situation économique, 700 milliards de dollars dans ce domaine aurait eu des effets importants, mais la moitié de cette somme ne représente pas assez de « puissance de feu » dans une situation économique qui s'est aggravée.

Si l'on a appris quelque chose tout au long de l'année, c'est que cette crise financière est imprévisible et difficile à neutraliser.  Nous avons décidé qu'il était prudent de mettre de côté les fonds du TARP, afin de garder non seulement notre souplesse, mais aussi celle du prochain gouvernement.

Le programme actuel de prises de participation au capital à hauteur de 250 milliards de dollars constitue un remède très fort pour nos établissements financiers. L'injection de capitaux permet aux banques d'accepter des pertes alors qu'elles passent par perte ou profit des créances douteuses. En outre, une capitalisation de plus grande ampleur est essentielle pour augmenter le crédit, qui est indispensable à la reprise de l'économie.

Récemment, on m'a posé deux questions. D'abord, on m'a dit : le Congrès vous a donné le pouvoir que vous avez demandé et l'économie n'a fait qu'empirer. Qu'est ce qui a mal tourné ? Ensuite, on m'a demandé pourquoi, si le marché de l'immobilier et le crédit immobilier étaient la cause de nos difficultés économiques, je ne m'attaquais pas à ces problèmes.

La réponse à la première question est que le but de la loi relative au sauvetage financier est de stabiliser notre système financier et de le renforcer. Ce n'est pas une panacée pour toutes nos difficultés d'ordre économique. La crise que connaît notre système financier s'est déjà étendue à l'ensemble de l'économie. Toutefois, le redressement économique se produira beaucoup plus rapidement que si nous n'y avons pas eu recours au TARP pour stabiliser notre système. Si le Congrès ne nous avait pas donné le pouvoir de mettre en œuvre le TARP et le programme de prises de participation au capital et que notre système financier ait continué à dépérir, notre situation économique serait bien pire à l'heure actuelle.

La réponse à la seconde question est que l'élargissement de l'accès à des prêts hypothécaires d'un coût moindre est la première chose que nous pouvons faire pour ralentir la dégradation du marché de l'immobilier et pour réduire le nombre de saisies immobilières. Alliées à notre programme d'injection de capitaux dans les banques, les mesures que nous avons prises afin de stabiliser Fannie Mae et Freddie Mac et de les renforcer et, par voie de conséquence, d'accroître la circulation du crédit immobilier, faciliteront l'octroi de prêts hypothécaires. Nous œuvrons aussi de concert avec le ministère du logement et de l'urbanisme, la FDIC et d'autres organismes pour réduire le nombre des saisies immobilières évitables.

Je suis très fier des mesures décisives que le ministère des finances, la Réserve fédérale et la FDIC ont prises pour stabiliser notre système financier. Nous avons fait ce qui était nécessaire, face à l'évolution des faits, de la situation du marché et de l'économie, pour adapter notre stratégie de manière à parer le plus efficacement possible à cette crise. Nous avons préservé la souplesse dont le président élu, M. Barack Obama, et le futur ministre des finances auront besoin pour s'attaquer aux problèmes économiques et financiers auxquels ils auront à faire face.

Lorsque les responsables feront face aux problèmes difficiles à venir, ils entreprendront leur tâche avec deux avantages considérables : un système bancaire bien plus stable, où le dépôt de bilan d'une grande banque ne sera plus une question pressante ; les ressources, le pouvoir et les programmes potentiels nécessaires pour satisfaire les futurs besoins de capitaux et de liquidités des établissements de crédit.

Le déploiement de ces nouveaux instruments et de ces nouveaux programmes visant à rétablir nos établissements financiers, nos marchés financiers et l'octroi de prêts déterminera dans une grande mesure la rapidité de notre redressement économique et sa trajectoire. Je suis sûr que nous réussirons car notre économie, qui repose sur l'esprit d'entreprise et la productivité du peuple américain, est souple et résistante.

(Fin de l'article)

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