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28 mai 2008

La promotion de la protection de la propriété intellectuelle en Éthiopie

La participation des médias, des écoles, des artistes, des auteurs et des scientifiques dans ce domaine

 
Des marchands ambulants en Éthiopie portent un gilet où il est inscrit :« Achetez le produit original ». (© G. Mengistie)

Washington - L'Éthiopie a mobilisé les médias, les écoles, les administrations de la justice et de la police ainsi que des associations professionnelles, culturelles, artistiques et scientifiques pour souligner que la protection offerte par le droit de la propriété intellectuelle est nécessaire au développement du pays. En effet, le gouvernement éthiopien s'est rendu compte de la nécessité de montrer à tous les Éthiopiens les avantages économiques de la protection de la propriété intellectuelle après l'adoption en 2003 de lois dans ce domaine, a indiqué le directeur général de l'Office éthiopien de la propriété intellectuelle, M. Getachew Mengistie.

« Nous avons conclu que le piratage n'était pas un problème auquel les pouvoirs publics pouvaient s'attaquer à eux seuls », a-t-il dit récemment lors de sa visite à Washington. Le gouvernement a formé un conseil national de la propriété intellectuelle composé de représentants de ministères, d'organes d'information, d'entreprises ainsi que d'associations artistiques, littéraires et scientifiques, qui ont tous intérêt à voir protéger les fruits du labeur intellectuel.

Des stations de télévision et de radiodiffusion éthiopiennes ont produit des émissions qu'elles ont diffusées pendant des mois en vue d'informer le public sur l'importance de la protection de la propriété intellectuelle.

À titre d'exemple, M. Mengistie a cité une émission au cours de laquelle un acteur demande si un père ou une mère ne souhaite pas une bonne éducation pour ses enfants. La réponse est évidemment négative. L'acteur déclare alors qu'une bonne éducation exige de bons livres, qui sont rédigés par des auteurs, mais que, si les livres sont piratés, les auteurs n'auront aucun intérêt à en écrire d'autres.

Du fait du rôle joué par les médias, les Éthiopiens en général ont soutenu l'action des services de police et des tribunaux lorsqu'ils se sont attaqués au piratage et à la contrefaçon.

Le ministère éthiopien de l'éducation a incorporé la protection de la propriété intellectuelle dans le programme des cours de l'enseignement primaire et secondaire afin d'informer les élèves des œuvres et des découvertes d'Éthiopiens.

« Les futurs auteurs et inventeurs sont actuellement des écoliers. Nous devons leur apprendre que nos auteurs et nos inventeurs sont nos héros », a dit M. Mengistie en se déclarant d'avis que ces cours auraient des effets immenses sur la vie et l'économie du pays dans dix à vingt ans.

L'Éthiopie, a-t-il indiqué, a l'un des plus grands trésors culturels du monde, les églises de Lalibela, qui ont été taillées à même le roc. « C'est là le résultat de l'esprit humain, et il en est de même de la propriété intellectuelle. Nous ne savons pas qui les a faites, mais elles représentent notre culture et notre identité nationales. »

En ce qui concerne le secteur de la musique éthiopienne, l'association des maisons de disques sont convenues de baisser de 15 dollars à 2,50 dollars le prix des disques compacts de musique originale. Cette réduction a supprimé en très grande partie l'incitation à produire des disques piratés, dont le prix de revient est d'environ 1,10 dollar.

Les marchands ambulants qui vendent les disques compacts dans la rue ont été inclus dans la campagne d'information, car si on ne tient pas compte de leurs intérêts, des effets indésirables ne manqueront pas de se manifester, a-t-il dit en ajoutant : « On a organisé les marchands ambulants et on leur a fourni un uniforme qui porte sur le dos la recommandation suivante : « Achetez le produit original et non pas le produit piraté. Le piratage tue la créativité. »

Selon M. Mengistie, la protection de la propriété intellectuelle a eu d'immenses effets favorables sur les maisons de disques. En 2003, on comptait 50 maisons de disques, alors que maintenant elles sont au nombre de 204. En outre, le nombre des œuvres musicales a augmenté, et les chants sont interprétés dans un plus grand nombre de langues et dialectes. Avant l'application du droit de la propriété intellectuelle, un musicien pouvait gagner environ 45.000 dollars en enregistrant un disque. À l'heure actuelle, il peut obtenir jusqu'à 150.000 dollars. « On peut constater les avantages des investissements et des créations d'emploi que l'application du droit de la propriété intellectuelle a suscités. Il s'ensuit aussi que les recettes fiscales ont aussi augmenté considérablement. »

Cette nouvelle politique a eu également des effets étonnants sur le cinéma éthiopien. Avant 2003, il n'existait pas de films éthiopiens, alors qu'à l'heure actuelle deux ou trois films sont produits tous les mois. « L'avenir de l'industrie du cinéma est prometteur, car en dehors de l'Éthiopie on compte de nombreux Éthiopiens en Europe, aux États-Unis et dans le reste de l'Afrique. »

Par ailleurs, les brevets délivrés pour des dessins et modèles ont permis à l'Éthiopie de commencer à créer des entreprises de manière à moins dépendre des produits importés. À titre d'exemple, M. Mengistie a indiqué qu'auparavant son pays importait des chaussures du Kénya, de l'Inde ou de la Chine et que des entreprises locales avaient commencé, il y a seulement quelques années, à fabriquer grâce à la protection offerte par les brevets des chaussures dont la variété, la qualité et le prix étaient meilleurs que ceux des chaussures importées.

Un phénomène semblable a lieu dans le secteur des remèdes traditionnels éthiopiens pour lesquels il n'existe aucun document écrit. Les guérisseurs traditionnels font analyser leurs remèdes par des chercheurs spécialisés dans la médecine occidentale. Si ces remèdes se révèlent être efficaces, ils sont brevetés au nom des guérisseurs traditionnels et de laboratoires pharmaceutiques, et les titulaires des brevets reçoivent des redevances. « Les guérisseurs traditionnels sont disposés à faire part de leurs connaissances pourvu que leurs droits soient reconnus et qu'ils puissent profiter de l'exploitation de leurs connaissances », a-t-il fait remarquer.

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