19 mai 2008
La modification du rôle de l'État fédéral dans l'économie

Quatrième article d'une série portant sur le système financier américain
Washington - Si à l'heure actuelle Jamestown, en Virginie, est considéré comme la première colonie anglaise en Amérique, c'était aussi le nom d'une compagnie à la recherche d'or et d'autres richesses dans le Nouveau Monde. En 1607, la colonie de Jamestown n'était guère un succès sur le plan financier. Seule la culture du tabac lui permit de se stabiliser et de prendre de l'importance.
Le passage des États-Unis d'un ensemble de colonies éparpillées au stade de la plus grande puissance économique du monde n'a pas eu lieu sans accroc malgré l'abondance de leurs ressources. Toutefois, les colons américains apportèrent avec eux un ensemble de valeurs qui fut aussi important que la hache et la charrue pour coloniser ce qu'un pasteur protestant a qualifié de vastes étendues sauvages.
Ils avaient une opinion défavorable des pouvoirs publics, étaient de grands partisans de la liberté individuelle et étaient prêts à prendre des risques, qu'il s'agisse d'exploiter des terres dans des zones reculées ou de créer une entreprise commerciale.
Il s'ensuivit que, malgré une croissance remarquable, l'économie du pays fit l'objet de cycles d'expansion et de ralentissement pendant les cent cinquante premières années, alors que les Américains cherchaient à définir pour l'État un rôle qui limite les excès du pouvoir sans entraver les investissements et l'innovation.
Les controverses monétaires
Les premiers débats sur le rôle économique de l'État opposèrent Alexander Hamilton (ministre des finances), qui était en faveur de la création d'une banque nationale et d'un gouvernement central fort, à Thomas Jefferson (le troisième président des États-Unis), dont l'idéal était une République composée de petits exploitants agricoles où l'État jouerait un rôle limité.
C'est du temps du septième président des États-Unis, Andrew Jackson, qu'un conflit vit le jour au sujet de la création d'une banque centrale. Andrew Jackson, qui représentait les intérêts de l'ouest du pays, était tout à fait opposé à la Seconde banque des États-Unis et refusa de proroger ses statuts en 1836.
L'expansion vers l'Ouest exacerba les divergences économiques entre la côte est et l'Ouest, en particulier après la guerre de Sécession. Les industriels des États de la côte est étaient en faveur de l'étalon-or et du resserrement du crédit en vue d'éviter l'inflation, alors que les agriculteurs et les ouvriers de l'Ouest qui avaient grand besoin de crédit exigeaient un accroissement de la masse monétaire pour pouvoir faire des emprunts et réduire leur endettement.
Lors de l'un des discours politiques les plus célèbres de l'histoire américaine, le démocrate William Jenning Bryan résuma en 1896 l'accumulation des ressentiments de la population des États de l'Ouest envers les industriels des États de l'Est lorsqu'il déclara : « Vous n'enfoncerez pas cette couronne d'épines sur la tête des travailleurs. Vous ne crucifierez pas l'humanité sur une croix d'or ! »
L'industrialisation au XIXe siècle permit de créer un marché américain commun, principalement grâce à la création de nombreuses lignes de chemins de fer qui servaient non seulement à acheminer des produits, mais aussi à ouvrir de vastes étendues dans l'ouest du pays. En outre, une série d'inventions et d'innovations, qu'il s'agisse, entre autres, du moteur à vapeur, du télégraphe, de l'ampoule incandescente et de la chaîne de montage en usine, contribuèrent à favoriser l'essor économique du pays.
L'immense accumulation de richesses par certains suscita la formation du Mouvement progressiste, le premier à avoir tenté de façon systématique à réglementer le monde des affaires et à lutter contre la corruption généralisée. On doit à ce mouvement un ensemble d'organismes de tutelle tels que l'Administration des produits alimentaires et pharmaceutiques, la législation antitrust et l'impôt fédéral sur le revenu.
Le New Deal et la nouvelle économie
La réglementation plus poussée de l'économie de marché suivit la plus grande crise économique que les États-Unis aient connue, la dépression des années 1930, qui contracta d'un tiers le produit national brut et fit perdre leur emploi à un quart des travailleurs. Dans le cadre du New Deal du président Franklin Roosevelt, l'État fédéral intervint considérablement dans l'économie en organisant de vastes projets de travaux publics, en réglementant les marchés financiers et en créant un régime de retraite dénommé la Sécurité sociale. Par ailleurs, les syndicats prirent une grande ampleur dans le secteur industriel.
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis connurent une longue période de prospérité et contribuèrent à relancer l'économie de nombreux pays grâce aux accords conclus en 1944 à Bretton Woods, qui portaient sur l'abandon de l'étalon-or et qui donnèrent naissance au Fonds monétaire international et à la Banque internationale de reconstruction et de développement (Banque mondiale).
Plus récemment, la mondialisation, la dérèglementation et l'innovation dans le domaine informatique entraînèrent une forte augmentation de la productivité américaine.
Toutefois, le pays entra dans le XXIe siècle avec un immense déficit budgétaire qui atteignit 435 milliards de dollars en 2006 et qui est financé principalement par des banques étrangères. Une grande partie des dépenses publiques est due à la croissance des programmes de prestations sociales. À l'heure actuelle, ces programmes et d'autres dépenses incompressibles constituent plus de 50 % du budget fédéral.
Comme par le passé, l'avenir de l'économie américaine, et le rôle des États-Unis dans le monde, dépendront de l'énergie, de l'ingéniosité et de l'esprit d'entreprise des Américains et de leur gouvernement.