05 mai 2008
La Réserve fédérale des États-Unis est née d'intérêts économiques opposés.
Voici le premier d'une série d'articles sur le système financier et la réglementation du marché des États-Unis.
Washington - Cinq jours par semaine toute l'année, des presses spéciales appartenant au Bureau des gravures et impressions à Washington et à Dallas produisent 35 millions de pièces de papier monnaie d'une valeur d'environ 750 millions de dollars.
Or, cette quantité massive de monnaie et de pièces (fabriquées par d'autres installations) ne représente qu'une infime portion de la masse monétaire du pays - estimée à 7,6 trillions (milliers de milliards) de dollars en mars 2008. (Ce chiffre reflète la définition « M2 » de la masse monétaire qui est constituée des comptes en banque rémunérés de papier monnaie et de pièces, des comptes d'épargne à court terme et des petits certificats de dépôts.)
POLITIQUE MONETAIRE
La nature et le fonctionnement de ce vaste et complexe système d'argent et de crédit aux États-Unis sont non seulement d'importance vitale à la santé de l'économie américaine mais aussi au bien-être et à la croissance des systèmes financiers internationaux.
Aujourd'hui, du fait de la crise des marchés financiers provoquée par de grosses pertes dans les secteurs de l'immobilier et du crédit, le système monétaire des États-Unis est plus que jamais l'objet d'un examen minutieux - en particulier la Réserve fédérale des États-Unis qui fait office de banque centrale du pays.
L'économie de marché des États-Unis est largement auto-réglementée. En effet, pour reprendre les paroles prononcées par Ben Bernanke, président du conseil d'administration de la Réserve fédérale lors d'un discours en 2007 :
« Les lois du marché déterminent presque tous les résultats de notre économie, un fait qui aide beaucoup à expliquer le succès de notre pays dans la création de richesse (...) Les marchés recueillent et diffusent les informations avec plus d'efficacité et fixent les prix avec plus de précision qu'un planificateur quelconque de banque centrale ne pourrait le faire. »
M. Bernanke constate cependant qu'« une réglementation et une intervention ciblées » peuvent bénéficier à l'économie, en particulier dans le cas des marchés financiers, pour promouvoir la stabilité et la croissance économiques et protéger les consommateurs et les investisseurs.
Les gouvernements des économies de marché influencent leur économie de deux façons principales. L'une est la politique monétaire, du ressort de la Réserve fédérale, qui traite de la quantité d'argent et du crédit disponible dans l'économie. L'autre est l'assiette fiscale - les impôts et les activités du gouvernement qui, d'une manière générale, attirent plus d'attention et font davantage les grands titres des journaux que la politique monétaire.
BATAILLES BANCAIRES
Les batailles politiques sur la nature des banques et de l'argent aux États-Unis remontent à la naissance du pays lui-même. Les premiers conflits reflétaient généralement la tension entre, d'un côté, les intérêts agricoles et des petites entreprises dans la partie ouest du pays et, de l'autre, les intérêts des entreprises et des banques dans l'est du pays. Le milieu rural de l'ouest était contre une banque centrale puissante, alors que les responsables financiers et chefs d'entreprises étaient pour.
Lorsque la Réserve fédérale a été créée, affirme Donald Kohn, vice-président de son conseil d'administration, « la législation que le Congrès a fini par adopter en 1913 était l'expression d'une bataille qui a été dure à gagner pour équilibrer ces deux vues opposées et a elle donné naissance à cette structure hybride publique et privée, centralisée et décentralisée que nous avons aujourd'hui ».
La première banque centrale du pays a été créée en 1791, mais elle a été fortement attaquée par les intérêts du monde rural et par le parti démocrate naissant mené par Thomas Jefferson qui l'accusait d'être contrôlée par les gros intérêts commerciaux et financiers.
La Deuxième banque des États-Unis, après s'être vu accorder une charte de 20 ans en 1816, a déclenché une bataille aux proportions épiques entre les intérêts financiers de l'est, menée par Nicolas Biddle, le président de la banque, et le président Andrew Jackson, à la tête des forces populistes. L'opposition de Jackson à l'égard d'un contrôle financier centralisé trouva un écho favorable auprès des agriculteurs et de la classe ouvrière, en particulier dans l'ouest en pleine expansion.
Jackson a peut-être employé des arguments économiques discutables contre la banque, mais ses vues à l'égard du pouvoir centralisé de la banque retentissent dans les débats économiques encore de nos jours.
« Un grand nombre de nos hommes riches ne sont pas satisfaits de l'égalité en matière de protection et de bénéfices et nous implorent de les rendre plus riches par une loi du Congrès, » a-t-il déclaré au sujet de la loi pour le renouvellement de la charte de la banque.
C'est Jackson qui l'emporta en retirant tous les fonds fédéraux de la banque et en laissant la charte de la banque expirer.
Les paniques bancaires et la Réserve fédérale
Au XIXe siècle, les États-Unis fonctionnaient plus ou moins par l'intermédiaire de banques d'État à charte et de banque indépendantes. Toutefois, même l'établissement de banque nationales à charte en 1983 ne pouvait pas empêcher le déclenchement régulier de paniques financières qui aboutissaient souvent à un marasme économique.
La panique bancaire de 1893, par exemple, a déclenché la plus terrible crise économique de l'époque et, une autre grosse panique en 1907 a eu comme résultat la Loi sur la Réserve fédérale de 1913, portant création de la Réserve fédérale (Fed) comme une sorte de « banque centrale décentralisée » - un compromis classique visant à équilibrer à la fois les intérêts du consommateur et ceux du secteur commercial, et constitué à la fois de fonds publics et privés.
La Fed a été incapable d'empêcher la Grande Crise des années 30 qui a provoqué la faillite de près de 10.000 banques. Mais la Loi sur les Banques de 1935 a donné naissance à plusieurs réformes vitales, dont l'établissement de la Federal Deposit Insurance Corporation ayant pour but d'assurer les dépôts bancaires.
Le site Internet de la Réserve fédérale offre une excellente description sommaire et explication de son fonctionnement. Il existe aussi une explication interactive sur l'histoire de la Réserve fédérale, ses fonctions, opérations et services financiers, appelée « Fed 101 ».