Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

13 mai 2008

Les États-Unis prennent des mesures pour stabiliser les marchés financiers

L'opacité des produits financiers et la complexité des montages inquiètent les responsables politiques.

 

Le présent article est le premier d'une série de trois articles consacrés aux turbulences sur les marchés financiers américains et aux efforts déployés pour stabiliser la situation.

Washington - Le gouvernement des États-Unis a pris des mesures pour porter remède aux sérieuses insuffisances que la première crise financière importante du XXIe siècle vient de révéler.

L'instabilité des marchés de capitaux américains s'est traduite par un nombre record de saisies immobilières, par des pertes de plusieurs milliards de dollars pour les institutions financières et par un resserrement du crédit dans le pays. Elle a également remis en cause la façon dont ces marchés sont perçus et les hypothèses avancées sur la façon de traiter leurs difficultés.

Selon certains spécialistes, il est difficile de trouver des solutions en raison de la complexité du système financier, du manque de connaissance des liens entre ses différentes composantes, de l'opacité de nombreuses transactions financières et de l'incertitude qui règne quant à l'exposition réelle des établissements financiers au risque d'insolvabilité des débiteurs.

Les banques commerciales, qui reçoivent les dépôts et accordent des prêts, ont longtemps constitué la colonne vertébrale du système financier américain. Toutefois, les banques d'affaires, les fonds communs de placement, les fonds spéculatifs (hedge funds) et autres établissements financiers représentent aujourd'hui une part croissante des prêts, des emprunts et des investissements.

En tant que courtiers, les banques d'affaires jouent un rôle d'intermédiaire entre les entreprises qui émettent de nouveaux titres et le public. La Réserve fédérale, c'est-à-dire la banque centrale des États-Unis, estime que cette catégorie de sociétés financières détient actuellement des actifs trois fois plus importants que ceux gérés par les banques commerciales.

Les marchés non bancaires des capitaux se sont développés principalement grâce à une vaste gamme de produits innovants, que l'on peut classer dans deux catégories : les titres adossés à des créances mobilières et les produits dérivés de crédit.

Les titres adossés à des créances mobilières sont des titres de créance, ou obligations, créés en regroupant et en restructurant des créances mobilières tels que des prêts immobiliers, des crédits automobiles ou des crédits hypothécaires. Les dérivés de crédit sont des contrats synallagmatiques entre un acheteur et un vendeur, aux termes desquels le vendeur accorde une protection contre certains évènements impliquant un tiers, par exemple sa défaillance dans le cadre d'un emprunt ou son insolvabilité.

Ces produits ne sont pas négociés sur les marchés réglementés, et les sociétés financières fournissent peu d'information à leur sujet. Ils sont difficiles à comprendre et encore plus difficiles à évaluer. L'étendue du problème est telle qu'un ancien vice-président de la Réserve fédérale titulaire d'un doctorat d'économie, M. Alan Blinder, a dû admettre récemment que sa connaissance des dérivés complexes était limitée.

De son côté, un haut responsable du ministère des finances, M. Anthony Ryan, a indiqué que l'évolution de la crise actuelle avait révélé de nombreux problèmes qu'il convenait d'analyser et de traiter.

Wall Street a longtemps privilégié les produits financiers innovants, qui sont sa principale source de profit. Les responsables de la banque centrale américaine s'en sont également faits les avocats. Lorsqu'il était à la tête de la Réserve fédérale, M. Alan Greenspan a indiqué, avec au moins un autre gouverneur de la banque centrale, que ces produits permettaient d'améliorer la gestion et la répartition du risque et donc d'accroître l'efficacité et la solidité des marchés.

Toutefois, les titres adossés à des créances mobilières et les dérivés créés en empilant des instruments de dette les uns par dessus les autres partagent une autre caractéristique, qui ne s'est révélée que récemment : s'ils sont la source d'importants bénéfices en période normale, ces instruments démultiplient les pertes en période d'instabilité, en amplifiant les effets des erreurs commises par le système financier. Ces produits ont en effet donné naissance à un réseau de contreparties sur l'ensemble de la planète. Les institutions financières liées dans ce cadre inscrivent souvent ces instruments hors bilan et donc loin des regards des créanciers. Elles les négocient en outre dans le cadre de séries de transactions complexes et non réglementées. En cas de défaillance, ces caractéristiques augmentent, selon les spécialistes, le risque d'une réaction en chaîne sur les marchés financiers.

La crise actuelle a commencé lorsque la hausse du marché immobilier américain s'est inversée et que les propriétaires disposant de moyens limités n'ont pas su faire face aux obligations prévues par leurs emprunts hypothécaires. De nombreux prêts avaient en effet été accordés dans des conditions imprudentes, voire frauduleuses. L'effondrement des titres adossés à des hypothèques, notamment dans le secteur à risque dit « subprime », a donc eu des répercussions sur l'ensemble du système financier mondial. Les prêts immobiliers à risque sont accordés à des emprunteurs qui ne peuvent pas obtenir un prêt aux taux du marché en raison d'antécédents insatisfaisants en matière de crédit ou qui sont dans l'incapacité de rembourser un prêt traditionnel.

Pour le professeur Joseph Mason, de l'université Drexel à Philadelphie, les produits financiers innovants ne sont ni une panacée universelle ni un virus financier. Ils ne peuvent pas servir à tout, notamment si on connaît mal leurs effets. Toutefois, il est possible, selon lui, de limiter les applications et les transactions portant sur les produits les plus récents, afin qu'ils ne se transforment pas en un mécanisme essentiel du financement de secteurs fondamentaux sur les plans économique et social, comme c'est le cas du logement.

En mars, un groupe de travail (President's Working Group on Financial Markets) présidé par le ministre des finances, M. Henry Paulson, a émis une série de recommandations afin de s'attaquer aux facteurs d'instabilité des marchés financiers. Elles comprennent un renforcement de la réglementation des opérations de prêt hypothécaire, la mise en place d'un système de licences administratives à l'intention des courtiers en prêts hypothécaires et un renforcement du contrôle de leurs activités, ainsi que l'amélioration des méthodes de notation de crédit et de la transparence du système dans son ensemble.

Le gouvernement a également assoupli les règles s'appliquant aux deux organismes agréés par l'État pour le refinancement des prêts hypothécaires (Fannie Mae et Freddie Mac) et à une douzaine de banques régionales agréées dans le même domaine, afin de leur permettre d'augmenter leurs achats de prêts hypothécaires et de titres adossés à des hypothèques.

Par ailleurs, les autorités de tutelle américaines sont en train d'élaborer des recommandations uniformes à l'intention des institutions financières, afin de limiter les risques de gestion mis en évidence par la crise. Enfin, le ministère des finances a proposé une réforme approfondie du système de réglementation financière afin de réduire la probabilité d'une nouvelle crise.

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