Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

20 juin 2008

C'est dans l'agriculture que les besoins de l'Afrique sont les plus pressants

Les propos de M. Natsios, ancien administrateur de l'USAID

 
Andrew Natsios
M. Andrew Natsios, ancien administrateur de l'USAID. (Photo © Institut Hudson)

Washington - M. Andrew Natsios, ancien administrateur de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a déclaré que l'aide des pays étrangers à l'Afrique devait être recentrée sur le développement agricole.

Lors d'un discours qu'il a récemment prononcé au Hudson Institute de Washington au sujet de l'augmentation du prix des denrées alimentaires dans le monde, M. Natsios a affirmé qu'aux États-Unis, deux groupes, l'un représentant le mouvement écologique, l'autre les agriculteurs américains, s'étaient opposés à une aide des États-Unis aux agriculteurs pauvres des pays en développement.

« Le mouvement écologique affirme : Nous ne pouvons pas vous confier plus d'argent pour l'agriculture. Vous allez acheter des engrais qui empoisonneront les sols. Vous allez augmenter la teneur en sel des terres par des projets d'irrigation. Vous allez utiliser des pesticides et, plus grave encore, des semences génétiquement modifiées », a dit M. Natsios.

Par leurs multiples démarches auprès des membres du Congrès, les groupes écologistes ont réussi à limiter l'aide des États-Unis à l'agriculture africaine.

Quant aux groupes de défense des intérêts des agriculteurs américains, ils cherchent à éviter toute concurrence étrangère. « Ce qui est absurde, mais c'est la façon dont ils perçoivent les choses. De ce fait, les élus des régions agricoles hésitent à autoriser des aides à l'agriculture africaine. »

À l'heure actuelle, près de 1 % de l'aide des États-Unis à l'étranger est consacrée au développement agricole, alors que ce pourcentage était de 25 % en 1980.

M. Natsios a fait l'éloge du président Bush pour le soutien enthousiaste qu'il a apporté à un projet de loi qui permettrait d'acheter 25 % de l'aide alimentaire fournie par les États-Unis auprès d'agriculteurs locaux.

« C'est la première fois qu'un président a fait une telle proposition. C'est une réforme très importante, parce que ces achats pourront stimuler les marchés locaux. » Cette proposition est devenue l'une des dispositions de la Loi sur l'agriculture qui est entrée en vigueur le 19 juin.

M. Natsios a dirigé l'USAID de 2001 à 2005. Il enseigne aujourd'hui à l'université de Georgetown à Washington.

S'exprimant lors du même colloque, le spécialiste de sciences politiques Robert Paarlberg a déclaré que les pays riches qui offraient une aide au développement avaient des préjugés contre l'agronomie.

« Notre culture s'est détournée de l'agronomie qui nous a pourtant donné toute cette prospérité. Nous idéalisons les méthodes agricoles anciennes qui n'utilisaient aucun engrais chimique. Nous réduisons l'utilisation d'autres intrants chimiques et nous ne mettons plus l'environnement en danger par des barrages d'irrigation. Nous renouons avec une agriculture traditionnelle, des semences classiques et des techniques naturelles, et nous nous méfions des organismes génétiquement modifiés. »

Selon lui, ces préjugés contre les investissements dans l'agriculture découlent également de la conviction que les marchés, et non les gouvernements, sont les moteurs du développement économique. Or les partisans de ce point de vue, a affirmé M. Paarlberg, ont acquis depuis les années 80 une forte influence au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale. Conséquemment, cette dernière a hésité à accorder des prêts pour la construction de routes, de réseaux électriques et d'écoles d'agronomie dans les zones rurales, préférant privilégier les réformes de politique générale.

Ces institutions ont « négligé l'étude de l'exemple de la révolution verte en Inde, qui a été réalisée par le truchement du secteur public et d'organisations philanthropiques privées. Les grandes multinationales et les entreprises privées n'ont pratiquement joué aucun rôle. »

Il a affirmé que d'ici cinq à six ans, les grandes entreprises spécialisées dans la biotechnologie, notamment DuPont et Monsanto, commercialiseraient une variété de maïs ayant des rendements plus élevés dans des conditions de sécheresse.

« C'est très bien pour l'Iowa, mais ce ne sont pas les agriculteurs de cet État qui ont vraiment besoin de maïs résistant à la sécheresse. Ceux qui en ont le plus besoin sont les petits cultivateurs de l'Afrique orientale et australe. Qui va leur distribuer cette nouvelle variété de maïs ? » Selon lui, l'USAID et la Banque mondiale devraient s'atteler à ce projet, mais pour l'instant, c'est la Fondation Bill et Melinda Gates qui s'en occupe.

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