Économie et commerce | La croissance par l'ouverture des marchés

17 juin 2008

Créer sa propre entreprise dans le secteur des nouvelles technologies

La jeunesse n'est pas un obstacle au succès d'une entreprise

 
Ben Casnocha
Ben Casnocha, un des meilleurs jeunes entrepreneurs selon l'hebdomadaire BusinessWeek. (Photo : Ben Casnocha)

Ben Casnocha

Ben Casnocha est l'auteur de l'ouvrage intitulé en anglais My Start-Up Life : What a (Very) Young CEO Learned on His Journey Through Silicon Valley (Ma vie dans une start-up : ce qu'un (très) jeune PDG a appris lors de son périple dans la Silicon Valley). Il figure sur la liste des meilleurs jeunes entrepreneurs établie par l'hebdomadaire BusinessWeek. Il tient un blog à l'adresse www.ben.casnocha.com.

Au lycée, j'avais un professeur de technologie qui m'a fait apprendre par cœur le texte d'une publicité télévisée de la société Apple Computer intitulée « Pensez différemment ». La dernière ligne de cette publicité disait : « Ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde sont ceux qui le changent. » Ce message et son ambassadeur (mon professeur) m'ont inspiré. Cela m'a donné envie de fonder une entreprise pour changer le monde.

Mais quelle sorte d'entreprise ? J'avais besoin d'une bonne idée. À peu près au même moment où j'ai appris par cœur cette publicité, j'ai assisté à un match de football américain à San Francisco. Les sièges du stade étaient sales. Je voulais le signaler à la mairie de San Francisco, mais lorsque j'ai essayé de me plaindre, je me suis aperçu que la mairie ne disposait d'aucun mécanisme pour ses rapports avec les habitants. Enervé, je me suis dit : « Il doit y avoir un meilleur moyen de procéder ! ».

Cette expérience m'a mené à créer une entreprise qui permettrait de résoudre le problème que j'avais rencontré. J'ai monté mon entreprise, Comcate, en 2001, dans le but d'améliorer le service à la clientèle des pouvoirs publics locaux. J'ai conçu un logiciel qui permet aux villes de recevoir les plaintes des habitants et d'y répondre. Les pouvoirs publics locaux qui sont nos clients peuvent ainsi donner suite à une plainte d'un habitant portant sur un nid-de-poule, un lampadaire en panne, une branche d'arbre tombée ou d'autres problèmes du même genre. Il leur est ainsi possible de satisfaire davantage les habitants et de faire des économies grâce à l'automatisation du suivi des tâches. J'ai passé plusieurs années à faire grandir mon entreprise.

Ce qui est courant et ce qui l'est moins

À certains égards, mon expérience de créateur d'entreprise est un cas classique. Premièrement, mon idée est venue de mon expérience personnelle. Les bonnes idées naissent presque toujours d'une expérience directe, plutôt que de séances de créativité organisées dans des bureaux.

Deuxièmement, j'ai connu des succès et des échecs. Ce n'est pas par hasard que l'on compare la création d'une entreprise aux montagnes russes : il y a beaucoup d'incertitude, et chaque jour amène son lot de satisfactions et de déceptions, de chance et de malchance. L'embauche d'une personne qui ne convenait pas à mon entreprise a été l'un de mes échecs les plus mémorables. En n'arrivant pas à évaluer correctement si cette personne correspondait aux besoins de mon entreprise, j'ai perdu beaucoup de temps et d'argent. Les meilleurs créateurs d'entreprise sont ceux qui ont les capacités d'adaptation nécessaires pour vivre très bien ce genre de situation imprévisible.

Troisièmement, l'établissement d'un réseau de relations - en faisant constamment la connaissance de nouvelles personnes - a occupé et continue d'occuper une bonne partie de mes journées. Tous les jours, je passe une heure à penser aux personnes que je connais et comment rester en contact avec elles, et à qui d'autre je souhaiterais rencontrer. Il peut s'agir de prospects commerciaux ou peut-être seulement de mentors. En tout cas, mon réseau de relations a contribué pour beaucoup à mon succès personnel et professionnel.

À d'autres égards, mon expérience est moins commune. Je suis jeune. J'ai monté mon entreprise à l'âge de quatorze ans. J'en ai vingt aujourd'hui. J'ai dû surmonter les problèmes liés à mon âge. J'ai dû convaincre les gens de me prendre au sérieux et j'ai dû ignorer ceux qui ne croyaient pas en moi. J'ai dû apprendre en grande partie tout seul les aspects pratiques du métier ­- comment définir un problème, trouver une solution, mettre au point un prototype et le vendre. Disposant au départ de peu de contacts professionnels, j'ai dû établir un réseau de conseillers et d'appuis. Enfin, j'ai dû concilier mon activité professionnelle avec la poursuite de mes études secondaires.

Ma jeunesse a peut-être joué en ma faveur. Parfois, le fait de ne pas savoir grand-chose peut-être positif car on pose alors les questions les plus simples. En raison de mon manque d'expérience, j'avais peut-être moins de préjugés et pouvais examiner un problème sous un tout nouvel angle.

La politique et la culture américaines

Fabrication de circuits intégrés à Microsystems Academy
Des lycéens fabriquent des circuits intégrés à Cleveland (Ohio) sous la direction d'une ONG, Microsystems Academy. (© AP Images)

Alors que je songeais dès un jeune âge à mon idée d'entreprise, j'ai eu la chance de grandir aux États-Unis, pays qui offre aux créateurs d'entreprise de nombreux avantages, du fait de la politique des pouvoirs publics et de l'esprit d'entreprise qui est très répandu.

L'État fédéral facilite la création d'entreprises. Il exige peu de formalités administratives. En effet, on estime que les entrepreneurs du secteur privé doivent disposer de la plus grande liberté possible pour développer leur entreprise. La réglementation et les formalités administratives risquent de nuire à la créativité d'un entrepreneur et sont donc à éviter. L'État accorde des avantages fiscaux aux propriétaires de petites entreprises et finance des programmes de formation, car il reconnaît l'importance des entreprises privées.

En dehors des services publics tels que la police et les pompiers, la politique américaine consiste généralement à favoriser la concurrence sur un marché ouvert à tous. Notre pays accueille favorablement les nouveaux venus sur ce marché, et même les jeunes entrepreneurs.

La mentalité américaine contribue de façon encore plus importante au succès des entreprises. Aux États-Unis, si vous avez le courage de créer une entreprise, on vous félicite et on vous encourage. On vous considère comme un innovateur, un pionnier, un brillant rebelle. Si vous échouez - et il y a une forte probabilité que cela arrive - la plupart des Américains n'y voient qu'une occasion d'apprendre quelque chose. Il n'y a aucune honte à échouer. Cette acceptation de l'échec est partagée par les familles, les écoles et les médias.

Dans un sens, aux États-Unis, vous pouvez toujours recommencer à zéro. Les jeunes, en particulier, sont considérés comme une force d'innovation et de créativité. En tant qu'entrepreneur en herbe, j'ai bénéficié de ces attitudes. J'ai fini par être fier de mon individualité et j'ai concrétisé mes idées sans la moindre gène.

Il n'y a pas qu'une seule méthode

Les pays qui encouragent la création d'entreprises tendent à avoir une économie plus florissante. Selon l'économiste William Baumol, l'entrepreneuriat est une « composante indispensable » de la croissance et de la prospérité économique aux États-Unis. Plus de 16 millions de personnes travaillent dans des entreprises de moins de 10 salariés ; les petites entreprises jouent donc un rôle essentiel dans le pays.

Toutefois, les États-Unis ne sont pas les seuls à reconnaître l'importance de l'entrepreneuriat pour l'économie. La Chine, l'Inde et d'autres pays mettent également l'accent sur les petites entreprises et se développent en conséquence. Dans chacun de ces pays, les entrepreneurs adoptent des méthodes différentes. Il n'y a pas qu'une seule façon de créer une entreprise prospère. Cela dépend plutôt de l'entrepreneur, c'est-à-dire de vous-même.

Aux États-Unis, les créateurs d'entreprise les plus brillants ne se ressemblent pas souvent. Google, l'un des grands noms américains du secteur des nouvelles technologies, a été créé par un immigré russe qui ne recherche pas l'attention des médias. Il a obtenu un doctorat d'informatique dans l'une des meilleures universités du pays. Il a mis au point des formules mathématiques qui permettent d'améliorer les résultats d'un moteur de recherche. Oracle, autre grand nom, a été fondé par quelqu'un qui a abandonné ses études et qui a développé son entreprise au moyen de stratégies dynamiques. Il a acquis dans les médias le statut de célébrité. Les créateurs d'entreprise qui réussissent ne ressemblent pas tous au magnat de l'immobilier Donald Trump ou ne se comportent pas tous non plus comme lui ; en fait, c'est même assez rare. Ceux qui réussissent suivent leur propre voie.

De plus en plus de personnes se fraient leur propre voie et se découvrent une fibre entrepreneuriale. De fait, nous sommes aux États-Unis à un âge d'or de l'entrepreneuriat. Particulièrement parmi les jeunes - ma génération - la perspective de monter sa propre affaire n'a jamais été aussi fascinante. Aujourd'hui, la majorité des diplômés des universités indiquent dans les sondages qu'ils ont l'intention de créer un jour leur propre entreprise.

C'est maintenant qu'il faut se lancer

Cette volonté d'être maître de son destin ne se limite pas aux Américains : dans le monde entier, des jeunes et des moins jeunes découvrent la joie de créer leur entreprise. Même si vous vivez dans un pays qui n'a pas la même tradition démocratique que les États-Unis, qui n'est pas aussi tolérant de l'échec ou de l'expérimentation ou qui ne dispose pas encore d'un marché bien établi de capitaux privés, il n'y a jamais eu de meilleur moment pour se lancer. Grâce à l'Internet, le lieu de votre résidence est moins important. Que vous soyez en Zambie, en Nouvelle-Zélande, au Canada ou au Costa-Rica, vous pouvez vous connecter à l'Internet, vous informer et prendre contact avec des personnes animées du même esprit. Dans la plupart des cas, il faut pour devenir entrepreneur commencer par ouvrir un navigateur de l'Internet.

Joignez-vous donc à la communauté mondiale des créateurs d'entreprise. Lancez votre entreprise dans le secteur des nouvelles technologies. Faites connaître ce que vous avez appris et ce que vous avez vécu. Racontez votre histoire. Au pire, vous échouerez, mais au mieux, vous changerez le monde, vous résoudrez un problème et vous gagnerez peut-être beaucoup d'argent. Qu'est-ce que vous attendez ?

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des Etats-Unis.

 

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