02 juin 2008
Un spécialiste américain se déclare d'avis qu'une baisse modeste des prix aura lieu avant la fin de l'année.

Washington - Le prix du riz a plus que triplé depuis le début de 2006, tandis que celui du blé, du maïs et du soja a plus que doublé. Cette hausse des prix a déclenché dans certains pays des émeutes et risque d'aggraver la sous-alimentation et la pauvreté d'une centaine de millions de personnes.
Spécialiste de la politique agricole du service de recherche du Congrès (Congressional Research Service ou CRS) et auteur du rapport de ce service sur l'action des États-Unis face à cette hausse (Rising Food Prices and Global Food Needs : The U.S. Response), M. Charles Hanrahan a cité cinq facteurs lors de l'interview qu'il a accordée à America.gov.
La sécheresse et les intempéries constituent le premier facteur. La sécheresse en Australie et en Europe de l'Est et le mauvais temps au Canada, en Europe de l'Ouest et en Ukraine y ont causé une réduction de la production de céréales. « À cause de ces intempéries, les stocks mondiaux de maïs, de blé et de soja sont à un niveau très faible. »
L'Australie qui se heurte à la pire sécheresse depuis un siècle a vu sa production de riz diminuer de 98 %. En grande partie destinée à l'exportation, sa production de blé, qui peut atteindre en temps normal 25 millions de tonnes, n'a été que de 10 millions de tonnes en 2006 et de 13 millions en 2007, ce qui est environ 40 % inférieur à la moyenne des cinq dernières années.
Selon M. Hanrahan, il est difficile de dire si ces conditions météorologiques anormales sont dues au réchauffement climatique ou constituent un phénomène exceptionnel.
Les restrictions en matière d'exportation imposées par certains pays, particulièrement par des pays asiatiques producteurs de riz, contribuent aussi à l'aggravation de la situation actuelle. « Plusieurs pays, a-t-il dit, ont adopté des restrictions afin d'augmenter l'offre nationale et limiter si possible les effets de la hausse des prix sur leurs habitants. Ces mesures exacerbent toutefois la situation dans les pays importateurs de céréales. »
C'est ainsi que l'Inde a imposé des restrictions importantes sur les exportations de riz autre que le riz basmati et que le Vietnam a interdit toute exportation de riz. La Thaïlande, qui est le plus grand exportateur de riz du monde, devrait en exporter un volume record cette année alors que les prix ne cessent d'augmenter. Le prix du riz thaïlandais a triplé depuis juin et s'élève maintenant à plus de 1.000 dollars la tonne.
Le troisième facteur dont M. Hanrahan a fait état est la hausse des cours du pétrole et du gaz naturel qui a des effets sur tous les stades de la production et de la commercialisation des denrées alimentaires (engrais, culture, transport et transformation).
En 2007, lorsque le cours du pétrole était en moyenne de 72 dollars le baril, plus de la moitié des crédits budgétaires destinés à l'aide alimentaire des États-Unis allait aux frais de transport. En 2008, les frais de transport ont augmenté bien plus vu la hausse du cours du pétrole. De même, le prix des engrais s'est accru considérablement ; il a doublé dans certains cas entre octobre 2007 et avril 2008.
« Il est peu probable que le cours du pétrole baisse beaucoup à moyen terme, ce qui aura des effets sur la production de denrées alimentaires et sur leur commercialisation », a-t-il dit.
Le quatrième facteur, la hausse des revenus dans des pays tels que la Chine et l'Inde, a entraîné un accroissement de la demande de céréales, de viande et d'aliments transformés et une augmentation des prix sur le marché mondial. « Ces deux pays, a-t-il indiqué, ont augmenté leur consommation de viande et ils ont besoin de maïs et de céréales fourragère à cet effet. Il s'agit là d'un facteur structurel durable de la demande de produits agricoles qui ne changera pas beaucoup. » Il faut 7 kilos de céréales pour produire 1 kilo de viande. La Chine, qui était autrefois un grand exportateur de céréales, est devenue maintenant un importateur.
Le dernier facteur a trait à l'accroissement de la demande de biocarburants, qui a réduit le volume des céréales destinées à l'alimentation humaine et animale.
Les subventions des États-Unis en faveur de la production d'éthanol, qui est à base de maïs, ont incité de nombreux agriculteurs américains à produire du maïs pour la fabrication de biocarburants et non pour la consommation humaine et animale. Selon des statistiques du ministère américain de l'agriculture, 23 % de la production de maïs ont été consacrés à la production d'éthanol en 2006-2007, et ce pourcentage pourrait passer à 50 % en 2007-2008.
« Certains pensent que la concurrence entre la production agricole destinée à l'alimentation et la production agricole destinée à la fabrication de biocarburants aura une incidence sur l'approvisionnement alimentaire et sur les prix pendant de nombreuses années. C'est là une question qui fait actuellement l'objet d'un vif débat », a-t-il dit.
En avril, le président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, a déclaré que la situation alimentaire empirait de jour en jour dans de nombreux pays en développement, où les pauvres consacraient près de 75 % de leur revenu à l'alimentation. Il a souligné que des troubles sociaux risquaient de se produire dans 33 pays à cause de la hausse des prix des denrées alimentaires.
Toutefois, M. Hanrahan a indiqué que le prix du blé avait baissé d'environ 30 % le mois dernier et que le prix du riz devrait diminuer prochainement. « Les prix baisseront, a-t-il dit, mais ils resteront à un niveau supérieur par rapport à celui d'il y a un ou deux ans à cause de mutations structurelles durables. »