16 juillet 2008
Le Forum de la société civile de l'AGOA invite les entreprises américaines à investir davantage.

Washington - Les temps ne sauraient être plus propices, vu le niveau record des prix des denrées alimentaires et des produits de base, pour réviser la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) afin de libéraliser encore davantage et d'accroître le commerce agricole entre les États-Unis et l'Afrique.
Trois spécialistes de l'AGOA, mesure législative adoptée par le Congrès en 2000 et établissant un régime préférentiel de droits pour l'Afrique, ont présenté cet argument le 14 juillet, lors de la réunion du Forum de la société civile de l'AGOA qui a eu lieu non loin du siège du Congrès à Washington. Cette réunion annuelle de trois jours, du 14 au 16 juillet, avait pour thème cette année « La mobilisation de l'investissement privé pour le commerce et la croissance ».
Les trois spécialistes en question sont Daniel Karanja, chercheur principal au Partnership to Cut Hunger and Poverty in Africa [Partenariat pour la réduction de la faim et de la pauvreté en Afrique] ; Jayme White, directeur législatif du bureau du représentant de l'État de Washington Jim McDermott ; et Likando Mukumbuta, président-directeur général du Zambia Agribusiness Technical Assistance Centre [Centre d'assistance technique aux agro-industries de la Zambie](ZATAC Ltd.).
M. Karanja s'est exprimé en faveur d'une intégration accrue du secteur agricole africain dans l'AGOA.
« Si l'objectif est de réduire la faim et la pauvreté en Afrique et de promouvoir la croissance économique et le commerce, l'AGOA devrait certainement s'intéresser aux moyens de faire profiter de ses avantages les populations rurales pauvres, les petits propriétaires, qui constituent la base de l'économie africaine », a-t-il déclaré.
Se félicitant de l'application de l'AGOA, M. Karanja a noté que cette loi avait suscité une extraordinaire croissance du commerce entre les États-Unis et l'Afrique, qui dépasse aujourd'hui 80 milliards de dollars par an.
« Ce qui nous préoccupe, a-t-il dit, c'est que seuls quelques pays et quelques rares secteurs de leur économie ont bénéficié de l'AGOA », les exportations de pétrole et de gaz étant en tête avec environ 90 % des échanges totaux entre les États-Unis et l'Afrique, suivies par les produits textiles avec moins de 5 % et l'agriculture avec moins de 1 % en 2005.
« C'est là une grave préoccupation pour les gens qui comprennent la genèse de l'AGOA. Cette loi a été adoptée pour promouvoir le commerce et la croissance économique en Afrique, mais comme beaucoup le savent, l'agriculture est le secteur principal de la plupart des économies africaines, celui qui génère la plus forte part du produit intérieur brut, la plus forte parte des recettes d'exportation des économies africaines, celui dont vit la plus forte part de la population, trois Africains sur quatre vivant en milieu rural et dépendant entièrement de l'agriculture, et la plus forte part de l'emploi. »
Du fait de la hausse constante des prix des produits alimentaires et des carburants, la question de l'élargissement de l'AGOA est « de la plus haute importance », a souligné M. Karanja.
Jayme White, qui est associé à l'AGOA depuis le début de sa préparation, a déclaré à l'appui de cet argument que cette loi établissait un programme commercial qui précisait le régime des droits de douane pour les produits importés d'Afrique subsaharienne.
À propos de la législation initiale dite AGOA I, qui a été adoptée en 2000, il a noté que « de nombreuses concessions ont été faites, mais qu'en fait, l'AGOA a supprimé les droits de douane appliqués à plus de 95 % des importations en provenance d'Afrique subsaharienne », y inclus certains droits sur les vêtements. « Là où nous avons achoppé, a-t-il dit, c'est sur la suppression complète de tous les droits sur ce que nous appelons les produits agricoles sensibles : le sucre, le maïs, les arachides et certains produits agricoles à valeur ajoutée tels que le chocolat et certains sirops. »
Depuis cette époque, a-t-il noté, l'AGOA II en 2002 et l'AGOA IV en 2006 ont porté principalement sur les produits vestimentaires. L'AGOA III, a-t-il dit, a tenu compte du besoin de renforcement des capacités commerciales en Afrique et a prévu que 20 spécialistes seraient envoyés en Afrique subsaharienne pour aider les agriculteurs africains à se conformer aux lois américaines relatives à l'introduction de produits agricoles sur le marché des États-Unis.
« Nous avons assisté en conséquence à certaines améliorations, a dit M. White, mais nous sommes restés bien loin du compte pour l'agriculture étant donné que notre attention portait sur les produits vestimentaires. »
Il a lancé une mise en garde contre la conclusion selon laquelle seul le secteur des hydrocarbures bénéficierait de la loi. Le côté positif de l'AGOA, a-t-il dit, est au contraire que « nous assistons à une certaine diversification » et à « une explosion des importations vestimentaires » en vertu de l'AGOA « qui a créé des dizaines de milliers d'emplois dans des pays tels que le Lesotho, le Swaziland, le Kénya, Madagascar et Maurice.
« C'est absolument remarquable », a-t-il noté, mais il a aussi reconnu que « le côté négatif, c'est que la plupart des avantages obtenus l'ont été en Afrique australe, dans le secteur de la confection ».
Globalement, a précisé M. White, « nous n'avons pas assisté à l'explosion des importations, des échanges et de l'investissement que les partisans de l'AGOA, je crois, auraient aimé obtenir. ».
Ce que nous avons appris au fil des ans, a-t-il dit, c'est l'importance du commerce ainsi que de l'aide et du transfert des connaissances et des techniques agricoles.
Ce qu'il faut encore, a-t-il noté, c'est un renforcement des capacités commerciales coordonné, s'inscrivant dans le long terme, étant donné notamment qu'un grand nombre des dispositions de l'AGOA doivent expirer en 2015. Il faut également des investissements du secteur public et du secteur privé en Afrique et la couverture par l'AGOA de tous les produits agricoles africains.
Pour que tout cela se réalise, a dit M. White, il faut que tous ceux qui travaillent avec l'Afrique « s'expriment d'une voix commune » à Washington et fassent pression auprès du Congrès. « Il n'y aurait pas eu d'AGOA sans le corps diplomatique africain, qui était organisé et qui a demandé ce type de législation », a-t-il rappelé, en ajoutant que cette même énergie était nécessaire aujourd'hui.
Likando Mukumbuta, qui a à son actif plus de 16 ans d'expérience en matière de développement agricole en Afrique, a redit que ce continent avait besoin à la fois du commerce et de l'aide, mais il a précisé qu'un élément crucial serait l'implication active des entreprises américaines.
« Les transactions et les exportations nécessaires ne se produiront pas au sein de réunions telles que celle-ci, a-t-il dit à son auditoire. Elles n'auront pas lieu dans le cadre de conférences ou de mesures législatives. » Au contraire, a-t-il noté, « il faudra que les entreprises soient effectivement capables de traiter, de négocier et d'exporter entre elles, avec une législation facilitatrice », pour créer une croissance économique et un développement réels.
Il a félicité les États-Unis d'avoir beaucoup fait en Zambie pour contribuer à la rationalisation de l'économie nationale et pour stimuler la croissance et le développement du secteur privé. Mais il a noté que si les États-Unis avaient contribué à améliorer l'environnement de l'investissement en Afrique, ils n'avaient pas toujours participé activement aux investissements eux-mêmes.
« Lorsqu'il s'agit de tirer parti précisément de cet environnement qui a été créé, a-t-il dit, on constate généralement qu'il y a d'autres acteurs présents qui interviennent. » Il a lancé un appel en faveur d'un accroissement de l'investissement américain et a déclaré qu'il aimerait voir les Américains « à la table des négociations où les marchés sont conclus ».
Le Forum de la société civile de l'AGOA avait commencé, plus tôt dans la journée, par des vidéoconférences numériques reliant des groupes de la société civile américains et africains aux États-Unis avec leurs homologues du Kénya, du Malawi, de la Tanzanie, du Cameroun, de la Mauritanie et du Togo.
Le forum a comporté également une session ministérielle, au cours de laquelle la secrétaire d'État Condoleezza Rice a pris la parole, et un forum du secteur privé.