15 juillet 2008
Elle contribuerait entre autres à améliorer le niveau de vie de la population et à décourager l'extrémisme.
Washington - Un ancien haut responsable du département d'État, M. Stuart Eizenstat, et un haut responsable en exercice de ce même ministère, M. Daniel Sullivan, se sont prononcés en faveur des efforts déployés par les États-Unis en vue d'inciter les pays de l'Afrique du Nord à former une zone d'échanges commerciaux.
Cette intégration économique, ont-ils dit, serait avantageuse pour les pays du Maghreb (l'Algérie, le Maroc et la Tunisie) ainsi que pour la Libye et la Mauritanie et découragerait l'essor du terrorisme.
Selon la Banque mondiale, les échanges commerciaux entre les pays du Maghreb ne représentent que 1,3 % de la totalité de leurs échanges de marchandises. « Il s'agit là d'un des taux les plus faibles du monde, a dit M. Eizenstat. Le chômage est élevé, et les possibilités d'emploi pour le nombre croissant de jeunes citadins sont limitées. »
M. Eizenstat a lancé l'initiative en faveur de l'intégration économique du Maghreb en 1998, du temps du président Clinton, dans l'idée de créer une zone d'échanges commerciaux semblable à celle de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est ou à celle des pays signataires de l'Accord de libre-échange de l'Amérique centrale et de la République dominicaine. Il continue d'œuvrer à cet effet depuis son retour dans le secteur privé en 2001.
« Le terrorisme et l'extrémisme, qui s'accroissent dans cette partie du monde, peuvent, si on ne les jugule pas, porter atteinte à la stabilité des gouvernements modérés pro-occidentaux de ces pays et empêcher ceux-ci d'attirer les investissements directs étrangers et les touristes », a-t-il dit lors d'un forum organisé récemment sur ce sujet à Washington.
Le réseau Al-Qaïda a recours au Maghreb à une nouvelle tactique aux effets plus meurtriers, notamment les attentats suicides, qui vise à déstabiliser l'Afrique du Nord. Au cours des derniers douze mois, des attentats suicides ont eu lieu en Algérie, au Maroc et en Mauritanie.
Face à ces attentats, les États de l'Afrique du Nord ont restreint davantage la circulation des personnes et des marchandises d'un pays à un autre, ce qui a eu l'effet non voulu de réduire encore plus les échanges commerciaux entre ces pays et de ralentir leur activité économique.
« Ces pays, a dit M. Eizenstat, prennent des mesures pour renforcer leur coopération dans le domaine de la sécurité. À mon avis, ils devraient aussi renforcer en même temps leur coopération dans le domaine économique en vue d'accroître durablement la stabilité dans cette partie du monde. »
Lors de ce forum auquel participaient également des représentants de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, M. Sullivan a indiqué pour sa part que le gouvernement Bush estimait aussi que l'intégration économique des pays de l'Afrique du Nord revêtait une grande importance et qu'il cherchait à la favoriser dans le cadre de deux initiatives.
La première de ces initiatives est l'Initiative en faveur de partenariats au Moyen-Orient (Middle East Partnership Initiative ou MEPI), qui encourage les réformes dans les domaines politique, économique et éducatif. Dans le domaine économique, elle encourage les investissements, la libre-entreprise, les échanges commerciaux et la transparence afin de renforcer la compétitivité des entreprises de ces pays.
La MEPI, a indiqué M. Sullivan, donne de bons résultats, notamment au Maroc, qui réforme son secteur financier. Un groupe de bénévoles spécialistes des finances (Financial Services Volunteer Corps) a facilité dans le cadre de la MEPI la transformation de la banque centrale du Maroc en une institution totalement indépendante. En outre, un programme triennal de réformes commerciales a permis à 160 sociétés marocaines d'augmenter leur chiffre d'affaires qui a atteint 75 millions de dollars dans les domaines des biens et des services.
La seconde initiative du gouvernement Bush qui favorise l'intégration économique du Maghreb est la Zone de libre-échange du Moyen-Orient, a-t-il dit. En 2003, le président Bush a déclaré que les États-Unis envisageaient la création d'une zone de libre-échange entre eux et ces pays d'ici à 2013. Cette initiative encourage non seulement les échanges bilatéraux avec les États-Unis, mais aussi l'intégration régionale grâce à la conclusion d'accords de libre-échange entre les pays du Maghreb.
Les États-Unis ont déjà conclu des accords de libre-échange avec le Bahreïn, Israël, la Jordanie et le Maroc. Ils viennent d'achever des négociations commerciales avec Oman et d'en ouvrir avec les Émirats arabes unis.
Pour sa part, M. Shaun Donnelly, qui a occupé les fonctions de représentant adjoint des États-Unis pour le commerce extérieur avec l'Europe et le Moyen-Orient et qui est maintenant conseiller de l'Association nationale des industriels, a déclaré que les efforts que M. Eizenstat déployait pour entretenir l'intérêt dans la formation d'une zone d'échanges commerciaux au Maghreb étaient louables, mais qu'il était peu probable qu'ils soient bientôt couronnés de succès, étant donné que les pays nord-africains n'étaient pas résolus à faire le nécessaire pour parvenir à une intégration économique.
Cette intégration, a-t-il dit, « ne se produira pas parce que les États-Unis ou l'Europe le souhaitent. Elle devra être le fait des pays intéressés eux-mêmes.
« Il est peu probable que le genre d'investissement que chacun de ces pays recherche vienne d'un autre pays nord-africain. Ce qui les intéresse, ce sont les investissements dans les domaines des nouvelles technologies, du pétrole et des textiles. »
Dans l'immédiat, a-t-il fait remarquer, l'Afrique du Nord, et tout particulièrement la Tunisie, offre des possibilités aux sociétés américaines désireuses de vendre leurs produits sur le marché européen. « Une entreprise américaine peut ouvrir une usine en Tunisie, y assembler des produits en utilisant la main-d'œuvre locale et vendre en franchise de douane ces produits sur le marché européen. »