08 juillet 2008
Opinions de trois spécialistes des transports dans le continent africain
Même si la qualité d'un produit est excellente, il ne sera pas possible de le vendre si on ne peut pas l'expédier à temps à l'intérieur d'un pays ou à l'étranger. C'est pourquoi il importe tant que l'Afrique se dote de l'infrastructure et des moyens de transport nécessaires en vue d'accélérer sa croissance et son développement économiques.
Un groupe de spécialistes des transports en Afrique ont approfondi ces idées lors du Forum américano-africain de l'agroalimentaire que le Corporate Council on Africa a récemment organisé à Chicago. M. John Roller, de la société Africa Transportation and Logistics, M. Kevin Boyd, du ministère du commerce des États-Unis, et Carl Shoup, de la société Kjaer Group spécialisée dans la vente de véhicules notamment en Afrique, ont déclaré aux participants à ce forum que la modernisation de l'infrastructure dans le domaine des transports était essentielle à l'essor du secteur de l'agroalimentaire en Afrique.
Il faut que le renforcement des capacités dans le domaine des transports ait lieu dès maintenant, ce qui est possible, a souligné M. Roller. « Ce renforcement doit avoir lieu avant le développement de l'infrastructure, car il est beaucoup moins onéreux et a des effets immédiats. Il permettra d'accroître la concurrence, de baisser les prix et de donner aux petites et moyennes entreprises les moyens nécessaires pour participer à l'économie mondiale. »
À l'heure actuelle, a-t-il fait remarquer, les frais de transport de marchandises d'un pays africain à un autre pays africain ou à un pays non africain sont deux fois et demie plus élevés que dans le reste du monde, et la durée d'acheminement est deux à quatre fois plus longue que partout ailleurs. Il s'ensuit une perte d'argent et un taux de croissance plus faible pour les pays africains.
Trois éléments, a-t-il indiqué, font défaut en Afrique : l'infrastructure, la concurrence et les capacités. Dans de nombreux pays africains, les routes et les ports sont inexistants, les chemins de fer sont délabrés, les cours d'eau sont peu navigables faute de dragage et les coupures d'électricité sont fréquentes.
Les besoins de l'Afrique en matière d'infrastructure sont immenses, et il faut énormément de temps pour mettre en œuvre les solutions. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire du jour au lendemain, car des accords multilatéraux complexes entre les États, ainsi que le soutien du secteur privé, sont nécessaires.
« L'Afrique peut-elle attendre ? », a demandé M. Roller en ajoutant qu'il n'était pas possible de réussir sans accès au marché. Il a cité le cas du Gabon où le pétrole extrait de gisements situés à l'intérieur du pays ne pouvait être acheminé jusqu'au port d'embarquement qu'au moyen de péniches naviguant sur des cours d'eau. Ces péniches n'ont pas un volume suffisant pour satisfaire les besoins d'autres entreprises gabonaises. Au Congo-Brazzaville, a-t-il dit, il n'existe que six locomotives et quelques wagons délabrés pour desservir tout le pays.
Dans de nombreux ports africains, si deux navires arrivent en même temps, l'un d'eux doit attendre que tous les camions du port acheminent la cargaison de l'autre, ce qui représente des frais importants.
La plupart des entreprises d'expédition en Afrique appartiennent à des sociétés européennes, a fait remarquer M. Roller en indiquant que sa société encourageait des petites et moyennes entreprises africaines à adopter le modèle du franchisage dans le domaine des transports.
Pour sa part, M. Kevin Boyd, du ministère du commerce des États-Unis, a cité une étude récente de la Banque mondiale qui classe 150 pays en fonction de leurs moyens logistiques et de leurs formalités en matière de douane et de transport.
Un seul pays africain, a-t-il dit, fait partie des 50 pays dont les résultats sont les meilleurs, et plus de la moitié des 50 derniers pays sont situés en Afrique. « Il est clair, a-t-il dit, que les transports constituent un problème important dans ce continent. »
M. Boyd a également fait état d'une autre étude selon laquelle une journée perdue dans l'acheminement d'un produit au marché revient à la perception d'un droit de douane de 1 %. « Pour les producteurs qui comptent sur des préférences tarifaires (et qui ont ainsi un avantage sur leurs concurrents), a-t-il dit, la perte de trois ou cinq jours dans le transport de leurs produits leur fait perdre cet avantage. »
Les éléments les plus importants, a-t-il dit, sont les coûts, le temps et surtout la prévisibilité. Si une entreprise est habituée à recevoir un produit dans un délai de cinq jours et que soudainement ce délai est de douze jours, il est probable qu'elle ne fera plus appel au même fournisseur.
De son côté, M. Carl Shoup, de la société Kjaer Group qui vend des véhicules dans toute l'Afrique depuis quarante ans, a déclaré que sa société se heurtait à de grandes difficultés pour livrer des véhicules en Afrique, en particulier dans les zones en proie à des conflits.
En Afrique, où il vit depuis dix-huit ans, on considère souvent normal, a-t-il dit, qu'un routier africain doive attendre sept jours à un poste-frontière pour que ses documents soient examinés et tamponnés.
Malgré de tels obstacles, M. Shoup s'est déclaré optimiste. L'Afrique, a-t-il indiqué, commence à supprimer petit à petit ses obstacles en matière de transport. Il s'ensuit qu'un nombre croissant de véhicules sont livrés dans ce continent. Tous les mois, quelque 3.000 à 4.000 véhicules d'occasion partent de Baltimore à destination de Cotonou au Bénin, et un grand nombre d'entre eux sont destinés au Nigéria.
Les petits exploitants agricoles et les petits chefs d'entreprise « deviennent mobiles » et virent de l'argent aux États-Unis pour acheter un véhicule neuf ou d'occasion, a-t-il dit. En outre, le Japon expédie tous les mois 5.000 voitures au Malawi, au Zimbabwé et en Zambie.
Les Africains, a fait remarquer M. Shoup, trouvent des solutions par eux-mêmes, au niveau individuel, au lieu d'attendre que les pouvoirs publics résolvent leurs problèmes, ce qui peut être décourageant en matière de transport, de logistique et d'infrastructure.