03 juillet 2008
Washington - Une société indienne qui jusqu'à maintenant cultivait des roses au Kénya et en Éthiopie a décidé de diversifier sa production pour cultiver des céréales afin de contribuer à atténuer la crise alimentaire en Afrique et dans le reste du monde.
Le directeur général de la société à responsabilité limitée Sher Karuturi, M. Rao Karuturi, a récemment indiqué à America.gov ce que sa société faisait à cet effet lors du Forum américano-africain de l'agroalimentaire que le Corporate Council on Africa vient d'organiser à Chicago.
À l'heure actuelle, a-t-il dit, sa société produit au Kénya et en Éthiopie 1,5 million de roses coupées par jour qui sont destinées à l'Europe et aux États-Unis. Son chiffre d'affaires atteint environ 100 millions de dollars au Kénya et 50 millions de dollars en Éthiopie.
Elle négocie maintenant avec le gouvernement éthiopien afin de cultiver du riz sur plus de 100.000 hectares ainsi que du blé, du maïs et d'autres céréales sur 100.000 autres hectares. Ces céréales seraient destinées à être consommées en Éthiopie, au Kénya, en Ouganda et en Tanzanie, et les excédents seraient exportés dans le reste du monde. Les Africains auraient ainsi accès à des vivres meilleur marché car ils éviteraient des frais de transport élevés.
M. Karuturi a indiqué qu'il négociait avec la plus grande Bourse de produits agricoles du monde qui est située à Chicago en vue de vendre une partie de ces céréales sur le marché à terme.
La société Sher Karuturi cultive également des céréales et des légumes en Inde, où elle dispose d'usines de transformation des légumes.
Elle est sur le point de commencer en Éthiopie, dans une exploitation de 2.000 hectares, la culture de légumes destinés à être exportés en Europe.
M. Karuturi a attribué la plus grande partie de la hausse des prix des produits alimentaires à l'augmentation du prix des engrais, dont la plupart sont à base de pétrole. La hausse du prix des carburants a aussi une incidence sur les prix des produits alimentaires car la plupart des grandes exploitations sont très mécanisées, et leurs machines agricoles consomment de grandes quantités de carburant.
En réponse à une question sur les effets de la mise en culture de 100.000 hectares consacrés au riz aurait sur la situation alimentaire actuelle en Afrique, M. Karuturi a déclaré que sa future production représenterait une proportion importante de la production mondiale.
Actuellement, a-t-il indiqué, on produit dans le monde de 650 à 700 millions de tonnes de riz par an, mais seulement environ 6 ou 7 % de ce tonnage sont vendus sur le marché mondial, les 94 % restants étant consommés dans le pays de production. Il reste donc très peu pour le commerce mondial. « Le pourcentage de notre production représenterait environ 2 à 3 % de l'offre mondiale. Nous comptons donc avoir une influence importante sur l'offre mondiale de riz et nous espérons alléger quelques-unes des pressions qui s'exercent sur le marché mondial. »
À propos du rôle important de l'infrastructure dans le secteur agricole, M. Karuturi a reconnu que l'insuffisance de cette infrastructure dans de nombreux pays africains constituait un grand problème. Pour pouvoir être exportés, les produits agricoles doivent en effet être transportés par voie terrestre jusqu'aux ports et au besoin être entreposés pendant un certain temps.
Tôt ou tard, les pays africains devront moderniser leur infrastructure s'ils veulent développer fortement leur secteur agricole, a-t-il dit en indiquant que pour le moment sa société mettait en place une partie de l'infrastructure dont elle avait besoin.
Quant à la nouvelle confiance qui commençait à se manifester en Afrique, M. Karuturi a indiqué qu'il avait observé des changements considérables tous les ans depuis l'implantation de sa société dans le continent africain en 2004, et tout particulièrement cette année. « Nous sommes certains que la décision que nous avons prise il y a quatre ans de nous implanter en Éthiopie était la bonne et qu'elle continuera de l'être au cours des prochaines années. »
Le Forum de l'agroalimentaire a réuni à Chicago des Africains, des Américains et des dirigeants de plusieurs grandes sociétés agroalimentaires internationales désireux d'examiner les causes de la crise alimentaire actuelle et de trouver les solutions nécessaires.