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31 décembre 2008

2008, l'année où la Réserve fédérale s'est aventurée en terrain inconnu

La Banque centrale des États-Unis se métamorphose face à une crise exceptionnelle.

 
Ben Bernanke et Henry Paulson
Le président du conseil d'administration de la Réserve fédérale, M. Ben Bernanke, et et le ministre des finances, M. Henry Paulson.

Washington - Les mesures extraordinaires prises par la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, afin de desserrer le crédit et de relancer l'activité économique sont susceptibles de définir son rôle dans l'économie dans les années à venir, estiment de nombreux spécialistes.

En 2008, la Réserve fédérale a agi de concert avec le ministère des finances pour injecter des milliards de dollars dans plusieurs établissements financiers en contrepartie de l'obtention de titres de peu de valeur ou d'actions de priorité et elle a facilité la fusion ou l'acquisition d'autres sociétés du secteur financier. Elle a procédé à l'échange de devises avec d'autres banques centrales en vue de satisfaire la demande internationale de dollars américains et coordonné avec ces mêmes banques la réduction de ses taux d'intérêt en vue de stimuler l'économie mondiale qui connaît actuellement un ralentissement.

Professeur d'économie de l'université Carnegie Mellon et auteur d'un ouvrage sur l'histoire de la Réserve fédérale, M. Allan Metzer a indiqué que, au cours de l'année écoulée, la banque centrale des États-Unis avait accru son rôle dans l'économie bien plus que pendant les quatre-vingt-quatorze années précédentes de son existence. Dans son livre, il décrit comment les responsables de la politique monétaire ont agi avec circonspection tout au long de ces années. Par exemple, lors de la récession de 1921, ils ont refusé de venir en aide aux exploitants agricoles en difficulté car ils considéraient que ce n'était pas de leur ressort.

En 2008, les médias ont souvent présenté les mesures prises par la Réserve fédérale au cours des derniers mois comme étant sans précédent pour ce qui est de leur ampleur et de leur caractère audacieux.

La mesure dans laquelle elle a pris à son compte les dettes de sociétés du secteur financier en 2008 est en effet sans précédent, a indiqué l'auteur d'un ouvrage sur le système de la Réserve fédérale, M. Robert Hetzel, qui est également économiste principal d'une des douze banques régionales de la Réserve fédérale.

Selon la banque centrale, à la mi-décembre elle avait inscrit à son bilan 2,3 billions de dollars contre 960 milliards au début de 2008.

Son intervention dans des entreprises financières du secteur privé, qu'il s'agisse d'une grosse société d'assurance, d'une banque d'affaires ou d'un géant du crédit hypothécaire, a incité le quotidien The New York Times à la qualifier d'une manière ironique d'investisseur de dernier ressort, alors que son rôle traditionnel est d'être un prêteur de dernier ressort pour les banques.

La crise actuelle dont l'ampleur est inhabituelle a rendu moins efficace le moyen d'action traditionnel de la Réserve fédérale, à savoir la fixation de son taux directeur. Après avoir ramené ce taux à pratiquement zéro, elle a pris une autre mesure peu orthodoxe. Le 16 décembre, elle s'est engagée publiquement à injecter de l'argent dans le système financier aussi longtemps qu'elle le jugerait nécessaire.

Barack Obama et Daniel Tarullo
Le président élu, M. Barack Obama salue M. Daniel Tarullo, (à droite), qu'il a nommé à un poste à la Réserve fédérale.

« La seule fois qu'elle ait fait quelque chose de semblable remonte à 1942, lorsqu'elle s'était engagée à maintenir les taux d'intérêt à court et à long termes à un certain niveau, qui est resté le même jusqu'en 1951 », a fait remarquer le professeur Meltzer.

Ses mesures audacieuses ont soulevé une controverse. Le président du conseil d'administration de la Réserve fédérale, M. Ben Bernanke, et le ministre des finances, M. Henry Paulson, ont fait l'objet de critiques pour avoir décidé de renflouer certains établissements financiers et non pas d'autres qui ont alors fait faillite.

En outre, on a critiqué la Réserve fédérale pour avoir réduit trop tard son taux directeur, pour avoir récompensé les risques excessifs dans le secteur financier et, plus récemment, pour jouer avec l'argent du contribuable.

Dans un article paru en septembre, M. Richard Timberlake, chercheur de l'Institut Cato (centre de réflexion de tendance conservatrice), déclare que la banque centrale doit se limiter à maintenir « une stabilité absolue dans la moyenne des prix nominaux », car autrement elle risque de déstabiliser la distribution la plus efficace des ressources dans l'économie et de susciter « toutes sortes de catastrophes monétaires ».

Toutefois, le rôle de la Réserve fédérale en matière de lutte contre l'inflation n'a pas toujours fait l'unanimité. Dans son ouvrage, M. Hetzel cite des économistes qui soutenaient jusque dans les années 1970 qu'il n'était pas du ressort de la banque centrale de lutter contre l'inflation ou qu'il n'était pas possible de réduire fortement l'inflation.

De nos jours, dit-il, il reste à voir si les responsables de la politique monétaire doivent concentrer leur attention sur la circulation du crédit ou sur la croissance de la masse monétaire afin d'atténuer les effets du cycle économique. La Réserve fédérale peut appliquer une politique consistant à acquérir des avoirs pour exercer une influence dans ces deux domaines. « Les résultats des mesures actuelles contribueront à définir le rôle de la banque centrale à l'avenir », estime-t-il.

Pour sa part, le professeur Meltzer, qui figurait parmi ceux qui ont critiqué la Réserve fédérale pour son inaction avant la forte aggravation de la crise actuelle, applaudit maintenant à son action. Elle a fait preuve, selon lui, d'un esprit très inventif et très créatif pour trouver les moyens de faire face aux problèmes.

Toutefois, dès que l'économie commencera à se redresser, elle doit se débarrasser des valeurs mobilières qu'elle détient et réduire la masse monétaire, souligne-t-il. Il se peut qu'elle ait cependant des difficultés à vendre celles qui présentent le plus de risque.

Le président nouvellement élu, M. Barack Obama, a indiqué que la réforme de la réglementation financière constituerait l'un de ses premiers objectifs dès son entrée en fonction le 20 janvier 2009. Il aura aussi à nommer trois nouveaux membres du conseil d'administration de la Réserve fédérale.

Quelle que soit la décision du président et des parlementaires, il est presque certain, selon les spécialistes, que la nouvelle stratégie élaborée par la Réserve fédérale l'entraînera à jouer un rôle très important dans l'économie au cours des années à venir.

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