05 décembre 2008
Les Américains dépensent beaucoup et épargnent peu.

Washington - Les biens et les services achetés par les Américains représentent un cinquième de l'économie mondiale, mais lors du troisième trimestre de 2008 la réduction des dépenses des consommateurs a été la plus forte depuis 1980.
Alors que les turbulences sur les marchés financiers poussent les ménages américains à réduire leurs dépenses, cette réduction a des répercussions sur l'économie de divers pays.
Selon un haut responsable de l'organisme Financial Services Roundtable qui représente de grands établissements financiers, M. Scott Talbott, les Américains sont de grands consommateurs de biens et de services. « Nous sommes, a-t-il dit, au centre de la récession. C'est pourquoi il va nous falloir être au centre du redressement économique. »
Depuis nombre d'années, les Américains dépensent une plus grande partie du produit intérieur brut (PIB) de leur économie que les habitants des autres pays. Ces dépenses se traduisent en emplois et en croissance économique à travers le monde.
Au cours des quinze dernières années, les dépenses des ménages américains ont augmenté considérablement et leur épargne a diminué, suscitant des inquiétudes chez les responsables politiques et chez les économistes quant à la durabilité de cette situation, alors même que le monde devenait plus tributaire des portefeuilles américains.
Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les dépenses de consommation ont atteint aux États-Unis 9,7 billions de dollars en 2007, soit 70 % du PIB américain. Elles ont également représenté 18 % du produit mondial brut, qui s'est élevé d'après la CIA à 54,6 billions de dollars en 2007.
Le problème allié à la forte croissance récente des dépenses de consommation a trait au fait que les gens ont contracté des emprunts fondés sur la valeur de leur maison, qui, au début de la décennie, augmentait de 14 % par an. L'effondrement du marché immobilier a mis fin à cette période de crédit facile.
« Au moins les deux tiers des emprunts avaient trait à l'immobilier. C'était là le principal élément des dépenses de consommation, et c'est maintenant fini », a déclaré à America.gov un spécialiste du secteur financier, M. Charles Morris, qui est l'auteur de l'ouvrage The Trillion Dollar Meltdown : Easy Money, High Rollers, and the Great Credit Crash.
Les dépenses de consommation aux États-Unis, a-t-il dit, devraient probablement diminuer pour passer à 63 % du PIB de manière à ce que les ménages puissent porter leur épargne à un bon niveau.
Selon le Bureau national de la recherche économique, l'économie américaine est en récession depuis décembre 2007.

Ce sera probablement la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale, estime le directeur des études macroéconomiques de Moody's Economy.Com, M. Gus Faucher. « Les récessions, a-t-il dit, résultent de déséquilibres dans l'économie. D'habitude, nous corrigeons ces déséquilibres et nous sortons de la récession (…) Nous allons voir augmenter le taux d'épargne alors que les consommateurs équilibrent mieux leur revenu et leurs dépenses. »
Le taux d'épargne des Américains qui n'était que de 0,4 % en 2007 est le plus faible du monde. Selon l'analyse de données de l'OCDE par l'établissement Financial Services Roundtable, ce taux était de 2,9 % au Royaume-Uni, de 3,1 % au Japon, de 6,8 % en Italie, de 10,9 % en Allemagne, de 12,7 % en France, de 24 % en Chine et de 28 % en Inde.
Les Américains consomment plus que les habitants des autres pays pour un certain nombre de raisons.
« C'est en partie une question de culture, mais aussi une conséquence de la politique fiscale », a indiqué le président de l'organisme Market Outlook, M. David Cross. Par exemple, en Allemagne, les taux d'imposition des tranches supérieures sont bien plus élevés qu'aux États-Unis, ce qui décourage les dépenses. En outre, les dépenses de consommation sont aussi fonction de la taille de son logement.
Aux États-Unis, l'État fédéral autorise la déduction des intérêts des crédits immobiliers du revenu à déclarer, ce qui encourage les Américains à acquérir des maisons plus grandes et à les remplir de meubles et autres produits. En outre, le faible prix de l'essence a favorisé la vente de véhicules, en particulier de grandes voitures, de camions et de véhicules 4 x 4.
Par ailleurs, les Américains dépensent plus pour les soins médicaux que les Européens, dont la protection médicale est fortement subventionnée.
Enfin, le marché américain offre tout simplement plus de produits et plus de services. Par exemple, les Chinois n'ont pas accès à diverses formes d'assurance et c'est pourquoi ils épargnent beaucoup pour s'assurer eux-mêmes.
Il est très difficile, selon M. Cross, de changer les attitudes des consommateurs en matière de dépense et d'épargne.
D'ailleurs, les responsables américains ne souhaitent pas que les dépenses de consommation diminuent trop rapidement. Ils veulent éviter le genre de stagnation économique que le Japon a connue pendant les années 1990, lorsque les Japonais étaient trop peu disposés à dépenser.
« C'est là un terrain inconnu, a dit M. Talbott. Si les consommateurs ne dépensent pas du tout, la récession sera pire (…) Il nous faut commencer à épargner un peu plus tout en continuant de dépenser. »
À cet effet, l'État fédéral a décidé de consacrer, en novembre, près de 800 milliards de dollars au renflouement de banques et d'encourager l'octroi de prêts aux étudiants, aux acquéreurs d'automobiles et de logements.
Le président élu Barack Obama s'est fixé pour objectif la création ou le maintien de 2,5 millions d'emplois au cours des trois prochaines années, et les parlementaires démocrates préconisent l'adoption d'un plan de relance de l'activité économique dont le montant serait supérieur à 500 milliards de dollars.
Lors de la récente réunion au sommet du G20 à Washington, les chefs d'État et de gouvernement membres de ce groupe sont convenus de prendre des mesures pour stimuler les dépenses de consommation dans leurs pays respectifs. Les plus grandes puissances économiques comptent œuvrer de concert afin d'éviter une récession mondiale et de réformer le système financier mondial.