07 avril 2008
Le discours de M. Robert Zoellick

Washington - Il faut de toute urgence élaborer une nouvelle politique alimentaire mondiale, et les fonds souverains devraient investir 30 milliards de dollars en Afrique pour aider ce continent à accélérer sa croissance et son développement économiques, a déclaré le président du Groupe de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick.
Lors du discours qu'il a prononcé le 2 avril à Washington, quelques jours avant les assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, M. Zoellick a souligné qu'une nouvelle politique alimentaire mondiale était nécessaire à cause de l'envolée des prix des produits alimentaires et des cours du pétrole. « Depuis 2005, a-t-il dit, les prix des aliments de base ont augmenté de 80 %. Le mois dernier, le prix réel du riz a atteint son niveau le plus élevé depuis dix-neuf ans ; le prix réel du blé qui depuis vingt-huit ans n'était jamais monté si haut, représente presque le double du prix moyen observé au cours des vingt-cinq dernières années.
« Si cette situation peut réjouir certains exploitants agricoles, elle est accablante pour les plus vulnérables d'entre nous : les enfants qui, dès l'âge de quatre ou cinq ans, peuvent être forcés de quitter la sécurité de leurs communautés rurales pour aller se battre pour de la nourriture dans des villes surpeuplées. Des révoltes de la faim menacent de déchirer le tissu social. Des mères sont privées des aliments nécessaires pour avoir des enfants en bonne santé. »
Citant des estimations de la Banque mondiale, M. Zoellick a indiqué que 33 pays à travers le monde étaient « en proie à des troubles sociaux par suite de la flambée des prix des aliments et de l'énergie. Dans ces pays, où l'alimentation représente entre la moitié et les trois quarts de la consommation, il n'y a pas de marge de survie.
« Face aux réalités de la croissance démographique, de la transformation des régimes alimentaires, des prix de l'énergie et des biocombustibles, et des changements climatiques, il nous faut compter avoir à faire face, pendant des années, à des prix des produits alimentaires élevés, et volatiles. »
C'est pourquoi, a-t-il dit, « nous avons besoin d'une politique alimentaire mondiale nouvelle, d'une nouvelle donne qui devra cibler non seulement la faim et la malnutrition, l'accès aux aliments et aux sources d'approvisionnement, mais aussi leurs interconnexions avec l'énergie, les rendements, les changements climatiques, les investissements, la marginalisation des femmes et d'autres groupes de population, la résilience économique et la croissance. La politique alimentaire doit avoir l'attention des responsables politiques aux plus hauts niveaux car aucun pays, ni même aucun groupe de pays, ne peut à lui seul relever ces défis imbriqués. »
Il convient, selon lui, de commencer par aider ceux dont les besoins sont immédiats. Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a besoin d'au moins 500 millions de dollars de vivres supplémentaires pour répondre aux appels d'urgence.
(Les États-Unis sont résolus à réaliser l'objectif de la sécurité alimentaire dans le monde dans le cadre de son aide alimentaire à l'étranger et de ses autres programmes d'aide à l'étranger. Pendant l'année budgétaire 2007, les États-Unis ont consacré plus de 2,1 milliards de dollars au titre de l'aide alimentaire à 78 pays en développement qui a atteint des dizaines de millions de personnes.)
La nouvelle donne, a expliqué M. Zoellick, exige un système de prestations plus robuste, pour pouvoir surmonter les obstacles créés par la fragmentation des mesures concernant la sécurité alimentaire, la santé, l'agriculture, l'eau, l'assainissement, l'infrastructure rurale et la parité hommes-femmes.
Il convient de renoncer à l'aide alimentaire traditionnelle au profit d'un nouveau concept, de plus vaste portée, d'aide alimentaire et nutritive. « Dans bien des cas, il est bon de fournir un appui en espèces ou sous forme de coupons, plutôt que sous forme d'aliments, et l'aide accordée de cette manière peut contribuer, localement, à la constitution de marchés alimentaires et à l'accroissement de la production agricole. Acheter les produits de base nécessaires à des agriculteurs locaux peut renforcer les communautés. Des fonds peuvent acheter des micro-nutriments adaptés aux réalités locales. »
(A cet égard, le président Bush a demandé récemment aux parlementaires d'autoriser le gouvernement des États-Unis à consacrer à l'achat de produits agricoles dans les pays pauvres une partie des crédits budgétaires affectés à l'aide alimentaire.)
Le Groupe de la Banque mondiale, a dit M. Zoellick, peut fournir son aide en appuyant des mesures d'urgence offrant un soutien aux groupes de population pauvres tout en encourageant la poursuite de mesures d'incitation à produire et à commercialiser des aliments dans le cadre du développement durable.
Selon lui, le Rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde 2008, sur l'agriculture au service du développement, montre la voie à suivre. « Nous pouvons contribuer à créer une « révolution verte » en Afrique subsaharienne en aidant les pays à accroître leur productivité tout au long de la chaîne de valeur agricole et en aidant les petits exploitants agricoles à briser le cercle de la pauvreté. »
Par ailleurs, la Banque mondiale compte doubler pratiquement le montant des prêts qu'elle accorde au titre de l'agriculture en Afrique pour le porter de 450 millions de dollars à 800 millions de dollars. « Nous pouvons aider les pays et les agriculteurs à gérer les risques systémiques, en recourant notamment à des produits financiers novateurs pour les protéger de la variabilité du climat et de phénomènes comme la sécheresse. Nous pouvons aussi mettre la technologie et à la science à leur service pour accroître les rendements. »
Une politique alimentaire mondiale nouvelle contribuera à promouvoir un développement solidaire et durable, a-t-il dit. « Les pays pauvres, les pays à revenu intermédiaire et les pays développés seront tous gagnants. Les augmentations de revenus tirés de l'agriculture ont une capacité de réduction de la pauvreté trois fois plus élevée que celle des revenus provenant d'autres secteurs, et 75 % des populations pauvres du monde entier vivent dans des zones rurales où ils pratiquent, pour la plupart, une activité agricole. Presque toutes les femmes rurales actives des pays en développement travaillent dans le secteur agricole. Si on les y aide, les femmes peuvent saisir les opportunités d'une demande alimentaire mondialisée. »
Le président de la Banque mondiale a aussi préconisé ce qu'il a appelé une « solution à 1 % » pour les investissements sous forme de participation en Afrique. « La montée en puissance de la Chine, de l'Inde, du Brésil et d'autres pays dans le domaine économique renforce et rééquilibre l'économie internationale en constituant de nouveaux pôles de croissance. Ces pays sont les nouvelles « parties prenantes » de la mondialisation. »
Il a rappelé à son auditoire que « les actifs détenus par des fonds souverains pèseraient à l'heure actuelle 3.000 milliards de dollars ». (Un fonds souverain est un fonds d'investissement créé ou contrôlé par un État, en général par un pays dont le solde de la balance commerciale est excédentaire et dont les réserves de devises sont abondantes.)
« Si le Groupe de la Banque mondiale parvient à créer des plates-formes d'investissement sous forme de prise de participation et des indices de référence pour attirer ces investisseurs, l'affectation ne serait-ce que de 1 % de ces actifs permettrait de mobiliser 30 milliards de dollars pour financer la croissance, le développement et la valorisation des opportunités en Afrique. Ces 1 % pourraient constituer l'amorce d'une dynamique de bien plus large envergure qui associerait davantage de pays et différents types de fonds, car investir dans des participations pour promouvoir le développement est un placement non pas à redouter, mais porteur de possibilités. »
(Prochainement, du 14 au 16 avril, l'Agence des États-Unis pour le développement international et le ministère américain de l'agriculture vont organiser à Kansas City (Missouri) une conférence internationale sur l'aide alimentaire qui portera sur un grand nombre de ces questions.)