La vaste mosaïque d'un peuple en mouvement

13 mars 2009

Ce qui a influencé mon œuvre

 
Tamim Ansary
L'écrivain Tamim Ansary au cours d'un entretien accordé chez lui à San Francisco. (© AP Images/Ben Margot)

 

 

Tamim Ansary

 

Tamim Ansary, auteur de West of Kabul, East of New York, dirige le San Francisco Writers Workshop, le plus ancien atelier d'écriture gratuit aux États-Unis. Il écrit et donne des conférences sur l'Afghanistan, l'histoire islamique, la démocratie et le processus de création littéraire, ainsi que sur toute autre question du moment qui accapare son imagination.

Lorsque je réfléchis aux « influences » qui ont marqué mes œuvres, je constate qu'il s'agit surtout de sources orales. Je suis l'héritier d'une tradition familiale de poésie, de contes, de mysticisme et de philosophie qui remonte jusqu'à Khwadja Abdullah Ansari d'Herat il y a un millier d'années ; et si je n'ai jamais lu pendant mon enfance les œuvres de mes ancêtres, leurs paroles et l'esprit de leurs œuvres transparaissaient dans les conversations de mon père et de ses frères et cousins et amis, qui se réunissaient tous les jours pour citer des couplets, créer de nouvelles expressions et discuter de profondes questions en buvant d'innombrables tasses de thé ; blotti sur le sol près de mon père, j'écoutais sans me faire remarquer.

Et puis il y a aussi eu dans ma famille des conteurs hors pair avec lesquels j'ai grandi, en premier lieu, ma grand-mère K'koh, qui n'avait jamais mis les pieds à l'école et ne savait pas écrire son nom, mais décrivait pour nous des univers parallèles, peuplés de géants et de sorciers, de voleurs et de héros, qui évoluaient dans des paysages surréalistes, où les arbres avaient pour fleurs des yeux et où les chevaux s'envolaient avant d'exploser en boules de feu : elle était pour nous une voix qui s'élevait dans l'obscurité et nous, les enfants, serrés les uns contre les autres comme des chiots, l'écoutions en retenant notre souffle.

Ces histoires ne suffisaient jamais à me rassasier - à tel point que, comme les adultes n'étaient pas assez nombreux et trop occupés pour satisfaire ma curiosité, il a fallu que je commence à créer mes propres histoires.

À ce stade j'avais appris à lire, ce qui me permit d'accéder à un autre trésor que recelaient les vingt volumes du Livre de la connaissance : c'était une encyclopédie illustrée pour enfants. Tous les jours, lorsque mes aînés étaient au travail ou à l'école, je dévorais ces livres, apprenant de quoi étaient faites les étoiles, qui avait construit les pyramides et comment distinguer les éléphants de l'Inde de ceux d'Afrique. Lorsque les autres rentraient à la maison, je m'empressais de le leur raconter.

Tout ce que j'écris aujourd'hui remonte à ces premières influences, je crois : je continue à dévorer des livres instructifs, à mourir d'envie d'expliquer aux autres ce que j'apprends, à essayer de recréer cette voix qui s'élevait dans l'obscurité et décrivait d'épiques voyages et des chevaux de feu ; et je reste absorbé par ces conversations auxquelles mon père et ses amis participaient de leur temps. Simplement, je suis maintenant assis à la table, et la table a pris une dimension mondiale et les différentes voix nous parviennent par divers médias ; nous essayons tous de comprendre le monde qui nous entoure et d'expliquer aux autres ce que nous avons réussi à saisir de ses mystères.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?