12 mars 2009

Bich Minh Nguyen
Bich Minh Nguyen était toute petite lorsque sa famille a quitté le Vietnam juste avant la chute de Saigon en 1975. Son premier livre, intitulé Stealing Buddha's Dinner, dans lequel elle raconte son enfance et son adolescence dans une famille vietnamienne installée dans le Midwest américain, lui a valu le prix PEN/Jerard Award en 2005. Son livre Short Girls sera publié en 2009. Nguyen donne des cours de création littéraire dans le domaine documentaire, de fiction et de littérature américano-asiatique à l'université Purdue de West Lafayette, dans l'Indiana.
Pendant mon enfance et mon adolescence d'Américaine d'origine vietnamienne dans une petite ville majoritairement blanche du Michigan, les livres ont été mes amis et mes alliés les plus proches. Ils m'offraient un répit, entre les efforts incessants que je devais faire pour concilier la culture de ma famille et celle du monde extérieur. Ils étaient également source d'enseignements et de repères : j'ai vite appris que pour me débrouiller et pour réussir dans ce pays, il fallait que j'en maîtrise le mieux possible la langue. Je lisais donc tout ce que je trouvais : des magazines, le dos des boîtes de céréales, des modes d'emploi et, surtout, des livres de la bibliothèque. Parce que j'avais, enfant, l'esprit assez pragmatique, j'avais décidé que c'était en lisant la littérature anglaise que j'apprendrais le mieux la langue anglaise. Jane Austen, Charles Dickens et les sœurs Brontë ont été parmi les premiers écrivains « pour adultes » que j'ai lus et qui m'ont passionnée. Leur utilisation des personnages, de l'intrigue, des dialogues et des images, ainsi que la structure de leurs phrases, m'accompagnent encore aujourd'hui et influencent la façon dont je me sers de ces différents éléments dans mes œuvres de fiction et autres. Ils m'ont également amenée à lire et à adorer les « classiques », des tragédies grecques à Edith Wharton et William Faulkner.
Ce n'est qu'à l'université, lorsque j'ai commencé à prendre des cours très variés de littérature, que j'ai compris qu'il existait un grand nombre de points de vue - et qu'il serait même possible de raconter ma propre expérience d'Américaine-vietnamienne. The Woman Warrior, de Maxine Hong Kingston, qui a pour sous-titre « Memoirs of a Girlhood Among Ghosts » (Souvenirs d'une jeunesse passée parmi les fantômes), est un livre qui a changé ma vie. Si les écrivains lisent constamment, c'est, entre autres, pour tirer des possibilités d'autres textes, découvrir ce qu'il est possible de faire avec des mots et des idées. The Woman Warrior m'a éclairée ; ce livre m'a donné un excellent aperçu des questions d'identité et de race et m'a montré que je pouvais écrire utilisant ma propre voix. Après Maxine Hong Kingston, j'ai commencé à lire ce qui me semblait être un nouvel univers d'œuvres littéraires toujours plus nombreuses d'écrivains américains d'origine asiatique et autres, notamment Gish Jen, Chang-rae Lee, Jessica Hagedorn, Hisaye Yamamoto, Bharati Mukherjee, Sandra Cisneros, Edwidge Danticat, Jhumpa Lahiri, et Junot Díaz. Avec les classiques, les œuvres de ces écrivains demeurent pour moi une source constante d'inspiration et me rappellent que la littérature a le pouvoir d'éclairer les liens qui existent entre le passé et le présent et de rapprocher les cultures afin de permettre de comprendre dans toute leur complexité les expériences humaines et littéraires.