12 mars 2009

Ofelia Zepeda
Ofelia Zepeda est une poétesse et une éducatrice appartenant à la nation indienne des Tohono O'odham du sud-ouest des États-Unis. Championne de longue date des langues amérindiennes, elle a écrit une grammaire papago. Elle est aussi l'auteure de trois recueils de poésie, notamment Ocean Power : Poems from the Desert [Puissance de l'océan : poèmes du désert] et Earth Movements/Jewed I-Hoi [Mouvements terrestres/Jewed I-Hoi], ouvrage bilingue. Elle s'est vu attribuer la prestigieuse Bourse MacArthur pour ses œuvres en 1999. Ofelia Zepeda enseigne dans le cadre des Programmes d'études amérindiennes de l'université de l'Arizona à Tucson, et est codirectrice de l'Institut de développement des langues amérindiennes, dont elle est aussi cofondatrice.
La question est fondamentale : qui ou qu'est-ce qui influence mes écrits ? La réponse, dans mon cas, n'est pas simple à trouver. Dans le poème intitulé « Là où se forment les nuages », les vers « du dos de sa main gantée il essuie la vitre, / n'est-il pas encore là ? » évoquent une image et une voix dont je me souviens si clairement, comme si c'était hier ; et pourtant, c'est un souvenir lointain qui remonte à mon enfance. Beaucoup de mes poèmes proviennent de simples souvenirs. Souvenirs prisonniers du temps, souvenirs de certaines phrases, de certains actes, de certains mouvements. Ces souvenirs me surprennent lorsqu'ils font surface. Je trouve intéressant d'avoir pu, quand j'ai commencé à faire de la poésie à l'âge adulte, retrouver si facilement des bribes de souvenirs de mon enfance. Dans mon premier recueil de poèmes, Ocean Power : Poems from the Desert, j'ai inclus un essai préliminaire où je réfléchis à ce phénomène et à mon désir de reconnaître publiquement l'importance des choses qui m'ont aidée à façonner mes souvenirs. Ces souvenirs ne sont pas exclusivement les miens et ils consistent en une ménagerie de gens présents dans mon existence, en particulier de gens de ma famille. Ils appartiennent souvent à une mémoire collective, mais je suis la seule à avoir choisi de les faire entrer dans le domaine de la poésie.
Je raconte les sons et les formes aux vertus mnémotechniques qui me ramènent beaucoup des choses qui m'aident à me souvenir. J'attribue cet effet en grande partie à ma langue. La langue tohono o'odham, parlée dans le sud de l'Arizona et dans le nord du Sonora au Mexique, est encore une langue orale, que l'on écrit et que l'on lit toujours rarement. Cette oralité de ma langue me contraint à m'exercer à me souvenir. Et avec l'avènement du XXIe siècle, il est encore plus impératif que cet acte de mémoire volontaire se poursuive, qu'il s'agisse de se rappeler les rituels et chants sacrés des O'odham ou les événements et sons quotidiens d'un peuple situé dans un espace particulier. Tous ces souvenirs font partie de l'oralité globale d'une langue et tous contribuent à de nombreux niveaux au processus créateur, comme dans mon cas. Aujourd'hui, je m'efforce d'être observatrice et de remarquer les mouvements simples du monde qui m'entoure. Je fais attention aux bruits de tous les jours, au mouvement quotidien des gens. Je consigne en ma mémoire certaines de ces choses, ne sachant jamais si un événement, un mot, fera un jour surface et me guidera dans l'élaboration d'un poème.