09 mars 2009
Cérémonie tenue au monument à la mémoire des femmes militaires

Washington - Au début de 1945, 855 Afro-Américaines, membres du Women's Army Corps (WAC, les unités féminines de l'armée), avaient été envoyées en Angleterre avec pour tâche de trier les millions de cartes postales, lettres et paquets destinés aux troupes américaines déployées en Europe.
Membres de la seule unité d'Afro-Américaines du WAC à être déployée à l'étranger pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes du bataillon 6888 de tri postal ont d'abord travaillé à Birmingham, en Angleterre, puis à Rouen, en France, s'occupant des quantités énormes de courrier non distribué qui s'empilait du sol au plafond dans des dépôts et des hangars. Une fois leur tâche accomplie, les femmes avaient été libérées de l'armée mais aucun hommage particulier ne leur avait été rendu pour leurs contributions.
Aujourd'hui, près de 65 ans plus tard, trois membres du bataillon 6888 - Mary Crawford Ragland, 81 ans, Alyce Dixon, 101 ans, et Gladys Carter, 87 ans - ont reçu des remerciements tardifs lors d'une cérémonie tenue le 25 février en présence d'officiers militaires, de soldats, d'anciens combattants, ainsi que de leurs proches et amis. L'événement a eu lieu devant le monument à la mémoire des femmes dans les forces armées, situé au cimetière national d'Arlington, dans la banlieue de Washington.
Ce sont « des femmes courageuses, déterminées, volontaires ; ce sont aussi des femmes de couleur », a dit l'un des orateurs à la cérémonie. Un autre a noté que les femmes de couleur actuellement enrôlées dans les forces armées leur devaient beaucoup.
Mme Ragland et Dixon étaient également présentes une semaine plus tard quand la première Dame Michelle Obama s'est rendue au même monument, le 3 mars, à l'occasion du Mois national des femmes dans l'histoire. « Ces femmes et des milliers d'autres ont établi les normes d'excellence qui permettent aux Américaines dans l'armée aujourd'hui d'assumer des responsabilités encore plus importantes », a dit Mme Obama, selon la Maison-Blanche.
Lors de la cérémonie du 25 février, le colonel David Griffith, directeur du Programme de l'armée chargé des hommages pour services rendus à la liberté qui parrainait l'occasion, a fait remarquer que le 6888e bataillon était composé de femmes « qui ont répondu à l'appel au service de leur nation et ont juré de défendre et de protéger leur pays à une époque où celui-ci ne leur reconnaissait pas le droit de citoyenneté à part entière ». En 1945, la ségrégation et la discrimination raciales existaient encore dans de nombreuses régions des États-Unis, le droit de vote des Noirs leur était souvent disputé, et les forces armées, encore ségréguées.
Le Programme de l'armée chargé des hommages pour services rendus à la liberté vise à reconnaître les contributions des anciens combattants, de leurs familles et employeurs, des civils qui travaillent dans l'armée et les autres personnes dont la tâche est d'appuyer les soldats américains.
Le 6888e bataillon attelé à la tâche
Dirigé par la major Charity Adams Early, première Afro-Américaine au rang d'officier dans le Women's Army Corps, le 6888e avait travaillé 24 heures sur 24, en trois équipes chargées de trier le courrier en retard. Ces femmes s'acquittaient d'une tâche importante - le courrier destiné aux soldats aux fronts leur remontait le moral - mais diffacile. Elles devaient travailler avec peu d'éclairage, dans le froid et sans bon chauffage, et tandis qu'elles triaient les piles de courrier, d'autres livraisons continuaient à arriver.
Il y avait également un autre problème pour trier le courrier : « Un grand nombre de lettres et de paquets n'avaient que des surnoms dans l'adresse comme Junior, armée des États-Unis, ou Buster, armée des États-Unis », se souvient Mme Dixon, « mais bien sûr, ils avaient un numéro d'identification et nous cherchions à qui il correspondait. Mais vous ne pouviez pas le faire tout de suite - nous devions déterminer qui étaient les destinataires dans tout le courrier » en fouillant dans les lettres et les paquets pour trouver les indices qui nous permettraient de les identifier. Un autre défi que devaient relever les membres du 6888e bataillon : les soldats se déplaçaient tout le temps et leur courrier leur parvenait alors qu'ils avaient déjà quitté le secteur.
Les membres du 6888e bataillon avaient achevé leur tâche à Birmingham en mai 1945 et avaient été dépêchées ensuite à Rouen pour trier d'autres piles de courrier en retard. Elles avaient un délai de six mois pour accomplir leur mission mais s'en sont déchargées en trois. Ces femmes voulaient prouver qui elles étaient : « Nous voulions prouver que nous étions citoyennes américaines », a dit Mme Ragland. « Nos soldats étaient allés en guerre, nous étions leurs femmes, et nous avons terminé notre tâche et l'avons bien accomplie. »
Lors de la cérémonie, chacune des femmes a reçu un certificat personnel d'estimation de l'équipe du Programme de l'armée chargé des hommages, une lettre d'appréciation signée par le chef d'état-major de l'armée et par le secrétaire de l'armée, une épinglette militaire et une vignette. La présidente régionale de l'Association nationale des militaires afro-américaines, la sergeante Shirley A. Smith s'est tournée vers les trois femmes auxquelles on rendait hommage et les a saluées.
En recevant son certificat, Mme Ragland a lancé des bisous à l'auditoire, Mme Dixon a souri et s'est mise à glousser quand on a révélé son âge, et Mme Carter a chanté, lancé un Hourrah à l'armée et raconté des blagues aux membres de l'auditoire qui l'ont qualifiée de « très énergique ».
Mmes Ragland, Dixon et Carter ont également remercié toutes les personnes présentes. Et aux femmes actuellement dans les forces armées, Mme Carter a dit : « Nous sommes fières de vous, jeunes femmes enrôlées aujourd'hui dans les rangs militaires et celles qui l'ont été depuis notre époque ». Au cours de la réception, elle les a appelées « mes petites-filles », bavardant avec elles et prenant leurs photographies.
Mme Dixon a dit : « Je remercie Dieu qui m'a permis de vivre jusqu'à l'âge de 101 ans pour pouvoir être présente à cette cérémonie. Merci à tous ! »
À la fin des cérémonies, Mme Ragland a dit : « Quand nous sommes rentrées aux États-Unis, ayant accompli notre devoir à l'étranger, nous sommes arrivées et on nous a renvoyées chez nous. Pas de défilé, de bienvenue, rien. Mais merci Jésus, nous avons reçu nos remerciements aujourd'hui ! »