02 juillet 2009
Seconde partie d'une analyse sur la diversité croissante de la population américaine

Jonathan Freedman
Professeur d'anglais et d'études américaines à l'université du Michigan, Jonathan Freedman est l'auteur de Klezmer America : Jewishness, Ethnicity, Modernity (Columbia University Press, 2008). Dans le second de deux articles qu'il a rédigés pour America.gov, M. Freedman présente une analyse et des observations sur la diversité croissante de la population aux États-Unis.
(Début de l'article)
Pour passer à présent de la statistique à l'anecdote, je remarque de nouvelles attitudes à l'égard de la race et de l'ethnicité chez mes étudiants, mes collègues et mes concitoyens.
Les relations entre les Noirs et les Blancs ont longtemps été tendues, ici dans le Michigan, et quand je suis arrivé dans cette université il y a 15 ans, cette tension se ressentait sur le campus : il y avait peu de contacts sociaux entre les étudiants noirs et blancs, mais beaucoup d'accusations de racisme de part et d'autre, à la suite de certains incidents très désagréables.
Les relations entre les Blancs et les Noirs n'ont jamais été parfaites ici, mais je vois de plus en plus de couples mixtes, d'amitiés et de relations sociales interraciales. C'est aussi le cas des étudiants d'autres ethnies. Il y a eu quelques incidents très laids, suite en grande partie à des allégations de racisme faites par des étudiants asio-américains, mais tout cela est plus ou moins fini.
Les tensions les plus importantes que je remarque ces jours-ci sur le campus sont entre les étudiants d'origine juive et ceux d'origine arabe, et elles impliquent surtout la question sensible d'Israël, mais il y a eu des efforts remarquables pour maintenir un dialogue même entre les gens dont les opinions sont entièrement opposées.
Dans l'État du Michigan en général, il y a encore une fracture entre les Noirs et les Blancs, entre la ville (Detroit) et sa banlieue, où cette fracture est profonde, fondamentale et irrémédiable. Mais la chute de l'industrie automobile a eu un effet sur tout un chacun, quelle que soit sa race ; donc, dans ce cas aussi, les tensions qui existaient jadis semblent moins prononcées.
Quelles sont les implications de cette évolution pour l'avenir ? Des divisions profondes demeurent présentes aux États-Unis, et alors que l'on se dirige clairement vers un avenir d'une plus grande diversité et d'un pouvoir politique accru pour les gens de couleur, les immigrés et leurs enfants, nous ne sommes pas encore un pays parfait et ne le serons sans doute jamais. Nous sommes, après tout, une démocratie composée de plus de 300 millions d'êtres humains, et les gens ont une tendance naturelle au désaccord et au fractionnement.
Vu les changements démographiques actuels, je pense qu'à l'avenir, ces divisions prendront des formes différentes, qu'il s'agira par exemple de conflits entre les milieux de vie (les gens dans les zones urbaines contre les banlieusards contre les habitants ruraux), ou entre les régions (l'ouest du pays aura des priorités différentes du nord-est, de même pour le centre ou le sud) plutôt qu'entre les races et les diverses ethnies.
Nous avons déjà vu les signes avant-coureurs de ce genre de bataille dans les efforts de sauvetage de l'industrie de l'automobile aux États-Unis. Les députés blancs et noirs des deux partis politiques qui représentaient le Midwest, dans le centre du pays, avaient fait front commun pour appuyer les mesures favorables à cette industrie qui est d'une grande importance pour leur région. Mais les députés noirs et blancs du Sud, en revanche, s'y étaient opposés parce que les constructeurs de marques d'automobiles étrangères avaient créé de nouvelles usines dans leurs circonscriptions, et les projets de loi en question viendraient à l'aide de leurs concurrents.
Nous assisterons de plus en plus à la réalisation des sombres prédictions sur le réchauffement de la planète et sur leurs conséquences écologiques. Les régions le plus à l'ouest du pays, par exemple, ont peu de ressources hydriques, contrairement au centre et au nord-est. Elles auront donc des intérêts différents à défendre quand elles se feront concurrence pour des fonds fédéraux déjà très sollicités si la nappe aquifère diminue dans l'ouest, ce qui commence déjà à se produire.
De même, certaines villes comme New York et Boston sont au niveau de la mer ou presque - en effet, elles avaient été initialement des ports. La montée phénoménale du niveau de la mer et les conséquences catastrophiques du réchauffement de la planète, prédites par certains, exigeront des opérations de sauvetage d'une envergue qui dépassera de beaucoup celles de la Nouvelle-Orléans après le passage du cyclone Katrina. Comment les habitants des régions intérieures réagiront-ils alors ?
Le racisme et l'ethnocentrisme continueront sans doute à faire partie de la culture civique mais ils deviendront de moins en moins importants alors que notre pays, comme le reste du monde, devra faire face aux défis, très différents mais tout aussi impératifs, du XXIe siècle.
(Fin de l'article)