La vaste mosaïque d'un peuple en mouvement

27 janvier 2009

Pour un jeune musulman, diriger l'exploitation familiale donne un sens à sa vie

Imran Uddin approvisionne en viande halal la communauté musulmane de New York.

 
Imran Uddin
Dans ce cliché du documentaire A Son’s Sacrifice, Imran Uddin surveille des moutons derrière sa boucherie halal.

Washington - Lorsque Imran Uddin a repris l'abattoir traditionnel de viande halal de son père dans la ville de New York, il a avant tout dû gagner la confiance de la communauté musulmane locale.

« Pour répondre à leurs besoins, les approvisionner en viande halal, il a fallu beaucoup de temps et de patience avant qu'ils puissent me faire confiance. C'est la plus grande difficulté que j'ai rencontrée et que j'ai dû surmonter », a expliqué M. Uddin dans une discussion en ligne organisée par America.gov.

« Cela a donné un sens à ma vie », raconte M. Uddin, qui est âgé de 31 ans et a renoncé il y a cinq ans à une carrière dans la publicité pour reprendre Madani Halal Lamb, Goat & Poultry, établissement fondé par son père, Riaz.

« Dès que j'ai commencé, j'ai vu à quel point c'était important pour les membres de la communauté musulmane - à quel point ils avaient besoin de produits halal. »

En arabe, le mot « halal » veut dire « licite » et s'applique aux aliments préparés selon le rite islamique. Depuis 1996, Madani Halal approvisionne en viande halal les musulmans d'Ozone Park, un quartier de Queens, et a également de nombreux autres clients non musulmans. (Queens est l'une des cinq divisions administratives de la ville de New York.)

« Servir de la viande halal à la communauté est une très grande responsabilité », explique M. Uddin. « Il ne s'agit pas seulement de donner à quelqu'un un morceau de viande ; vous prononcez aussi des paroles religieuses pour que cette personne puisse consommer la viande dans le cadre de leurs obligations religieuses. »

Certains commerces qui prétendent vendre des produits halal sont gérés par des non-musulmans, dit M. Uddin. « En tant que musulman, je pense que c'est notre obligation, c'est notre droit inné, notre responsabilité en tant que musulmans de fournir ce type de commerce et de services à la communauté musulmane. »

Les musulmans apprécient beaucoup l'établissement et « sont très contents de pouvoir avoir de l'agneau frais exactement comme ce que beaucoup d'entre eux ont dans leur pays d'origine », dit-il.

M. Uddin incite également les musulmans à fréquenter d'autres établissements gérés par des musulmans et à investir dans « les systèmes éducatifs, les écoles, les mosquées, etc., ici en Amérique ou à l'étranger. L'important est que les musulmans investissent en eux-mêmes. »

M. Uddin a un père immigré bangladais et une mère portoricaine. C'est à cause de ces origines mixtes que certains musulmans avaient à l'origine des doutes quant à sa pratique de l'islam et à sa volonté d'appliquer strictement les principes halal.

« Ils se demandaient si je tenais plus de mon père ou si je tenais plus de ma mère portoricaine », dit-il.

M. Uddin - qui n'avait pas encore 30 ans lorsqu'il a repris le commerce de son père après avoir fini ses études et travaillé ensuite dans la publicité pendant plusieurs années - a également dû gagner la confiance des employés de l'établissement.

« Ils avaient l'habitude de faire les choses d'une certaine façon et je suis arrivé, en apportant tous ces changements. Ils étaient donc un peu appréhensifs au début », se souvient-il. Parmi les changements figuraient un système d'inventaire et de facturation informatisé et un site Web.

M. Uddin a choisi de reprendre l'établissement familial parce qu'il se sentait « insatisfait et incomplet dans le monde des grandes entreprises. Il s'y passe beaucoup de choses qui ne sont pas, à mon avis, très correctes ». En outre, il avait l'impression « qu'il était temps de retourner dans [sa] communauté, la communauté musulmane, et d'en faire partie ».

La vie des musulmans aux États-Unis a « indéniablement changé depuis mon enfance », explique-t-il. Il y a un grand nombre de musulmans dans son quartier « et ils peuvent se sentir fiers de leur communauté car ils ont leurs propres écoles, ils ont leurs propres magasins ».

« Les enfants sont élevés comme des Américains mais ils garderont également leur culture et leurs traditions, ainsi que leurs obligations religieuses. C'est donc plus facile », ajoute-t-il.

Lorsqu'on lui demande comment le reste de la population considère les musulmans, M. Uddin répond qu'il ne peut pas généraliser car « les États-Unis sont un grand pays » et chaque communauté et chaque individu sont différents. Dans la ville de New York, par exemple, les gens acceptent quasiment toutes les origines raciales ou ethniques et toutes les religions, dit-il. Dans le reste du pays, « Vous allez rencontrer quelques personnes qui ne sont pas tolérantes, mais il va y en avoir bien plus qui vont vous accueillir à bras ouverts. »

L'attitude des habitants vis-à-vis de l'abattoir halal témoigne de l'évolution des mentalités. Lorsque l'établissement a ouvert en 1996, « les Américains étaient au début très sceptiques… certains pensaient que c'était barbare, cruel et pas très salubre », se souvient M. Uddin.

Mais le magazine Gourmet a récemment visité l'abattoir Madani Halal et a publié un article sur la qualité de la viande halal. « Et tout à coup c'est comme une nouvelle mode : acheter de la viande fraîche, c'est mieux que de l'acheter dans un supermarché », explique-t-il. « Les Américains sont en phase de transition. »

Vous pouvez également lire (en anglais) la transcription d'une conversation en ligne avec M. Uddin.

Le site Web de Madani Halal donne plus d'informations sur cet établissement.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?