13 février 2009
Libre enfin : le mouvement des droits civiques
L'article ci-après est extrait de la publication du département d'État intitulée Libres enfin : le mouvement des droits civiques.
Kenneth Hare
(Directeur de la page éditoriale du Montgomery Advertiser (Alabama), Kenneth Hare est également l'auteur de They Walked to Freedom 1955-1956 : The Story of the Montgomery Bus Boycott.)
Rosa McCauley Parks est aujourd'hui connue comme la « mère du mouvement des droits civiques », parce que son arrestation pour avoir refusé de céder sa place dans un autobus déclencha l'événement essentiel : le boycott des autobus à Montgomery, dans l'Alabama.
Elle ne s'apprêtait certes pas à jouer un rôle historique lorsqu'elle quitta son travail de couturière pour monter dans un autobus, dans l'aprèsmidi du 1er décembre 1955.
Elle était fatiguée et avait seulement hâte de rentrer chez elle. Mais, quand le conducteur lui demanda de céder sa place à un passager blanc et d'aller s'asseoir à l'arrière du véhicule, elle ne put se résoudre à obtempérer.
« Je ne suis pas montée dans le bus avec l'intention de me faire arrêter, devait-elle dire par la suite. Je suis montée dans le bus dans la seule intention de rentrer chez moi. » Si elle ignorait que son acte allait déclencher un boycott des bus de 381 jours, elle savait en revanche que son boycott personnel des bus commençait ce jour-là.
« Je savais que, en ce qui me concernait, je ne monterais plus jamais dans un bus soumis à la ségrégation. » L'arrestation et le bref emprisonnement de Rosa Parks, une femme hautement respectée dans la population noire, et le boycott qui s'ensuivit, aboutirent à un arrêt de la Cour suprême proscrivant la ségrégation dans les transports urbains.
Le boycott assura aussi la célébrité, au niveau national, d'un jeune pasteur jusque-là peu connu, du nom de Martin Luther King Jr. Sous son impulsion, le boycott donna l'exemple d'une protestation non violente émanant des citoyens et qui allait devenir une stratégie victorieuse dans le mouvement des droits civiques.
Bien des éléments dans la jeunesse de Rosa Parks l'amenèrent à se forger un militantisme discret. Rosa Louise McCauley était née le 4 février 1913 à Tuskegee, dans l'Alabama. Son enfance se déroula autour d'une petite église dont son oncle était le pasteur. Elle y acquit à la fois une foi religieuse puissante et un sentiment de fierté raciale.
Elle devait par la suite s'enorgueillir du fait que l'Église épiscopale méthodiste africaine avait des générations durant défendu avec détermination le principe de l'égalité raciale.
Elle fut aussi fortement marquée par ses grandsparents, plus particulièrement son grand-père. Celui-ci répondait aux craintes que suscitait dans la famille la société secrète, raciste et violente connue sous le nom de Ku Klux Klan en gardant à portée de main un fusil de chasse à double canon dûment chargé. Si la menace bien réelle d'une agression du Klan ne se concrétisa jamais dans sa famille proche, l'attitude pleine de défiance de son grand-père contribua à modeler sa propre pensée.
Après son onzième anniversaire, Rosa fut envoyée dans une école pour filles de Montgomery dont toutes les élèves étaient noires et le corps enseignant entièrement blanc. Rosa y apprit « à croire que nous pourrions faire ce que nous voudrions dans la vie ». Elle apprit aussi de ses professeurs que tous les Blancs n'étaient pas sectaires.
C'est là qu'elle rencontra Johnnie Carr, à laquelle elle se lia d'une amitié qui ne devait jamais cesser. Johnnie Carr évoque l'enfance de son amie en ces termes : « J'étais bruyante et bavarde, tandis qu'elle était très calme et se tenait toujours à l'écart des ennuis. Mais quoi qu'elle fît, elle s'y donnait à fond. Elle était si discrète qu'on n'aurait jamais pensé qu'elle en viendrait à se faire arrêter. » Rosa voulait être professeur, mais elle dut quitter l'école pour s'occuper de sa mère malade. (Elle obtint plus tard son diplôme de fin d'études secondaires.) A 18 ans, elle tomba amoureuse de Raymond Parks, qui exerçait le métier de coiffeur, et par la suite ils se marièrent. Durant une partie de la Seconde Guerre mondiale, elle travailla sur la base militaire de Maxwell Field (aujourd'hui Maxwell Air Force Base), à Montgomery, où la ségrégation raciale n'avait plus cours. Elle attribua plus tard son indignation face à la ségrégation imposée dans les transports en commun de Montgomery au contraste avec son expérience des transports sur la base militaire où la ségrégation était inconnue.
Après le succès du boycott des bus en 1956, Rosa Parks continua de défendre la cause des droits civiques. En plusieurs occasions, elle se rangea derrière King pour le soutenir dans ses efforts.
L'année suivante, elle monta à Detroit, dans le Michigan, où elle travailla pour John Conyers, représentant au Congrès. Celui-ci aimait à dire, en plaisantant, que les visiteurs étaient plus nombreux à venir pour rencontrer son assistante que pour le rencontrer lui-même.
Rosa Parks fut admise au National Women's Hall of Fame en 1993. Le président Clinton lui décerna en 1996 la Médaille de la Liberté ; elle fut décorée en 1999 de la Médaille d'or du Congrès.
Chaque année, le Southern Christian Leadership Council décerne le prix Rosa Parks de la liberté.
Après sa mort, le 24 octobre 2005, le Congrès approuva une résolution autorisant sa dépouille mortelle à reposer dans la rotonde du Capitole pour y recevoir les honneurs de la nation. Elle était la trente et unième personnalité, la première femme et le second citoyen noir à bénéficier d'un tel honneur depuis l'institution de ce rite en 1852.
Rosa Parks manifesta toujours une grande modestie quant à son rôle dans le mouvement des droits civiques, attribuant à une puissance supérieure sa décision de refuser de laisser sa place dans le bus. « J'ai eu la chance que Dieu m'insuffle la force dont j'avais besoin au moment précis où la situation était mûre pour le changement. Je lui rends grâce chaque jour de m'avoir donné la force de ne pas obéir.