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13 février 2009

ENCADRÉ - Les soldats noirs dans la guerre de Sécession

Libres enfin : le mouvement des droits civiques

 

L'article ci-après est extrait de la publication du département d'État intitulée Libres enfin : le mouvement des droits civiques.

Joyce Hansen

(Quatre fois lauréate du Coretta Scott King Honor Book Award, Joyce Hansen est l'auteur de nouvelles et de quinze ouvrages pour les jeunes, notamment Between Two Fires : Black Soldiers in the Civil War.)

Quand éclata la guerre de Sécession, en 1861, Jacob Dodson, Noir américain libre résidant à Washington, écrivit au secrétaire à la Guerre, Simon Cameron, pour l'informer qu'il connaissait « trois cents citoyens de couleur, libres et dignes de confiance » désireux de s'enrôler pour défendre la ville. « Ce ministère n'a nullement l'intention, présentement, de recruter au service du gouvernement des soldats de couleur », répondit Cameron.

Peu importait que des Noirs, esclaves ou libres, eussent servi dans les milices coloniales et combattu dans l'un ou l'autre camps au cours de la guerre d'Indépendance.

Nombre de Noirs estimaient que servir dans les rangs de l'armée était un moyen de gagner la liberté et d'obtenir la citoyenneté à part entière.

Pourquoi tant de responsables civils et militaires rejetaient-ils l'idée de recruter des soldats de couleur ? Pour certains, les soldats noirs se révéleraient trop peureux pour affronter des soldats blancs, pour d'autres ils seraient de piètres combattants ; et d'autres encore estimaient que les soldats blancs refuseraient de servir aux côtés de soldats noirs. Quelques chefs militaires ne partageaient cependant pas ces vues.

Le 31 mars 1862, près d'un an après les premiers coups de feu à Fort Sumter, en Caroline du Sud, qui marquèrent le début de la guerre, les troupes de l'Union (nordistes) commandées par le général David Hunter s'assurèrent le contrôle des îles au large des côtes du nord de la Floride, de la Georgie et de la Caroline du Sud, tandis que les propriétaires blancs des riches plantations locales de coton et de riz fuyaient vers le continent aux mains des troupes des États confédérés (sudistes), abandonnant sur place leurs esclaves. Ceux-ci furent bientôt rejoints par des esclaves noirs échappés du continent, qui pensaient se retrouver libres s'ils parvenaient à gagner les lignes de l'Union. Mais les choses n'allaient pas se révéler aussi simples.

Hunter, à ce moment précis, ne disposait pas de suffisamment d'hommes pour contrôler les nombreux estuaires et îles de la région où les Confédérés menaient une guérilla acharnée.

Constatant combien les esclaves échappés du continent grossissaient la population noire des îles, l'idée lui vint que les Afro- Américains pourraient peutêtre remédier à sa pénurie d'effectifs. Il conçut alors un plan radical.

Abolitionniste convaincu, Hunter prit sur lui de libérer les esclaves - non pas seulement des îles mais de la Caroline du Sud, de la Georgie et de la Floride aux mains des Confédérés - et de recruter des Noirs susceptibles de servir en tant que soldats de l'Union. Il s'attacha dès lors à former et entraîner le premier régiment entièrement noir de la guerre de Sécession.

Les informations circulaient lentement à l'époque et ce n'est qu'en juin que le président Lincoln eut connaissance de l'initiative de Hunter. Bien qu'opposé à l'esclavage, Lincoln ne souhaitait pas brusquer l'opinion publique dans les États du Nord engagés dans la guerre - et notamment dans les États esclavagistes limitrophes qui avaient pris le parti de l'Union. Par ailleurs, il se montrait inflexible sur le principe selon lequel « aucun général n'est habilité à prendre sur le terrain une telle initiative relevant de ma seule responsabilité sans m'avoir auparavant consulté ».

Dans une lettre pleine de fureur, le Président écrivit au général Hunter que ni lui ni aucun autre subordonné n'étaient habilités à accorder le statut d'homme libre à qui que ce fût, bien qu'il se réservât le droit d'émanciper lui-même les esclaves au moment qu'il jugerait opportun. Hunter reçut l'ordre de dissoudre le régiment, mais la graine qu'il avait semée ne devait pas tarder à germer.

En août 1862, soit deux semaines après que Hunter eut démantelé son régiment, le département de la Guerre autorisa le général Rufus Saxton à constituer le premier régiment noir officiel de l'armée de l'Union, le Premier Régiment de Volontaires de Caroline du Sud. Avec d'autres unités de même nature constituées dans les zones côtières, il défendit avec succès tout au long de la guerre les îles disséminées le long du littoral.

À peu près à la même époque fut aussi constitué, mais cette fois sans l'autorisation officielle du département de la Guerre, le Premier Régiment de Volontaires de couleur du Kansas. Entre-temps, le président Lincoln avait soigneusement préparé le terrain en vue de l'émancipation et de l'inclusion dans l'armée d'hommes d'ascendance africaine. Les Blancs des États du Nord ayant pris de plus en plus conscience que les esclaves noirs étaient d'une importance cruciale pour l'économie des États confédérés et la poursuite de leur effort de guerre, Lincoln pouvait justifier leur émancipation en arguant du fait que c'était une nécessité militaire.

Quand Abraham Lincoln signa la Proclamation d'émancipation le 1er janvier 1863, la politique sur la question des esclaves se fit plus claire. Tous ceux qui avaient gagné les lignes de l'Union seraient libres. En outre, le département de la Guerre commença à recruter des soldats noirs et à les incorporer dans les régiments nouvellement constitués pour former les United States Colored Troops (USCT).

Cependant, tous les officiers de ces unités seraient blancs.

À l'automne 1864, quelque 140 régiments noirs avaient été levés dans les États du Nord et dans les territoires du Sud pris par l'Union. Environ 180.000 Afro-Américains servirent pendant la guerre de Sécession, dont plus de 75.000 volontaires noirs des États du Nord.

Bien que séparés de leurs homologues blancs, les régiments noirs participèrent aux mêmes batailles. Les unités noires combattirent avec courage et succès, alors même qu'elles devaient faire face à la fois aux troupes confédérées et à la suspicion des autres unités de l'Union.

Après leur incorporation, les Noirs étaient souvent cantonnés dans les garnisons et les corvées. Le colonel Robert Gould Shaw, qui commandait le célèbre 54e Régiment du Massachusetts, demanda avec insistance à ses supérieurs que soit donnée à ses hommes l'occasion de combattre sur le champ de bataille et de prouver leurs qualités de soldats. D'autres officiers firent la même démarche. Les militaires noirs durent se battre pour obtenir la même solde que leurs homologues blancs. Certains régiments refusèrent d'être payés au rabais. Ce n'est qu'en 1865, l'année qui devait marquer la fin de la guerre, que le Congrès adopta une loi garantissant la même solde pour les soldats noirs.

Malgré ces limitations, les unités de couleur des États- Unis participèrent avec succès à 449 engagements sur le terrain, dont 39 batailles importantes. Elles combattirent, entre autres, en Caroline du Sud, en Louisiane, en Floride, en Virginie, dans le Tennessee et en Alabama. Elles prirent courageusement d'assaut des forts et firent face au feu des canons, tout en sachant que leurs soldats, s'ils étaient capturés par l'ennemi, ne bénéficieraient pas des droits des prisonniers de guerre, mais seraient vendus comme esclaves. Les troupes noires assumèrent dans l'honneur et avec bravoure tous les devoirs du soldat.

En dépit de la politique qui voulait que tous les officiers fussent blancs, une centaine de soldats noirs sortirent finalement du rang et accédèrent au grade d'officier.

Huit chirurgiens noirs furent également promus dans les USCT. Plus d'une dizaine de combattants de ces unités reçurent la Médaille d'honneur du Congrès pour actes de bravoure.

En 1948, le président Harry Truman décréta la déségrégation au sein des forces armées. L'armée continue aujourd'hui d'offrir aux Noirs américains un moyen de promotion sociale et économique. Mais ce sont les sacrifices consentis par les soldats noirs durant la guerre de Sécession qui ouvrirent la voie à la pleine acceptation des Afro-Américains dans les forces armées. Plus fondamentalement, leurs efforts jouèrent un rôle important dans le combat des Noirs américains pour la liberté et la dignité.

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