13 février 2009
Libres enfin : le mouvement des droits civiques
L'article ci-après est extrait de la publication du département d'État intitulée Libres enfin : le mouvement des droits civiques.
Michael Battle
(Ordonné prêtre par l'archevêque Desmond Tutu, le révérend Michael Battle est doyen et chanoine du Cathedral Center of St. Paul dans le diocèse épiscopal de Los Angeles. Il est l'auteur, entre autres, de The Black Church in America : African-American Spirituality.)
L'apport des communautés religieuses afro-américaines à la société américaine est immense.
Leur moindre mérite n'est pas d'avoir offert une large assise morale, politique et organisationnelle au mouvement des droits civiques du XXe siècle ni d'avoir modelé la pensée de ses promoteurs, dont Rosa Parks et le pasteur Martin Luther King.
Les Afro-Américains, qu'ils fussent esclaves ou libres, constituèrent leurs propres communautés religieuses dès la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Après la Proclamation d'émancipation, de véritables églises constituées virent le jour. Ce que nous appelons aujourd'hui « l'Église noire » englobe en fait sept grandes églises historiques : l'Église épiscopale méthodiste africaine (AME) ; l'Église épiscopale méthodiste africaine de Sion (AMEZ) ; l'Église épiscopale méthodiste chrétienne (CME) ; la Convention baptiste nationale des États-Unis ; la Convention baptiste nationale d'Amérique ; la Convention baptiste nationale progressiste ; enfin l'Église de Dieu dans le Christ.
Ces Églises apparurent après l'émancipation des esclaves afro-américains. Elles s'inspiraient essentiellement des traditions méthodiste, baptiste ou pentecôtiste, tout en accusant fréquemment des liens avec le catholicisme américain, l'anglicanisme, l'Église méthodiste unie et quantité d'autres traditions.
L'immense vertu, pour ne pas dire le génie, de la sensibilité religieuse des Afro-Américains est la tendance à encourager le sentiment d'appartenance identitaire.
Les esclaves noirs issus de différentes régions d'Afrique étaient transplantés de force en Amérique, où ils subissaient une terrible oppression. En proie à ce déracinement et à cette iniquité sociale, ils trouvaient dans la foi et la pratique religieuses une source de réconfort et les instruments intellectuels propres à résoudre ce conflit profondément ancré dans la tradition : la désobéissance civile et la non-violence.
L'Église noire apporta également aux militants politiques afro-américains une solide philosophie : la recherche d'une solution globale valable pour tous plutôt que de palliatifs réservés à quelques privilégiés. Le mouvement des droits civiques devait faire sienne cette philosophie politique, à savoir refuser par principe toute forme d'oppression sur quelque groupe humain que ce fût.
Son génie découlait donc de la nature des communautés religieuses afro-américaines qui aspiraient à donner sens au tragique de leur histoire pour se tourner vers la recherche d'un avenir meilleur non pas seulement pour elles-mêmes mais pour la nation tout entière et l'ensemble du monde.
En bref, s'il était inévitable que se manifeste quelque forme de résistance à l'esclavage, puis à la ségrégation organisée par les lois Jim Crow, la spiritualité collective de l'Église noire face à la répression contribua à faire naître un mouvement des droits civiques qui entendait atteindre ses objectifs par des moyens pacifiques.
Nombreuses sont les grandes figures du mouvement - Martin Luther King, bien sûr, mais aussi des personnalités aussi marquantes que les représentants au Congrès des États-Unis Barbara Jordan et John Lewis, le pasteur baptiste et militant politique Jesse Jackson, ou la légendaire chanteuse de gospel Mahalia Jackson - dont l'esprit fut formé dans le moule religieux de l'Église noire. Qui plus est, le rôle de premier plan joué par Martin Luther King dans la promotion et la coordination du mouvement des droits civiques illustre le lien direct qui unissait les communautés religieuses afro-américaines et le combat pour la justice raciale et sociale aux États-Unis.
L'influence spirituelle de la piété religieuse afro-américaine s'étendit bien au-delà des frontières de la nation : des personnalités de stature mondiale comme Nelson Mandela et l'archevêque Desmond Tutu ont appris de Martin Luther King à incarner une identité africaine et chrétienne charitable et universelle.
La spiritualité afro-américaine n'a rien perdu aujourd'hui de sa vigueur et de son engagement. Les églises noires s'efforcent de répondre aux grands défis de notre temps, tels la propagation du sida, la pauvreté et le taux excessif de récidivistes parmi les Afro- Américains incarcérés. La quête d'une identité nationale commune demeure cependant le fondement de cette spiritualité. Avec l'élection du premier président afro-américain et l'accession d'un nombre toujours croissant de membres des minorités à l'enseignement supérieur, la progression vers une seule et même identité nationale se poursuit.
En résumé, l'Église noire aida les Afro-Américains à supporter les formes les plus sévères de l'oppression et fit naître l'idéal révolutionnaire d'une communauté spirituelle universelle. L'Église noire ne se contenta pas de formuler des théories sur la démocratie : elle la mit en pratique. De ses racines jaillit et s'épanouit le mouvement des droits civiques - mouvement créatif, universel et non-violent.