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13 février 2009

Épilogue

Libres enfin : le mouvement des droits civiques - conclusion

 
Agrandissement
La population américaine est extrêmement diverse
La diversité actuelle de la population américaine est un des legs du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

L'article ci-après est extrait de la publication du département d'État intitulée Libres enfin : le mouvement des droits civiques.

Les dernières années de Martin Luther King

Les conquêtes du mouvement des droits civiques

Le 21 mars 1965, alors que les défenseurs des droits civiques et leurs partisans se réunissaient à Selma, un dirigeant local de la Southern Christian Leadership Conference avertit la presse que « l'irresponsabilité » des militants les plus extrémistes pouvait causer au mouvement des dommages considérables.

Le pasteur Jefferson Rogers faisait référence au Student Nonviolent Coordinating Committee, dont la direction manifestait une impatience croissante face à la stratégie gradualiste de Martin Luther King et au courant majoritaire du mouvement des droits civiques. Presque tout mouvement militant à large assise populaire connaît des tensions de cet ordre ; mais les années et les décennies suivantes allaient prouver la sagesse de la stratégie suivie par Thurgood Marshall, Martin Luther King et leurs adeptes. Les immenses succès remportés par le mouvement des droits civiques ont prouvé à l'évidence que, dans une nation respectueuse du droit, la clé du progrès résidait dans l'inscription dans la loi de l'égalité véritable des Afro-Américains - dans les services publics, dans les établissements d'enseignement et, surtout, dans les bureaux de vote.

Mais cette vérité ne s'imposait pas à tous. En mai 1966, Stokely Carmichael, militant de longue date qui avait participé à de nombreuses campagnes d'inscription des Noirs sur les listes électorales, s'était posé en nouveau chef du SNCC.

À Greenwood, dans le Mississippi, Carmichael avait lancé un appel au « pouvoir noir » (Black Power). Quand Thurgood Marshall et Martin Luther King voulaient obtenir l'intégration, Carmichael prônait, lui, la séparation.

L'intégration était, à ses yeux, « un subterfuge insidieux visant à maintenir la suprématie blanche ».

Parallèlement, le Parti des Panthères noires (Black Panther Party, dont le nom, selon certains, avait pour origine l'emblème visuel utilisé à l'intention des électeurs analphabètes lors des campagnes d'inscription sur les listes électorales en Alabama), fondé en octobre 1996 à Oakland, en Californie par les activistes Huey Newton et Bobby Seale, faisait appel à des militants armés - les « panthères » - pour filer les policiers qu'ils soupçonnaient de harceler indûment les Noirs. Si le parti, durant un bref moment, bénéficia d'une certaine popularité, notamment grâce à ses programmes d'aide sociale, les affrontements armés avec les polices locales, qui se soldèrent par la mort ou l'emprisonnement d'éminents membres du mouvement, dressèrent de nombreux Américains contre son recours systématique à la violence et entraînèrent sa dislocation en une nuée de factions se perdant en récriminations réciproques.

L'année 1968 fut marquée par des perturbations politiques dans la majeure partie du monde occidental.

Aux États-Unis, elle vit l'assassinat du sénateur Robert Kennedy qui, en tant que secrétaire à la Justice, avait, à un moment critique, soutenu les militants de la cause des droits civiques. Et l'année 1968 vit aussi la fin de la remarquable carrière de Martin Luther King.

Les dernières années de Martin Luther King

King consacra les dernières années de sa vie à combattre pour l'égalité économique des Noirs, illustration de l'efficacité de l'action du mouvement des droits civiques. Le 3 avril 1968, King fit campagne à Memphis, dans le Tennessee, pour soutenir la grève des éboueurs - en majorité des Noirs. Sa dernière allocution, qui puisait profondément dans la Bible, allait se révéler prophétique :

Je ne sais ce qui va arriver maintenant. Des jours difficiles nous attendent.

 

Mais peu importe ce qui va m'arriver maintenant, car je suis parvenu au sommet de la montagne.

 

Je n'ai nulle inquiétude.

 

Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps - la longévité a son prix.

 

Mais je ne m'en soucie guère. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. J'ai alors regardé autour de moi, et j'ai vu la Terre promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux que vous sachiez, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Ainsi, ce soir, je suis heureux : je ne suis nullement inquiet ; je ne crains personne. Mes yeux ont vu dans toute sa gloire l'avènement du Seigneur.

Agrandissement
Les membres d'une famille afro-américaine devant leur maison.
Être propriétaire de son propre domicile est un des aspects principaux de ce que l'on appelle le « rêve américain ».

 

Le lendemain même, la balle d'un assassin lui enlevait la vie. Il avait 39 ans. Les médecins déclarèrent que Martin Luther King avait le cœur d'un homme de 60 ans, car il avait si longtemps endossé le fardeau d'une multitude d'hommes et de femmes. Quelque 300.000 Américains assistèrent à ses funérailles.

L'assassinat de Martin Luther King déclencha des émeutes à Washington et dans plus d'une centaine d'autres villes des États-Unis.

À cet instant, un manque de vision à long terme et de fermeté morale pouvait faire douter de l'œuvre que King avait accomplie tout au long de sa vie. Mais la Terre promise qu'il avait évoquée était beaucoup plus proche qu'on ne pouvait le croire en ces soirées de colère d'avril 1968, rougeoyant de la lueur des incendies.

Les conquêtes du mouvement des droits civiques

Le destin des Afro- Américains restera à jamais une expérience unique dans l'histoire. Mais le respect de leur droit de vote imposé par le pouvoir fédéral dota les Noirs américains des outils que les immigrants et autres groupes minoritaires utilisaient depuis longtemps pour poursuivre - et réaliser - le rêve américain. Aux États-Unis, les électeurs détiennent un véritable pouvoir politique. Avec l'exercice du droit de vote - et le temps aidant - l'égalité juridique et politique s'est traduite pour les Afro- Américains par des progrès concrets dans pratiquement tous les domaines de la vie.

John Lewis, par exemple, fut l'un des voyageurs de la liberté tabassés jusqu'au sang par la populace de Montgomery en 1961. Il siège aujourd'hui à la Chambre des représentants des États-Unis en qualité de député de la cinquième circonscription de Géorgie. Près de cinquante de ses collègues sont eux aussi afro-américains, et plusieurs d'entre eux exercent d'importantes responsabilités en tant que présidents d'influentes commissions du Congrès.

Denise McNair était l'une des jeunes filles qui trouvèrent la mort dans l'attentat à la bombe perpétré en 1963 par un groupe raciste contre le temple baptiste de la Seizième Rue à Birmingham.

En 2005, son amie Condoleezza Rice accédait au poste de secrétaire d'État des États-Unis.

En pourcentage, le nombre de Noirs obtenant le diplôme de fin d'études secondaires a presque triplé depuis 1966 et, dans le même temps, le taux de pauvreté a pratiquement diminué de moitié.

L'émergence d'une classe moyenne afro-américaine constitue une évolution notoire de la société américaine, tout comme le nombre élevé d'entrepreneurs, de chercheurs, d'écrivains et d'artistes issus de la population noire.

Bien que les Américains n'en aient pas complètement fini avec les questions raciales, il s'agit aujourd'hui de problèmes radicalement différents de ceux auxquels étaient confrontés Thurgood Marshall, Martin Luther King et le mouvement des droits civiques. Si les questions d'aujourd'hui n'en sont pas moins réelles, elles reflètent aussi les progrès accomplis au cours des décennies qui suivirent.

Prenons l'exemple de l'éducation, sujet de l'arrêt Brown contre Board of Education. Des jugements récents de la Cour suprême s'attachent à définir les limites admissibles des mesures d'« intégration active » (affirmative action) qui visent à réparer les torts de la discrimination passée et à contraindre ou encourager les organismes publics à refléter dans leur composition la réalité démographique des populations qu'ils sont censés servir.

Il est aujourd'hui demandé aux juges de statuer sur les exigences contradictoires qui peuvent se présenter, par exemple, dans un district scolaire où les parents sont autorisés à choisir l'école de leurs enfants. S'ils sont trop nombreux à choisir un établissement déterminé, seuls certains élèves pourront fréquenter l'établissement sélectionné au départ par leurs parents. En ce cas, le district peut-il faire valoir - en tant qu'impératif subsidiaire - sa volonté de maintenir un équilibre racial dans cette école pour déterminer quelles demandes d'inscription il choisira d'honorer ?

Le gouvernement doit-il intervenir lorsque des écoles se trouvent de fait soumises à la ségrégation en raison de leur nouvel environnement résidentiel et non pas, comme du temps de Linda Brown, parce que des millions d'écoliers afro-américains étaient systématiquement soumis à la ségrégation et relégués dans des établissements misérables de seconde zone ?

Les Américains, quel que soit leur milieu social, peuvent avoir et ont souvent des opinions divergentes sur ces questions. Et rares sont les responsables politiques qui peuvent apporter des réponses à de tels dilemmes.

En novembre 2008, Barack Obama, fils d'un homme noir originaire du Kenya et d'une femme blanche originaire du Kansas, a été élu président des États-Unis. Dans le discours de campagne qu'il avait consacré à la question raciale en Amérique, Obama déclarait :

[…] la réponse à la question de l'esclavage était déjà lisible à travers les lignes de notre Constitution, une Constitution qui avait à cœur l'idéal d'une égalité des citoyens devant la loi ; une Constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, ainsi qu'une Union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps.

 

Et comme le président élu l'a déclaré à la nation le soir de son triomphe électoral :

S'il y a encore quelqu'un ici qui doute que l'Amérique soit un endroit où tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos fondateurs est toujours vivant, qui s'interroge encore sur la puissance de notre démocratie ; ce soir vous apporte la réponse.

 

La victoire de Barack Obama reflète le chemin parcouru par l'Amérique.

Un autre aspect, et c'est là l'essentiel, est l'émergence dans l'ensemble de la société américaine - et en particulier chez les jeunes appelés à construire l'avenir de la nation - du sentiment largement et profondément partagé que l'histoire infamante de l'esclavage, de la ségrégation et de l'injustice appartient désormais au passé.

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