09 février 2009
De jeunes « Américains à trait d'union » s'expriment sur leur identité multiculturelle.

Washington - Parfois, j'ai l'impression d'avoir une double personnalité. Bien que je m'exprime en anglais au travail et à l'école, chez moi, je parle Twi, la langue de l'ethnie Ashanti que je parle depuis l'âge de 8 ans.
Mes parents sont tous deux ghanéens et ils ont toujours fait le nécessaire pour que je sache d'où ils viennent et quelle était leur culture. Je suis fière d'être ghanéenne-américaine, mais je ne l'étais pas toujours. Comme pour beaucoup d'Américains qui ont des liens avec le reste du monde, c'est un bonheur pour moi d'être bilingue et multiculturelle, mais il était une époque où j'avais du mal à allier la culture que j'ai héritée à ma culture américaine.
J'ai vécu pendant quatre ans au Ghana, chez mes grands-parents, qui m'ont immédiatement initiée à une culture que je ne connaissais qu'à travers mes parents. Ils m'ont enseigné des idéaux qui étaient semblables à mes valeurs américaines : la valeur du travail, de l'honnêteté, de la famille, de la fierté dans sa propre culture. Mais quand je suis retournée à la vie américaine, à l'âge de 13 ans, pendant cette période cruciale d'adolescence et d'identité, je me suis sentie perdue.
S'ajuster de nouveau à la vie d'une adolescente américaine a été difficile. Alors que les autres adolescentes passaient leur temps dans les grands magasins et étaient obsédées par les chanteurs des différents groupes, j'essayais, moi, de savoir qui j'étais et de comprendre ma nouvelle vie. Pendant cette période, je rejetais ma culture ghanéenne et j'adoptais tout ce qui était américain, en essayant d'effacer, péniblement, tout ce que j'avais été au Ghana. Je me sentais isolée et je faisais des efforts pour me mêler aux autres parce que je voulais être « normale » comme tous les autres jeunes dans mon école. Comme beaucoup « d'Américains à trait d'union » ou « américano-quelque chose », je me trouvais coincée entre la vie que je menais en Amérique et une autre culture qui paraissait lointaine.
Un ciel safran

Dans ses mémoires intitulés Ciel safran, l'Irano-Américaine Gelareh Asayesh a dû faire face aux mêmes défis : tenter de trouver sa place dans la société tout en créant une passerelle sur laquelle elle pouvait aller et venir entre ses deux cultures. « Quand je suis arrivée ici, c'était incroyablement difficile », a dit Mme Asayesh, « comme s'arracher une couche de peau et en avoir une autre qui pousse ».
J'ai ri quand elle a décrit comment l'école secondaire avait été une série de mini-chocs infligés à son système, et j'ai compris son aspiration de retourner à la vie qu'elle menait en Iran, comme j'ai la nostalgie de ma vie au Ghana.
Dans ses mémoires, Mme Asayesh raconte avec franchise ses difficultés et comment elle est parvenue à la longue à accepter son identité. « Mon objectif a toujours été d'assimiler l'Amérique à mon identité iranienne, plutôt que d'être assimilée », dit-elle. « Le processus, cependant, a été d'abord de repousser l'ancien - avant que je ne comprenne combien cela comptait pour moi et de vouloir l'adopter de nouveau. »
Ses difficultés m'ont fait comprendre qu'avoir deux cultures était un avantage qui ne doit pas être un fardeau. J'avais l'habitude de m'énerver quand on mentionnait mon origine ghanéenne et quand ma mère voulait que je parle Twi en public ; maintenant je trouve du réconfort dans le fait que j'ai une seconde culture à laquelle je peux m'identifier.
Grâce à ses séjours annuels en Iran, ses conversations téléphoniques avec sa famille et les nombreuses traditions de son pays natal qu'elle maintient toujours, Mme Asayesh a trouvé la stabilité dans la vie. Elle est convaincue que « le but est de danser une sorte de danse qui garde les deux côtés de la culture d'une personne en mouvement, en vie, engagés dans son identité et dans sa vie ».
Je garde maintenant mes deux identités en vie, prenant plaisir dans les traditions africaines, les vêtements, les traditions, la nourriture, la langue, dans la possibilité de la lire et de l'écrire, et je reste en contact avec les membres de ma famille à l'étranger. Ce n'est plus un fardeau, parce que les deux cultures sont mêlées à ma vie de tous les jours.
Je suis devenue consciente du fait qu'être ghanéenne-américaine me rend différente du reste de la foule, comme tous les Américains à trait d'union, et parce que je suis convaincue, comme Mme Asayesh l'a dit, que « le monde a besoin de personnes qui peuvent vivre dans la peau des autres ou dans d'autres peaux que la leur ».
Crystal Grace Ofori fait des études de communication et de langue française au Collège universitaire Mount Saint Mary's, au Maryland. Elle effectue actuellement un stage au bureau des programmes d'information internationale du département d'État.