La vaste mosaïque d'un peuple en mouvement

29 avril 2009

Avant-propos

 

L'article ci-après appartient à la revue électronique intitulée L'anglais dynamique.

 

Dans son article intitulé « Le changement vous fera du bien », Ilan Stavans fait observer que le problème des dictionnaires, ce qui fait le désespoir de leurs éditeurs, c'est qu'une liste de tous les mots possibles accompagnés de toutes leurs définitions, sitôt terminée, est déjà en voie de désuétude. Il en va de même de toute description des pressions évolutives que subit une langue, de toute illustration de cette évolution, de toute explication des forces vives en cause. Le présent numéro de notre revue électronique, « L'anglais dynamique », analyse les influences multiples qui s'exercent au XXIe siècle sur cette langue, la plus utilisée au monde, sous l'effet combiné de la technologie, de la mondialisation et de l'immigration.

Des mots nouveaux, ou des acceptions nouvelles de mots anciens, apparaissent quasi quotidiennement en anglais, que ce soit dans les médias, les blogs ou d'autres lieux de l'Internet. Les Américains qui passent un certain temps à l'étranger en sont particulièrement conscients. Lorsqu'ils rencontrent des concitoyens de passage, ou rentrent chez eux une fois leur séjour terminé, ils sont surpris d'entendre des expressions nouvelles, des mots nouveaux utilisés couramment. Ainsi, lorsque j'ai entendu l'expression « 24-7 » pour la première fois, elle était déjà à peu près universellement employée pour désigner un service, un programme, un événement qui se produisait 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Et que dire du choc que m'a causé la réplique d'un interlocuteur, étudiant à l'université, lorsque je lui ai annoncé un fait surprenant : « Shut up ! (Taisez-vous !) », s'est-il exclamé sans faire sourciller le moins du monde les autres participants à cet entretien. Le fait que cet étudiant n'ait nullement choqué son entourage m'a appris que c'était une nouvelle acception d'une apostrophe que j'avais toujours interprétée comme insultante, un peu comme d'autres expressions signifiant la même chose, telles que « No way ! (Pas possible !) » ou « You're kidding ! (Vous plaisantez !) ».

Toutes les langues vivantes évoluent, et il semble que l'anglais évolue plus aisément que certaines autres. Dans son ouvrage Inventing English : A Portable History of the Language, le linguiste Seth Lerer analyse l'évolution de la langue anglaise depuis ses débuts dans Beowulf, en passant par Chaucer puis par les efforts de Webster pour fixer l'orthographe de l'anglais américain et les expressions qui lui sont propres par opposition à leur usage en Angleterre, jusqu'aux changements actuels de la langue. Il attribue la création de six mille mots nouveaux au seul Shakespeare. Ce phénomène n'est d'ailleurs pas nouveau en ce qui concerne la version américaine de la langue. La chaîne de télévision Public Broadcasting System (PBS), qui produit une série d'émissions intitulée Parlez-vous l'américain ?, attribue à Thomas Jefferson le mérite d'être le président des États-Unis qui a ajouté le plus de mots nouveaux (jusqu'ici) à l'américain. Le site Internet associé à cette émission explique de la manière suivante la relation entre la langue et la culture : la langue sème les graines de l'évolution ; le contexte social constitue le terreau dans lequel ces graines germent et se multiplient.

Mais cette évolution est-elle souhaitable ? Les créateurs de la série de PBS ont posé notamment la question suivante :

« Sommes-nous moins lettrés que nous l'étions jadis ? Le jargon du courriel est-il en train de détruire notre langue ? » Dans son recueil d'essais de 2001 intitulé The Way We Talk Now (Le parler d'aujourd'hui), Geoffrey Nunberg observe que « l'américain n'a jamais eu de réticence à emprunter des mots d'autres langues », ajoutant que ce mélange d'éléments venus d'autres cultures, qu'il s'agisse de mots ou d'aliments nouveaux, pouvait conduire à des résultats intéressants et satisfaisants. M. Nunberg a tendance à diriger sa critique vers les « experts » qui se plaignent de telle ou telle évolution de la langue, comme s'ils étaient plus intelligents que la langue elle-même ou que ses locuteurs, et à en épargner ceux qui créent et disséminent des mots et usages nouveaux.

M. Lerer est sensiblement du même avis que la plupart des auteurs des articles de notre revue : « Nous devons nous garder, dit-il, de parler de notre langue comme étant en voie de dégradation. L'histoire de l'anglais est une histoire d'invention, de découverte de mots nouveaux et d'identités nouvelles, d'expressions capables de s'implanter sur le marché linguistique. » Ainsi que l'écrit M. Nunberg dans l'avant-propos d'un autre recueil de ses essais, publié en 2004, les changements intervenant dans une langue peuvent être les indices d'une évolution importante de la société elle-même. Les listes de caractéristiques et de valeurs qui définissent la culture américaine comprennent des mots tels que « changement, innovation, creuset, pragmatisme, franc-parler ». Rien de surprenant, dès lors, que l'anglais pratiqué aux États-Unis soit en évolution constante, à l'image de celle des courants culturels de leur société.

Robin L. Yeager

 

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