28 avril 2009
L'article ci-après appartient à la revue électronique intitulée L'anglais dynamique.
Gary Paul Nabhan
Aux antipodes de la région dont ils sont originaires, les termes arabes pour les chevaux, les cavaliers et les articles de sellerie ont trouvé une nouvelle patrie dans le désert du sud-ouest des États-Unis.
Ils sont passés de l'arabe à l'espagnol puis à l'anglais-américain lorsque les traditions espagnoles et anglo-saxonnes ont fusionné.
Au début du VIIIe siècle, une armée d'Arabes et de Berbères nord-africains musulmans a envahi une grande partie de la péninsule ibérique. Aux environs de 750, au Sud, dans la région que les Arabes appelaient al- Andalus, un prince syrien omeyyade dont la dynastie avait été déplacée par les Abbassides a établi un royaume et une civilisation florissante. L'an 1492 a connu deux événements importants : la découverte du nouveau monde qui ouvrait un autre univers à la colonisation espagnole et portugaise et l'expulsion des musulmans et des juifs d'Espagne, qui marquera profondément la culture du peuple espagnol.
Pour coloniser le nouveau monde, les Espagnols - et les réfugiés arabes et berbères - sont arrivés avec leurs chevaux et les termes d'origine arabe qu'ils utilisaient sont maintenant profondément ancrés dans la « langue cow-boy », le jargon anglais et mexicain.
J'ai commencé à m'intéresser à la langue cowboy après mon arrivée dans une des vieilles collectivités de ranchs de la frontière mexicano-américaine en 1975. Ma femme et moi élevons maintenant des chevaux, des moutons et des dindes et nous avons des contacts fréquents avec des cow-boys, des propriétaires de ranchs et des vétérinaires spécialistes du bétail qui tous utilisent les termes dérivés de l'arabe introduits dans la région il y a quatre siècles et demi aussi couramment et avec autant de facilité que mes enfants utilisent le jargon informatique.
Par exemple, ils disent d'un cavalier exceptionnellement doué que c'est « un sacré jinete », terme autrefois utilisé pour qualifier le style d'équitation très fluide conçu en Afrique du Nord pour le champ de bataille et qui désigne maintenant le cavalier. Le terme vient de l'espagnol sonoran xinete qui lui-même vient de l'andalou zanati, écho du nom des tribus maghrébines Zanatah qui vivaient dans ce qui est aujourd'hui l'Algérie.
Les vachers sonorans et les cavaliers qui travaillent avec eux appellent encore leur selle albardón, terme dérivé de l'albarda ibérique qui signifie aujourd'hui le bât et qui venait de l'arabe al-barda'a. Parmi les autres articles de sellerie que ces cow-boys utilisent, il y a la sangle de cuir qu'ils appellent acion, de l'arabe assiyur ; le fouet, qu'ils nomment azote, de l'arabe sa-sut et les lanières qui sont les argollas, de l'arabe allgulla.
Le terme tiré de l'arabe que je préfère est celui qui désigne la têtière ou le licou : le hackamore ; il vient directement de l'andalou jaquima qui se retrouve dans l'arabe sakima, quelque chose que l'on porte sur la tête.
De nombreux termes désignant la couleur des animaux viennent aussi de l'arabe. Étant daltonien, il m'a fallu beaucoup de temps avant de faire attention aux termes que les cow-boys utilisent pour décrire la couleur de la robe des chevaux, de la peau des vaches ou même de celle des moutons, mais j'ai vite su reconnaître un almagre, un étalon à la robe rousse, et je savais que le terme venait de l'arabe al-magra, « terre rouge ».
La référence à la couleur qui m'a donné le plus de mal est celle faite à une certaine Alice-Anne qui désigne en fait un alezan, cheval brun rougeâtre du nez à la queue. Il m'a fallu un certain temps avant de comprendre que le mot venait de l'arabe al-hisan, bois rougeâtre, par le biais de l'andalou alazán. J'ai récemment lu un limerick d'un certain Jac, qui joue sur le double sens de « Alice-Anne « :
Il était, dans l'Ouest,
Un cow-boy, jeune et leste,
Qui nommait son amie Alice-Anne.
Curieusement, la copine
Avait race chevaline !
C'est pourquoi
L'on conçoit,
Certes sans trop de mal,
Qu'une Alice peut être un pote mâle.
Gary Paul Nabhan est l'auteur de 20 ouvrages dont Why some like it hot (Island Press, 2004), sur la relation entre l'évolution des communautés et celle de leur alimentation, et d'un recueil d'essais qui doit être publié par l'University of Arizona Press : What flows between dry worlds : culture, agriculture and cuisine in Arabian and American deserts (Les échanges entre les pays arides : culture, agriculture et cuisine dans les déserts arabes et américains). On peut le joindre à l'adresse électronique suivante :
Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la politique du gouvernement des États-Unis.
Cet article a été publié dans le numéro de mars/avril 2007 de Saudi Aramco World (pages 36-38). Consulter les Public Affairs Digital Image Archive pour les photos de mars/avril 2007.