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10 avril 2009

Des auteurs de livres pour la jeunesse abordent la question raciale - 2e partie

Entretien avec Chandra Prasad

 
Mme Chandra Prasad
Chandra Prasad, l'auteure de Breathe the Sky sur la vie d'Amelia Earhart, et On Borrowed Wings sur l'université de Yale.

La race a-t-elle de l'importance ? Le concept d'une société « postraciale » est en vogue, mais la jeunesse américaine, qui n'a vécu ni la ségrégation, ni l'intégration raciales, a une vue unique sur la question. Afin de capturer un instantané de ces vues, America.gov a posé des questions à deux auteurs de livres pour la jeunesse au sujet des questions qu'ils abordent dans leurs écrits. Dans cette deuxième partie, l'auteure Chandra Prasad, éditrice et rédactrice adjointe de Mixed : An Anthology of Short Fiction on the Multiracial Experience offre son point de vue personnel sur la question de la race. Elle explique notamment que le besoin d'expliquer son identité multiraciale et de dépasser les catégorisations superficielles l'a poussée à créer cet ouvrage.

Question - Ça veut dire quoi, être américaine ?

Mme Prasad - Prendre soin de sa famille, de sa collectivité, de son pays et de la planète. Garder à l'esprit les leçons de l'histoire et s'y référer souvent. Protéger les jeunes, ceux qui sont impressionnables et vulnérables. Tomber, mais se relever, se frotter les genoux, essuyer la sueur de son front et recommencer - avec plus de détermination, cette fois. Voir la beauté dans l'uniformité comme dans la différence. Écouter ceux qui viennent d'ailleurs et qui ont un point de vue différent. Avoir la foi et agir audacieusement. Créer, remanier, imaginer, revigorer. Vénérer les mots démocratie et liberté, et vénérer tout autant chaque vie humaine.

Question - Quand avez-vous réalisé que la race et l'ethnicité influençaient la façon dont les gens se comportent les uns envers les autres ?

Mme Prasad - Je me souviens du moment précis, et c'est plutôt bête : école primaire, CP, récréation. Je fais partie d'un groupe de filles sérieuses qui discutent à bâtons rompus du fait que la mère d'un élève de CM2 de notre école est allée à New York passer une audition pour la comédie musicale de Broadway Annie. Annie est une fillette rousse à la peau parsemée de tâches de rousseur qui se plaint de la difficulté de la vie dans un orphelinat. J'aimais Annie - le personnage et la comédie musicale. Malgré mes cheveux noirs et ma peau foncée, je veux désespérément incarner ce personnage, et je ne comprends pas pourquoi mes camarades de classe semblent sceptiques quand je leur fais part de ce désir. C'est ma mère qui, plus tard, m'a dit la vérité : « Une Annie à moitié indienne ? Je ne suis pas sûre… »

  

Question - Pensez-vous que l'idée de se faire passer pour quelqu'un d'une autre race appartient au passé ?

Mme Prasad - C'est quelque chose qui a existé pendant des siècles, souvent pour des raisons de survie. Il serait toutefois naïf de penser que c'est une relique du passé. Mais les circonstances se sont-elles améliorées pour de nombreux Américains ? Absolument. Y-a-t-il des raisons d'espérer que les choses vont s'améliorer encore plus ? Oui.

Question - Les individus peuvent-ils changer les étiquettes et les catégories ethniques que la société impose ?

Mme Prasad - La race, l'ethnicité et la classe sont des catégories dont se servent les gens pour rationaliser les différences. La catégorisation est une tendance humaine ; elle sert à simplifier un monde compliqué. Parfois, cette compartimentation est utile, mais elle est aussi souvent trompeuse. Chaque être humain a une identité à multiples facettes qui ne peut pas être quantifiée de façon simpliste. Et dans les sports, la politique, l'art et sur la scène internationale, on voit constamment des individus déterminés braver les obstacles, prouvant que la catégorie n'est pas une destinée.

Pour moi, c'est l'un des plus beaux aspects de l'Amérique : la destinée d'un individu n'est pas prédéterminée par cette catégorisation ni par les circonstances dans lesquelles il est né. L'accession imprévisible du président Obama à la plus haute fonction du pays en est la preuve. Nos ancêtres sont venus en Amérique parce que c'était le pays de la liberté, où tout était possible. C'est encore vrai.

Classer les gens en fonction de leur apparence a conduit à l'isolement et à la réduction des possibilités et, chose plus grave, à l'holocauste et à l'eugénisme. Si nous apprenons au moins une chose de l'ascension de M. Obama au pouvoir, c'est que nous devons non seulement reconnaître la différence et son contexte, mais aussi prendre conscience de tout ce que nous avons en commun.

Question - Détectez vous des signes d'un éloignement de notre société par rapport à la catégorisation selon la race ?

Mme Prasad - Mon fils, qui est né aux États-Unis, est indien, suédois, italien, anglais et russe. Lorsqu'il grandira, je n'ai aucune idée de la façon dont il s'identifiera lui-même. Je veux qu'il connaisse ses ancêtres, la vie qu'ils ont menée et les sacrifices qu'ils ont consentis. Je veux qu'il sache que ce pays s'est transformé plusieurs fois. Mon mari et moi veulent qu'il connaisse l'histoire. Mais la façon dont il choisira d'envisager l'avenir, c'est à lui d'en décider.

Être jeune n'est pas facile, mais c'est aussi un moment grisant de la vie. C'est durant cette période que vous déterminez qui vous êtes et ce qui définit votre caractère et votre personnalité. Les jeunes qui appartiennent à plusieurs races doivent relever le défi supplémentaire de la complexité de leur milieu culturel et racial. Mais je crois que cette complexité peut être un outil puissant de bienfaisance.

Comme je l'ai écrit dans l'avant-propos de Mixed : An Anthology of Short Fiction on the Multiracial Experience, les gens qui appartiennent à plusieurs races peuvent devenir une véritable soudure entre les communautés. Ils peuvent chevaucher les attentes de deux cultures. Étant donné que ces adolescents résistent à la classification, ils peuvent porter un regard très ouvert sur le monde, résister aux stéréotypes et montrer aux autres que de nombreuses frontières sont factices.

Les jeunes Américains opèrent déjà de nombreux changements positifs. Il existe des dizaines, voire des centaines, de communautés en ligne représentant des enfants et des adolescents de races mélangées. Dans les lycées et les universités du pays, des groupes d'étudiants de divers horizons prolifèrent. Ce sont tous des moyens de créer des liens de part et d'autres des lignes ethniques et raciales de démarcation. La plupart de ces groupes n'existaient pas il y a vingt ans.

Oui, la race compte toujours. C'est évident. Mais de nombreux autres variables et facteurs sont importants. Je recommande - dans tous les domaines de la vie - une plus grande concentration sur la nature de la personne que sur son apparence.

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