La vaste mosaïque d'un peuple en mouvement

29 août 2008

Un climat changeant

 
Le parc national Zion dans l'Utah
Dans le parc national Zion dans l'Utah, des autobus faisant la navette ont remplacé la plupart des véhicules privés.

Jeff Rennicke

La superficie des glaciers qui ont donné son nom au Glacier National Park est trois fois moindre aujourd'hui qu'il y a un siècle, d'après les études du Service géologique des États-Unis. Les prairies d'eau douce des Everglades risquent d'être envahies par l'eau salée de la Baie de Floride toute proche. Les changements climatiques sont une réalité incontournable pour le Système des parcs nationaux et des mesures générales de réduction des émissions de gaz à effet de serre commencent à être prises.

 

Jeff Rennicke enseigne à la Conserve School de North Woods dans le Wisconsin. Une version plus longue de cet article est parue dans le numéro d'automne 2007 de National Parks, publié par l'Association de préservation des parcs nationaux, une organisation privée à but non lucratif dont la mission est de protéger et de mettre en valeur les parcs américains.

Qu'il s'agisse de la pollution aérienne croissante dans les Great Smoky Mountains ou de la disparition des habitats de la prairie où se reproduisent les oiseaux aquatiques, les changements climatiques ont de multiples répercussions sur le Système national des parcs. « C'est le plus grand défi que nous ayons jamais eu à relever », explique Mark Wenzler, directeur du programme Air pur de l'Association nationale de préservation des parcs, « un défi qui menace de modifier la nature même des lieux que nous appelons parcs nationaux ». Ce défi a fait naître, selon ses propres termes, « un véritable sentiment d'urgence ».

Ce sentiment d'urgence a donné lieu à la création du programme Parcs amis du climat (Climate Friendly Parks ou CFP), fruit de la coopération de l'Agence américaine pour la protection de l'environnement et du Service des parcs nationaux. Lancé en 2003, le programme CFP répond à trois objectifs : former le personnel des parcs au problème des changements climatiques ; aider les parcs à évaluer, contrôler et réduire leur propre empreinte environnementale ; et expliquer aux visiteurs en quoi les changements climatiques peuvent nuire aux parcs et comment ils peuvent améliorer la situation. Les parcs sont priés d'organiser des séminaires sur ce programme, de définir des plans d'action et de suivre et d'évaluer en permanence les progrès qu'ils réalisent en vue de devenir des parcs amis du climat. À ce jour, 10 parcs nationaux, dont Delaware Water Gap, Everglades, Glacier Bay, Yosemite et Zion, ont organisé des séminaires et il est prévu d'en organiser un plus grand nombre. Il s'agit d'une nouvelle approche de nos parcs, explique Shawn Norton, l'un des coordonnateurs du programme. Et lorsqu'on lui demande de décrire ce que serait idéalement un parc ami du climat, il s'exprime avec la ferveur d'un visionnaire.

« Un parc ami du climat est avant tout neutre sur le plan des émissions de carbone, c'est-à-dire qu'il ne contribue pas à l'augmentation des émissions de carbone dans l'atmosphère », explique-t-il. En entrant dans les parcs, vous recevez des informations sur les pratiques viables, ainsi qu'une carte des pistes de randonnée et un ticket d'entrée. À la place d'une longue file de voitures privées polluantes et trop nombreuses qui se disputent un nombre trop restreint de places de parking, une navette alimentée par des sources d'énergie alternative vous emmène rapidement, sans bruit et sans polluer, là où vous le souhaitez dans le parc. Le centre d'information, qui se fonde presque parfaitement dans le paysage grâce à son architecture et à ses plantes naturelles (avec notamment un « toit vert » de plantes originaires de la région) est alimenté par une énergie non polluante - solaire, éolienne ou géothermale - et tire parti des technologies de diodes électroluminescentes et de l'éclairage naturel. Les aliments que vous achetez au café-restaurant sont biologiques et ont une origine locale. Les œuvres d'art vendues dans la boutique de souvenirs sont faites à partir de matériaux recyclés, comme le verre et l'aluminium. Les toilettes sont équipées de chasses d'eau à faible volume et de robinets qui se ferment automatiquement afin de ne pas gaspiller l'eau et sont nettoyées avec des produits non toxiques. Les véhicules de rangers qui patrouillent le parc n'émettent aucune substance polluante toxique. Les bâtiments isolés sont équipés de panneaux photovoltaïques qui permettent de répondre à leurs propres besoins énergétiques. Et des panneaux d'information présentent toutes ces mesures aux visiteurs, en leur expliquant comment réduire leur propre empreinte écologique dans le parc, ainsi qu'une fois de retour chez eux.

Cette vision d'avenir n'est pas une simple utopie. « Nous ne sommes pas loin de concrétiser cette approche », poursuit M. Norton. « Nous pouvons réduire considérablement notre consommation d'énergie. Nous pouvons réduire considérablement nos émissions de carbone. Nous pouvons réduire considérablement notre consommation d'eau grâce aux technologies dont nous disposons actuellement, et avec suffisamment de détermination, nous pourrions y arriver dans tous les parcs dans les dix prochaines années. Nous ne faisons que commencer et de plus en plus de parcs se joignent à nos efforts. »

Le parc de Zion dans l'Utah en est un exemple. En 2000, un système de 30 navettes alimentées au propane a pris la place des 5.000 véhicules privés qui circulaient auparavant chaque jour dans le parc, ce qui a permis d'éliminer près de 14.000 tonnes de gaz à effet de serre qui auraient sinon été émises chaque année dans le ciel. Un nouveau centre d'information « vert » est alimenté à 30 % par l'énergie solaire, s'éclaire à 80 % par la lumière naturelle et comprend de grandes tours réfrigérantes qui fournissent une climatisation à faible énergie l'été et un système de chauffage solaire passif doté d'un mur Trombe (un mur situé en plein soleil et fait de matériaux qui absorbent la chaleur, comme l'adobe ou la pierre) qui permet de retenir la chaleur en prévision des jours plus frais. Ce nouveau site, qui fait figure de modèle parmi les parcs nationaux, réduit la consommation énergétique de près de 75 % et élimine plus de 300.000 livres d'émissions de gaz à effet de serre.

L'utilisation croissante de matériaux de construction et de produits de nettoyage non toxiques, ainsi que l'intensification des efforts de recyclage dans le parc sont moins visibles mais tout aussi importants. « Le programme des Parcs amis du climat nous a permis de tenir compte de la protection de l'environnement et des changements climatiques tout en définissant les priorités de notre système de gestion de l'environnement », explique le surintendant du parc Zion, Jock Whitworth. « Nous avons maintenant une meilleure idée de l'impact des changements climatiques sur les ressources naturelles et culturelles du parc et nous pouvons trouver des solutions. »

À n'en pas douter, nos parcs nationaux sont en train de changer. Mais l'on ne sait pas encore exactement quelles formes ces changements prendront et comment le personnel et les visiteurs des parcs, ainsi que les parcs eux-mêmes, s'adapteront à cette nouvelle réalité. Mais comme le rappelle le surintendant de l'Ile Apostle, Bob Krumenaker : « Au Service des parcs, nous travaillons pour l'éternité. Quels que soient les changements climatiques qui se produiront, nos parcs seront toujours là. Face à ces changements climatiques mondiaux, ces parcs seront peut-être encore plus importants, car ils pourraient être parmi les lieux les plus purs, naturels et vitaux sur le plan écologique qui resteraient sur notre planète. »

Les opinions exprimées dans cet article ne correspondent pas nécessairement aux vues ou à la politique du gouvernement des États-Unis.

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