29 août 2008

Entretien avec Mary Bomar
Mary Bomar est la dix-septième personne à diriger le Service des parcs nationaux des États-Unis - elle a été nommée à ce poste en 2006 après avoir occupé pendant seize ans différentes fonctions dans de nombreux parcs. Dans un entretien réalisé par écrit avec eJournal USA, Mary Bomar explique sa passion pour le système des parcs américains et la stratégie qu'elle entend mener afin d'en assurer la bonne gestion au XXIe siècle.
Question : En quoi le Service des parcs nationaux est-il représentatif de toute l'histoire des États-Unis, depuis l'établissement des premières colonies jusqu'à l'aboutissement de l'expansion de notre nation ?
Mary Bomar : Le Service des parcs est à tous égards emblématique de l'ensemble de l'histoire des États-Unis. Nous gérons des sites qui préservent l'histoire et la culture américaines, des premières colonies permanentes établies à Jamestown, en Virginie, à la lutte pour l'indépendance américaine, de l'expansion de cette nation et des guerres que nous avons menées aux souffrances des Amérindiens et d'autres minorités. Nous gérons des sites qui mettent en valeur tous les aspects de la croissance de notre nation, des choses positives que nous avons accomplies, ainsi que des moments peu glorieux de notre histoire.
Des visiteurs venus de tout le pays et du monde entier parcourent ces sites qui témoignent de l'esprit américain et qui présentent des récits d'héroïsme et de sacrifices bien sûr mais aussi des pans plus tristes de notre histoire qui font partie de notre identité.
Je dis toujours qu'il y a « des endroits particuliers qui nous unissent en tant qu'Américains - ce sont les parcs nationaux ».
Q : En quoi votre propre vie constitue-t-elle un chapitre de cette histoire ?
Mary Bomar : J'aime à dire - non sans fierté - que je suis « américaine par choix ». J'ai prêté le serment d'allégeance à la Constitution des États-Unis le 28 octobre 1977, à Spokane, dans l'État de Washington. C'était un moment important de ma vie et de la vie de ma famille.
Mon histoire est une histoire américaine, une histoire d'immigration. Ma famille possédait une grande fabrique de bonneterie à Leicester, en Angleterre. J'ai eu la chance d'être élevée par de merveilleux parents, avec quatre frères et une sœur. C'est en vivant dans de jolis villages de la campagne anglaise que j'ai acquis cette passion de la préservation de lieux historiques. C'était une passion véritable dans ma famille.
J'ai également vécu aux États-Unis pendant mon enfance. J'ai visité le Grand Canyon, la Forêt pétrifiée, le Golden Gate, le Mont Rushmore et de nombreux autres parcs nationaux. Ces voyages - qui m'ont permis de découvrir les différentes cultures de l'Amérique et d'en faire l'expérience dans différents États - ont été plus instructifs que tout ce que j'aurais pu apprendre à l'école. C'est de ces merveilleuses expériences vécues pendant mon enfance qu'est née ma passion pour les paysages, les cultures et le peuple américains. C'est pourquoi le Service des parcs est à mes yeux la plus grande université du monde !
Je suis entrée dans ce service en 1990. J'ai travaillé dans différents parcs de différentes régions, ce qui m'a permis d'apprécier et de comprendre de mieux en mieux le système dans son ensemble, dans toute sa diversité. J'ai été nommée directrice en 2006, après avoir été responsable de la région Nord-Est, qui comprend le Hall d'indépendance de Philadelphie, où les pères fondateurs de l'Amérique se sont engagés à sacrifier « leur vie, leur fortune et leur honneur sacré » pour la liberté.
Mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit. Il s'agit de l'importance intemporelle des parcs nationaux américains et de la préservation des ressources naturelles et culturelles de la nation pour nos petits-enfants. J'ai pour ambition de faire en sorte que chaque Américain se sente concerné par les parcs et d'assurer la viabilité financière et la protection des ressources qu'ils contiennent.

Tout ce que j'accomplis se fera avec l'aide des 20.000 hommes et femmes - au moins - qui, chaque jour, travaillent sans relâche pour cet organisme public : ce sont eux qui s'adressent aux enfants de notre pays et éveillent leur intérêt pour la nature, la science et l'histoire. Je ne peux qu'espérer leur donner les moyens dont ils ont besoin pour accomplir leur travail et représenter les parcs auprès du public.
Q : Quels sont à votre avis les plus grands défis que doit relever aujourd'hui le Service des parcs ?
Mary Bomar : Au début du XXIe siècle, le Service des parcs nationaux est confronté à plusieurs défis. Les voici :
• Raviver l'appui qu'apporte le peuple américain aux parcs nationaux et rallumer le sentiment de fierté que lui inspire « la meilleure idée que l'Amérique ait jamais eue » ;
• Améliorer les moyens dont dispose le système pour répondre, au XXIe siècle, aux attentes d'une population qui évolue, notamment en ce qui concernent le recrutement, le maintien, la formation et la préparation d'une nouvelle génération de dirigeants ;
• Communiquer avec nos vastes publics et adapter nos méthodes aux technologies actuelles et à l'évolution rapide des caractéristiques démographiques de notre pays. Ceci est de la plus haute importance à mes yeux.
Nos dirigeants et notre personnel font de leur mieux pour que le public profite de nos parcs dans les meilleures conditions. Pour nous adapter à l'évolution des goûts, des technologies et des caractéristiques démographiques du XXIe siècle, nous avons mis au point des expositions multilingues et tactiles, ainsi que de nouvelles approches en matière d'accessibilité (pour les personnes handicapées) et nous nous sommes adaptés aux technologies modernes en fournissant des informations sur l'Internet, des audiodiffusions et des visites guidées par téléphone portable, pour ne citer que quelques exemples.
Nous devons faire en sorte que nos parcs soient des lieux plus dynamiques, attrayants et incontournables, en améliorant notre infrastructure et nous devrons recruter et former une nouvelle génération de dirigeants pour le XXIe siècle, et assurer leur développement professionnel.
Q : Les parcs sont souvent cités parmi les institutions nationales les plus appréciées mais il arrive que la gestion d'un site ou la façon dont l'histoire y est présentée fasse l'objet de controverses. Que faites-vous dans de telles situations ?
Mary Bomar : Bien sûr, il existe parfois des divergences de vues très marquées et nous devons alors rétablir les relations avec les riverains, nos partenaires et les organisations touristiques. Si nous sommes à l'écoute, si nous nous ouvrons au public et collaborons avec nos partenaires du secteur du tourisme, nous arriverons à concilier ces importantes divergences d'opinions. Nous avons généralement réussi à établir d'excellentes relations avec ces partenaires locaux et à surmonter les idées fausses et nos désaccords. Après tout, nous avons tous en commun les mêmes objectifs.
Au cours des dix-huit ans que j'ai passés au Service des parcs, j'ai acquis une réputation de conciliatrice. En 2000, j'étais superintendante du Mémorial national de la ville d'Oklahoma, là où avait eu lieu en 1995 l'attentat à la bombe contre le bâtiment fédéral Murrah Federal Building [qui avait fait 168 morts]. Alors que nous nous apprêtions à ouvrir au public ce mémorial, l'émotion était très vive parmi la population locale, comme vous pouvez l'imaginer à la suite d'une tragédie de cette ampleur. J'ai consulté les proches des victimes, les rescapés, les secouristes et les pouvoirs publics locaux et étatiques afin que tout le monde puisse s'exprimer. Il est important - en fait essentiel - d'écouter tous les points de vue, y compris ceux qui sont dissonants.
Q : La mission du Service des parcs consiste en partie à préserver ces lieux pour les générations à venir. Pourriez-vous présenter quelques programmes éducatifs du Service dont l'objectif est de faire en sorte que les jeunes deviennent des adultes qui comprennent l'importance de la préservation des sites naturels, historiques et culturels ?
Mary Bomar : Les programmes éducatifs du Service national des parcs visent à apporter un plus aux visiteurs et à faciliter leur apprentissage, à les amener à apprécier les parcs et autres lieux hors du commun et ainsi à préserver le patrimoine de l'Amérique. Notre programme Parks As Classrooms (« Parcs comme salles de classe ») satisfait à des objectifs éducatifs, au moyen de diverses activités qui permettent au public de mieux s'informer de faits scientifiques, historiques et culturels et de la recherche dans ces différents domaines. Ces connaissances peuvent ensuite les aider à prendre leurs propres décisions et à se forger leur propre opinion sur le plan déontologique. Nous voulons aider les gens à se sentir concernés par les parcs toute leur vie durant, grâce à des programmes véritablement participatifs, comme des expositions, des films et des programmes interprétatifs.
Notre principal programme « dans les parcs » pour les enfants et les familles est le programme des Junior Rangers (rangers en herbe), qui encourage les enfants à « explorer, apprendre et protéger ». Lorsque les rangers en herbe et leur famille viennent dans un parc, ils partent à la découverte du parc équipés de livrets d'activité conçus spécialement pour eux. Ces livrets leur présentent l'histoire du parc, ainsi que certains aspects qu'ils n'auraient sinon pas remarqué. Tout en explorant le parc, ils apprennent des choses sur l'histoire de leur pays, leur propre patrimoine culturel et le monde naturel que nous partageons. Et il y a aussi la dimension « protection ». Les rangers junior - dont le nombre atteint presque 500.000 chaque année - découvrent ce qu'ils peuvent faire - dans le parc et chez eux - pour qu'il y ait encore des parcs à visiter à l'avenir.
La plupart des rangers en herbe ont entre 7 et 12 ans, et nous espérons qu'ils apprécient de s'investir ainsi dans les grands parcs nationaux, les endroits qui ont influencé l'histoire du pays, les sites qui se caractérisent par leur beauté naturelle ou leur intérêt sur le plan scientifique. Et bien sûr, ce que nous essayons vraiment de faire, c'est de susciter l'intérêt des enfants et de leur famille et de les amener ainsi à se préoccuper et à s'occuper de leurs parcs nationaux.