29 août 2008
Charlene Porter
Le Service des parcs nationaux s'emploie à préserver les monuments anciens, à les présenter au public et à faire connaître ces activités à d'autres pays.
Charlene Porter est rédactrice en chef de ce numéro d' eJournalUSA.
Les parcs nationaux des États-Unis sont connus pour la splendeur de leurs paysages naturels. Pourtant, parmi les 34 millions d'hectares que compte le système des parcs, on trouve aussi des milliers de sites précolombiens, rappel des peuples qui occupaient ces terres bien avant que des colons européens proclament la découverte d'un nouveau monde et fondent une nation.
Le Service des parcs nationaux (NPS) accorde autant d'importance aux objets et à l'architecture créés par les ancêtres des tribus amérindiennes actuelles qu'aux vastes panoramas forgés par la nature et aux lieux historiques où les Pères fondateurs ont établi le projet de faire une nation de ce qui était une colonie.
C'est en 1906 que le Congrès américain a adopté une politique nationale de préservation des lieux archéologiques. En fait, la loi intitulée Antiquities Act (Loi relative aux monuments anciens) précède la loi de 1916 qui a confié au Service des parcs la gestion des domaines, monuments et autres sites. La loi relative aux monuments anciens a codifié le principe selon lequel « ces ressources archéologiques et sites historiques devaient être protégés et ne pouvaient être exploités à des fins monétaires ou par caprice personnel ou pour construire quoi que ce soit à la place », explique Francis McManamon, archéologue en chef du NPS.
L'origine de cette loi remonte à plusieurs décennies avant son adoption, à l'époque où les colons commencèrent à prendre possession du sud-ouest des États-Unis. La région était parsemée de bâtiments en terre et de villages construits par les Amérindiens plusieurs siècles auparavant. Ces structures étaient considérées par certains comme de précieux vestiges de civilisations précédentes et par d'autres comme de simples sources de matériaux à utiliser ou à vendre.
Au début du XXe siècle, le souvenir des guerres indiennes qui opposèrent la puissance coloniale ou le gouvernement fédéral aux peuples autochtones d'Amérique du Nord était encore très présent dans les mémoires et les Amérindiens étaient très souvent victimes de discrimination. Il est « frappant » que la loi relative aux monuments anciens ait été adoptée dans ce contexte, commente M. McManamon dans un entretien avec eJournal USA.
« Alors même que l'on s'efforçait de préserver ces anciens monuments et ruines, les descendants des peuples qui les avait créés étaient systématiquement privés de ce qui restait de cette culture », ajoute M. McManamon. À cette époque, la politique des pouvoirs publics consistait généralement à éloigner les groupes tribaux du territoire de leurs ancêtres et à éradiquer toute tradition indienne de l'éducation des enfants.
Archéologie dans les parcs
Aujourd'hui, le Service des parcs a recensé environ 70.000 sites archéologiques sur le territoire des monuments et des parcs qu'il gère et M. McManamon estime qu'il en existe des dizaines, voire des centaines ou des milliers d'autres à découvrir. La préservation de sites vieux de centaines ou de milliers d'années est en elle-même complexe mais le Service des parcs a également pour mission de permettre au public de voir, de comprendre et d'apprécier ces sites.
Dans le cas des villages créés dans des falaises et des pueblos, M. McManamon explique « qu'il faut stabiliser une partie des pierres ou des murs en adobe afin que la structure d'origine ne s'abîme pas » à mesure que le public visite le site. À cette fin, les conservateurs doivent créer des mortiers à base de terre, semblables aux matériaux qu'utilisaient les Amérindiens à l'origine, ainsi que des plâtres de surface qui protègent les vestiges en adobe des bâtiments d'origine.
Les conservateurs de structures architecturales qui s'occupent de monuments, de bâtiments et de statues dans différentes régions connaissent cette même difficulté. M. McManamon et ses collègues du NPS spécialistes de l'archéologie, Terry Childs et Barbara Little, ont bénéficié de nouvelles idées sur les problèmes de la profession en 2007 lorsqu'un groupe d'homologues afghans est venu aux États-Unis observer les méthodes employées par le Service des parcs pour gérer les parcs et les sites archéologiques et historiques.
Comme bon nombre de monuments et de lieux historiques des États-Unis, les monuments d'Afghanistan peuvent être en grès, en granit ou encore en adobe. M. McManamon dit que les responsables afghans souhaitaient vivement discuter de techniques des sciences des matériaux permettant de choisir la bonne substance pour stabiliser des monuments.
L'archéologue en chef du Service des parcs espère également que cet échange d'information aidera les responsables de monuments afghans à éviter certaines des erreurs commises aux États-Unis au fil des ans. « Nous enlevons actuellement le mortier qui a servi dans certains projets de stabilisation du début du XXe siècle et qui ne convient pas. Nous le remplaçons par des mortiers à base de terre, qui sont plus souples et aident à préserver les briques en adobe et les pierres d'origine », explique M. McManamon. « C'est un domaine dans lequel nos collègues afghans et certaines de nos équipes sur le terrain étaient au même stade d'apprentissage et avaient les mêmes intérêts. »
Éducation
Les Afghans ont visité des sites à Washington et ont passé huit semaines au sein d'unités du Service des parcs dans le sud-ouest des États-Unis, dans le cadre d'un programme de formation parrainé par le Cultural Heritage Center du département d'État américain. Afin d'appuyer les activités menées en Afghanistan dans le domaine de la conservation de la culture, le programme de formation de 2007 a également fourni des conseils aux visiteurs en matière de relations publiques et d'éducation.
Avec près de 400 parcs, monuments et sites situés dans des régions très diverses des États-Unis, les responsables du Service des parcs ont compris au fil des ans qu'un aspect important de la gestion des sites consistait à établir des relations étroites de coopération entre les directeurs de parcs et les représentants de la communauté locale.
L'éducation est un autre élément important de ces relations. Les responsables de parcs coopèrent souvent étroitement avec les communautés locales pour faire venir sur leurs sites les élèves des écoles et d'autres groupes intéressés. C'était « une sorte de révélation » pour les visiteurs afghans, selon M. McManamon.
« Ils ont tout simplement trouvé cela merveilleux que, pendant leur visite, des groupes d'écoliers viennent en classe verte et aient droit à une visite guidée présentée par un ranger dans les cours de Tumacácori [une mission espagnole fondée en Arizona à la fin du XVIIe siècle] », poursuit M. McManamon. L'un des visiteurs afghans comptait introduire des programmes d'éducation similaires dans la vallée de Bamiyan. Bien que les Talibans y aient détruit deux gigantesques statues du Bouddha en 2001, cette vallée reste un site culturel reconnu sur le plan international, où l'on trouve encore des traces du rôle de premier plan qu'elle a joué le long de la route de la soie, dans le nord de l'Afghanistan.
De l'Afghanistan à l'Arizona, les sites historiques constituent un moyen essentiel de faire comprendre à chaque nouvelle génération les modes de vie et les cultures du passé, affirme M. McManamon. Lorsque les jeunes ont la possibilité de découvrir par eux-mêmes les véritables lieux, bâtiments et objets qui témoignent de vies et d'événements du passé, « leur compréhension et leur appréciation » du passé n'en est que plus riche.