La vaste mosaïque d'un peuple en mouvement

29 août 2008

Les parcs peuvent changer une nation

 
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La péninsule d'Osa
La forêt tropicale s'étend de Golfo Dulce à l'océan Pacifique. (Photo avec permission de Rick Stanley)

Alvaro Ugalde

En 1969, un jeune étudiant costaricain en biologie arrive aux États-Unis pour y découvrir les parcs nationaux. En 1970, il devient le deuxième employé du tout nouveau réseau des parcs nationaux de son pays. Examinant l'historique des parcs du Costa-Rica, créés voilà près de quarante ans, Alvaro Ugalde divise l'histoire du Costa-Rica en deux phases : avant et après l'engagement pris par la population de préserver la biodiversité unique du pays pour les générations à venir.

 

Alvaro Ugalde est considéré comme  le père fondateur des parcs du Costa-Rica, dont il a été deux fois le directeur national. Figure de proue d'importantes organisations de défense de l'environnement, il a été nommé l'un des principaux écologistes du siècle par l'hebdomadaire Time en 1999.

En 1969, plusieurs mois durant, je me suis familiarisé avec les parcs nationaux des États-Unis, ayant été invité à participer au Séminaire international sur les parcs nationaux et réserves équivalentes, dans le cadre duquel j'ai eu l'occasion, avec environ vingt-cinq autres personnes sélectionnées à travers le monde, de me rendre dans plusieurs de ces vastes espaces. Nous avons rencontré des gardiens de parcs, des biologistes, des concessionnaires - toutes sortes de gens qui travaillent dans ce domaine.

Il ne faut pas croire que j'avais l'intention de faire carrière dans le service des parcs du Costa-Rica pour la bonne raison qu'il n'y en avait pas à l'époque. Mais quand je suis retourné dans mon pays, notre Congrès avait voté une loi portant création d'un réseau de parcs. Je me suis donc porté volontaire, pendant six mois, pour participer à la mise en place de ce projet dès les premiers temps, et j'ai ensuite été la deuxième personne à être embauchée par le service des parcs, en 1970.

Mon collègue, Mario Boza, la première personne à être recrutée, avait lui aussi participé au voyage d'étude qu'avait organisé le Service des parcs nationaux des États-Unis. Notre séjour nous avait aidés à envisager un système dans lequel il serait possible de gérer les parcs, d'assurer leur fonctionnement, d'accueillir les visiteurs et de préserver les terres et la nature. Je n'ai jamais oublié que c'est le système américain qui a nous fait comprendre la vue d'ensemble.

Étant biologistes, nous savions que la protection de la biodiversité de notre pays devait être la principale fonction de nos parcs. Notre petit pays, qui représente tout juste le tiers d'un pour cent de la masse terrestre de la planète, abrite cinq pour cent de toutes les espèces qui existent au monde. À l'époque, le mot « biodiversité » n'était pas encore entré dans le vocabulaire, mais les nombreuses formes de vie tropicale de notre pays étaient étudiées depuis des dizaines d'années. Mes professeurs à l'Université du Costa-Rica étaient des esprits éclairés qui avaient su nous transmettre un certain sens de l'écologie et de l'évolution. Mais dans le même temps, nous nous rendions compte que notre pays se développait à une vitesse fulgurante.

Préserver le Costa-Rica

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Un ara rouge
L'ara rouge est un oiseau de la famille des psittacidés, présent dans les forêts du Costa-Rica. (Photo offerte par Rick Stanley)

Voilà ce qui nous inspirait tandis que nous nous sommes mis à convaincre les Costaricains du travail qu'il fallait accomplir pour créer ces parcs et préserver les éléments uniques de notre pays. Nous expliquions à la population que nous devions garder l'identité du Costa-Rica, qu'un pays dénudé de ses forêts comme de sa faune et de sa flore sauvages n'était pas le Costa-Rica. Il nous fallait créer des parcs et des réserves naturelles pour ne pas hypothéquer l'avenir, pour laisser à nos enfants le pays tel qu'il était réellement. Nous n'avons pas eu trop de mal à faire passer ce message dans tout le pays. Le développement que l'industrie touristique connaîtrait en conséquence n'était qu'une raison secondaire.

On pourrait présenter l'histoire du Costa-Rica en deux phases, celle d'avant les parcs et celle d'après. Le pays a en effet changé du tout au tout quelques années seulement après la création de ces espaces. Il n'y a pas un Costaricain qui ne soit pas conscient aujourd'hui de la richesse naturelle du pays et de l'importance de sa conservation, et rares sont ceux qui ne tirent pas un avantage quelconque des efforts déployés au titre de la protection de l'environnement. Nous avons changé le cours de la nation et l'économie du pays en construisant des parcs et des réserves. Un nouveau paradigme du développement nous guide, et le pays n'est pas ce qu'il était il y a quarante ans.

Avant 1970, les aires naturelles protégées n'existaient pas, et la plupart des espaces naturels subissaient des pressions liées aux activités minières, à la chasse et à l'exploitation forestière, en particulier dans des endroits tels que la péninsule d'Osa, dont la beauté n'a pas d'égal dans tout l'univers ! Je le dis parce que c'est un lieu incroyablement beau et dont la biodiversité est extraordinaire. Depuis que nous avons commencé à sauver Osa, nous avons retenu l'attention du monde. Aujourd'hui, les gens viennent voir la péninsule, et son économie n'a rien à voir avec les mines et l'exploitation forestière. C'est la nature qui est la cheville ouvrière de l'économie.

Aujourd'hui, le Costa-Rica continue de se heurter à des difficultés alors même que le système que nous y avons établi prend de la maturité. À l'intérieur des parcs, la chasse pose problème, et il y a parfois des incendies de forêt. Mais c'est à l'extérieur des parcs que la situation est plus préoccupante. Quand un village voisin est la cible d'un développement effréné, les effets d'un manque de gouvernance, de l'insuffisance des contrôles et d'une piètre coordination entre les ministères et autres organismes publics ne tardent pas à se faire sentir. Les immeubles poussent comme des champignons, l'eau est polluée et le traitement des eaux usées fait défaut - bref, la situation n'est pas brillante. C'est ce qui se produit tout près de certains parcs, et c'est l'un des grands problèmes qui se posent actuellement, en sus des effets négatifs du changement climatique qui se pointent à l'horizon.

Sauver la planète

Autrefois, on ne savait pas que la planète était en danger. Aujourd'hui, nous ne sommes plus ignorants. Le comportement collectif de l'humanité est à l'origine d'une source collective de dangers pour la planète : réchauffement climatique, détérioration de la biosphère, disparition d'espèces, fonte des neiges aux pôles, etc.

Dans mon pays, les inondations sont devenues plus fréquentes, et les périodes sèches plus longues. Les changements climatiques sont responsables de la création de zones plus sèches, si bien que certaines espèces des écosystèmes des plaines basses gagnent aujourd'hui les montagnes. On voit des toucans là où ils étaient absents naguère, et il en va de même des fourmis. Ces changements se répercutent à travers la chaîne de la vie. Nous tentons de protéger notre biodiversité dans les parcs, mais les conséquences se font sentir dans l'ensemble du pays. Au Costa-Rica, nous avons beaucoup fait pour établir des aires protégées, mais celles-ci ne sont encore que des îlots autour desquels les problèmes environnementaux prennent de l'ampleur.

Nous ne pouvons plus détourner notre regard des menaces qui pèsent sur la planète ; ce luxe ne nous est plus permis. Repousser le moment d'agir face au réchauffement de la Terre revient à dire que nous ne nous soucions pas de la qualité de la planète et des conditions de vie que nous laisserons à nos enfants. Mais de nature optimiste, je suis fermement convaincu que si nous passons tous à l'action - individus, familles, collectivités, gouvernements - et que nous le faisons dès maintenant, la planète réagira à notre sollicitude et nous prévaudrons !

O2 For Life Rainforest Foundation a fourni des informations qui ont servi de base à la rédaction de cet article. Cette fondation a pour mission d'œuvrer à la conservation et à la protection de la nature tropicale, et elle protège plus de 200 hectares dans la région d'Osa.

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Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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