29 août 2008
Les parcs nationaux ne se limitent pas aux monuments et aux territoires et ils sont plus que la somme des montagnes, des forêts, des lacs et des merveilles géologiques. Ils représentent aussi une partie de l'âme des États-Unis.
Edwin Bernbaum est directeur du Programme des montagnes sacrées, au Mountain Institute, et l'auteur de l'ouvrage Sacred Mountains of the World. L'article ci-après est extrait du livre intitulé America's Best Idea - A Photographic Journey Through Our National Parks, dont il est un coauteur et qui a été publié par American Park Network (première édition en 2006 ; deuxième édition en 2008).
Les paysages et phénomènes naturels remarquables qui sont préservés dans les parcs nationaux ont le pouvoir de susciter l'émerveillement. L'apparition éthérée d'un sommet qui se dégage de la brume, le vol majestueux d'un aigle qui glisse dans l'air, la vive coloration optique des rayons du soleil qui percent les profondeurs d'une forêt vierge - quiconque est témoin ne serait-ce qu'un instant de cette beauté de la nature ressent une émotion inexplicable. Les parcs nationaux transportent le visiteur au-delà des limites de son quotidien et jusque dans des lieux de mystère et de splendeur, qui inspirent la révérence et sont sous l'emprise de forces que nous n'avons pas le pouvoir de maîtriser. Bien des visiteurs qui se rendent dans les parcs nationaux cherchent à transcender les distractions superficielles qui émaillent leurs jours et à vivre une expérience plus profonde et durable. Les sanctuaires que forment ces espaces naturels inaltérés représentent en effet des lieux de renouvellement spirituel où nous pouvons retrouver la source de notre être et savourer la fraîcheur d'un nouveau départ.
Outre leur valeur scientifique en tant que dépositaires de la diversité géologique et biologique et du savoir, les parcs nationaux revêtent une signification spirituelle et culturelle profonde pour le peuple américain. L'idée de la nature comme lieu d'inspiration et de renouvellement joua un rôle clé dans la création du Service des parcs nationaux, en 1916. L'un des premiers naturalistes, John Muir, fut ainsi motivé à œuvrer à la création du parc national de Yosemite, en Californie, principalement parce qu'il voulait préserver la vallée de Yosemite, à ses yeux « un temple incomparablement plus délicat que tout autre fait de la main de l'homme ». Selon une étude de la National Parks Conservation Association (NPCA), le message le plus puissant pour mobiliser le soutien du public aux parcs nationaux, c'est de faire valoir l'idée qu'ils « nous offrent des lieux parmi les plus beaux, les plus majestueux et les plus impressionnants de la planète ».
La beauté et la grandeur des parcs nationaux ont inspiré de grandes œuvres, dans le domaine tant des arts plastiques que de la photographie, de la littérature ou de la musique. Vers la fin du XIXe siècle, les tableaux spectaculaires du parc national de Yosemite, dans le Wyoming, peints par Thomas Moran, et ceux d'Albert Bierstadt, représentant la vallée de Yosemite, contribuèrent à attirer l'attention de la nation sur ces lieux remarquables. Les photographies d'arbres séculaires et de montagnes monumentales que l'on doit à Ansel Adams évoquent un univers de beauté intemporelle préservée dans les parcs nationaux. Le compositeur Ferde Grofé fut saisi d'une telle admiration lors de sa visite du Grand Canyon, dans l'Arizona, que les mots lui manquèrent et c'est à travers une composition musicale seulement qu'il parvint à communiquer son expérience : telle est l'origine de son œuvre la plus célèbre, la Grand Canyon Suite.
Les parcs nationaux servent d'icônes culturels du patrimoine et de l'identité des États-Unis. Pour beaucoup d'Américains, les parcs préservent l'essence immaculée et l'esprit pionnier du pays. Les parents emmènent leurs enfants en excursion dans les parcs nationaux, comme s'ils partaient en pèlerinage laïc, pour les familiariser avec les lieux d'intérêt national qui incarnent les valeurs, les idéaux et les origines de la nation américaine. Selon l'étude de la NPCA, un deuxième message presque aussi irrésistible que le précédent était le suivant : « Nos parcs nationaux sont l'héritage que nous laissons à nos enfants. »
Les parcs vedettes, tels Yellowstone, Yosemite et le Grand Canyon, représentent aujourd'hui l'ensemble du pays, tandis que le sommet englacé du mont Rainier, dans l'État du Washington, est devenu un symbole évocateur de la côte nord-ouest du Pacifique. L'attrait qu'exercent les Great Smoky Mountains, le parc national le plus visité, tient en grande partie à son lien avec la culture des Appalaches et des Cherokees.
Par ailleurs, les parcs nationaux incarnent des valeurs et des aspirations auxquelles les Américains attachent de l'importance. Les sommets élevés et les canyons profonds, dans le parc de Denali en Alaska ou dans le Grand Canyon, par exemple, symbolisent la majesté et la grandeur des États-Unis dont il est fait l'éloge dans l'hymne patriotique « America the Beautiful ». Préservés dans le réseau des parcs nationaux, les vastes paysages et les lieux que l'homme n'a jamais foulés nous rappellent la quête de liberté et d'indépendance qui est au cœur de la culture et de l'histoire américaines. Les hautes montagnes et les espaces sauvages isolés, par exemple dans le parc de Grand Teton (Wyoming), à North Cascades (Washington) et à Wrangell-St. Elias (Alaska), offrent le type de défis et d'aventures qui forment le caractère et qui contribuent à l'attitude audacieuse des Américains. Nombreux sont ceux qui recherchent le contact des forêts vierges et des coins tranquilles dans des parcs nationaux, tels Redwood (Californie) ou Rocky Mountain (Colorado), qui sont pour eux des cathédrales naturelles où ils veulent trouver la paix et un esprit de contemplation, renouer avec leur identité et redécouvrir ce qu'il y a d'important dans la vie.
Les Amérindiens, de même que les populations autochtones d'Hawaï, d'Alaska et des Samoa, associent leurs valeurs spirituelles les plus profondes à des lieux sacrés, à des croyances, à des pratiques et à des traditions qui sont liés à des terres faisant aujourd'hui partie des parcs nationaux. Les Hopi et d'autres tribus du plateau du Colorado font des pèlerinages au parc national de Mesa Verde pour y pratiquer des rituels, au site des habitations que les Anasazi, leurs mystérieux ancêtres, creusèrent dans les falaises. Les Cherokees considèrent que les Great Smoky Mountains de Caroline du Nord et du Tennessee sont leur terre d'origine et que les sommets arrondis de leurs monts, tel Clingman's Dome, sont des lieux de refuge et de guérison ainsi que la source de fleuves nourriciers. Les populations autochtones d'Hawaï vénèrent les coulées de lave et la végétation du Kilauea, situé dans le parc national des volcans, qui représentent pour elles le domaine sacré et le corps de Pelé, la déesse des volcans, dont l'ardente énergie est source de vie et de fécondité. Les Blackfeet, les Lakota et les autres tribus des hautes plaines organisent encore des danses du Soleil et prennent part à des « quêtes de la vision » dans des sites cérémoniels à l'intérieur des parcs nationaux, par exemple celui de Glacier (Montana) et des Badlands (Dakota du Sud). Le Service des parcs nationaux a rebaptisé le parc national du mont McKinley, en Alaska, qui s'appelle aujourd'hui le parc national et réserve naturelle de Denali, le nom koyukon traditionnel du sommet le plus élevé d'Amérique du Nord (Denali signifie « Celui qui est haut »). Le parc national des Samoa américaines participe à la sauvegarde des coutumes, des croyances et des traditions des Samoa, la « terre sacrée » du peuple samoan.
Enfin, les parcs nationaux possèdent une valeur et un pouvoir d'attraction particuliers pour les peuples de toutes les cultures, aux États-Unis comme dans le reste du monde. Les Américains d'origine japonaise qui vivent sur la côte nord-ouest du Pacifique, par exemple, donnent au mont Rainier le nom de « Tacoma Fuji », associant ainsi cette montagne au volcan sacré qui est le symbole du Japon. Les Afro-Américains tirent une juste fierté des « Buffalo Soldiers », ces soldats noirs de l'armée de terre des États-Unis qui participèrent à la sauvegarde de Yosemite, de Séquoia et d'autres parcs nationaux dans les premiers temps. Les touristes viennent du monde entier pour visiter nos parcs nationaux et en tirer des leçons qu'ils mettront en pratique de retour dans leur pays pour créer ce genre d'aires naturelles. La « meilleure idée » de l'Amérique est devenue un modèle pour la protection de lieux privilégiés à travers le monde et une contribution majeure à la culture mondiale.
Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.