26 octobre 2009

La journée de prière musulmane illustre la dynamique de la liberté d’expression aux É.-U.

Un service religieux islamique au Capitole attire des adeptes et quelques protestataires.

 

Washington - Dans le cadre des nombreux événements publics organisés au Capitole - siège du Congrès des États-Unis à Washington - l’occasion n’avait rien de remarquable : une journée de prière en plein air à laquelle prenaient part plusieurs milliers d’Américains, venus de tout le pays. Mais on peut aussi voir dans ce service religieux musulman une illustration des principes de liberté d’expression et du droit de protester mis en pratique par les Américains dans la vie de tous les jours, et ce de manière très visible dans la capitale des États-Unis.

« L’islam au Capitole »

Cette journée de prière appelée « L’islam au Capitole », qui a eu lieu le 25 septembre, a été lancée par M. Hassen Abdullah, avocat et président de la mosquée Dar-ul-Islam à Elizabeth, une ville du New Jersey. L’idée lui est venue en écoutant le discours du président Obama, prononcé au Caire en juin dernier à l’intention des musulmans du monde entier, a-t-dit dans un entretien accordé au quotidien New Jersey Star Ledger. « Pour la première fois de ma vie, j’ai entendu quelqu’un d’aussi important parler de l’islam et des musulmans (…) d’une manière qui disait que nous étions bienvenus dans la société et reconnaissant le fait que nous en faisions partie intégrante. »

Peu après, M. Adbullah, qui s’est converti à l’islam pendant ses études universitaires, et plusieurs autres personnalités de la communauté musulmane des États-Unis, dont l’imam Abdul Malid de New York, ont commencé à organiser cette journée de prière. Un mois plus tard, ayant rempli une demande d’organisation d’un rassemblement dans un endroit public - un simple formulaire d’une page - les organisateurs obtenaient le permis nécessaire octroyé par la police du Congrès.

Prières et manifestations

La journée de prière n’aurait attiré que modestement l’attention de la presse sans la présence d’un petit groupe de manifestants. Certains étaient là pour protester contre le manque de liberté de religion dans les pays à majorité musulmane ; d’autres tenaient surtout à critiquer la politique du gouvernement Obama en général. Aucune personnalité religieuse ou politique ne s’est jointe aux manifestants ni n’a exprimé de soutien à leur égard.

En effet, la journée « L’islam au Capitole » était un événement non-officiel dans lequel le gouvernement n’a joué aucun rôle. À noter qu’existe aux États-Unis une Journée nationale de prière, établie en 1952 par décret officiel, qui s’applique à toutes les religions sans distinction aucune ; en 1988, le premier jeudi de mai a été désigné comme date à laquelle elle serait célébrée chaque année.

La journée de prière islamique s’est déroulée sans accroc, avec des discours, des lectures de versets du Coran et des prières. « C’était à la fois un service religieux et un rassemblement pour dynamiser les adeptes », pouvait-on lire plus tard dans le quotidien Washington Post. Des services religieux musulmans se déroulent régulièrement au siège du Congrès, où l’Association des membres du personnel islamique du Congrès organise des prières du vendredi auxquelles participent souvent des responsables étrangers en visite dans la capitale et des diplomates. Mais nombre des membres de cette association n’ont pas pu prendre part à « L’islam au Capitole », parce qu’ils ont dû se rendre à un service de prière du Congressional Black Caucus - le groupe influent de députés afro-américains - qui se tenait à Washington le même jour.

Environ 3.000 personnes ont pris part à « L’islam au Capitole » ; les promoteurs attribuent le niveau de participation, qui n’a pas été tout à fait à la hauteur de leurs espérances, au fait que les organisations islamiques nationales n’avaient pas participé aux préparatifs. Certains commentateurs et blogueurs, comme M. Zahed Amanullah du site Internet altmuslim, et M. Aziz Poonawalla du blogue City of Brass, avaient critiqué le fait que « L’islam au Capitole » avait été prévu à une date trop proche de la fin du ramadan et des célébrations de fête de l’aïd el-Fitr.

Discours et manifestations

En organisant un événement ouvert au public au Capitole, les musulmans américains ne faisaient que perpétuer la tradition, aussi ancienne que les États-Unis eux-mêmes, de faire des discours et de s’exprimer en public. En effet, il serait impossible de trouver un quelconque groupe religieux, ethnique, politique, social ou culturel d’une certaine importance aux États-Unis qui n’ait tenu de rassemblements, de manifestations, de protestations, de services religieux, ou de piquets de grève à Washington.

D’autres manifestations, à échelle moindre, tenues à Washington au cours des douze derniers mois reflètent un vaste éventail de questions : un rassemblement en faveur des droits des Palestiniens à Gaza, en janvier ; un autre pour exiger des mesures immédiates afin de parer au réchauffement climatique, en mars ; un autre encore en faveur de la démocratie en Iran, en juin ; une manifestation contre le coup d’État aux Honduras, en juillet ; et une autre en faveur des droits de l’homme, organisée en septembre à l’occasion du 60e anniversaire de la République populaire de Chine. Pratiquement tous ces événements se sont déroulés sans heurts graves ni arrestations.

Le Premier Amendement à la Constitution des États-Unis ne protège pas seulement le droit de s’exprimer de manière polie ; il protège la liberté d’expression en général, notamment dans des discours ou les écrits relatifs à des questions et des personnalités publiques. (Les lois sur le libelle et la diffamation s’appliquent surtout aux particuliers.)

Bref, les Américains ont le droit d’exprimer leur opinion en public, de dire qu’ils ne sont pas d’accord avec leurs concitoyens, et de traiter leurs dirigeants et les personnalités publiques d’à peu près tout ce qu’ils veulent - tant qu’ils ne profèrent pas de menaces contre eux - sans crainte de poursuites judiciaires quelconques.

(Les articles du «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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