27 novembre 2009

Washington - Au début des années 80, la Zimbabwéenne Magodonga Mahlangu a été témoin du massacre de milliers de personnes, dont des membres de sa famille, dans le Matabeleland. Elle a décidé qu'il était intolérable que les Zimbabwéens n'aient pas le droit de savoir la vérité sur ce qui se passait dans leur pays. Lorsqu'elle a commencé à diriger le mouvement Women of Zimbabwe Arise (WOZA, Zimbabwéennes, levez-vous), cofondé avec Jenni Williams en 2002, Mme Mahlangu est devenue pour tous les Zimbabwéens un exemple montrant qu'il était possible de s'opposer pacifiquement et héroïquement au régime brutal du président Robert Mugabe.
Pour son œuvre édifiante et sa volonté de braver l'intimidation et les mauvais traitements infligés par le régime, Mme Mahlangu et WOZA ont reçu, le 23 novembre, à la Maison-Blanche, le prix Robert Kennedy des droits de l'homme, qui leur a été remis par le président Obama. Ce prix est ainsi nommé en l'honneur de l'ancien sénateur et champion des droits de l'homme assassiné en 1968.
Il a été créé en 1984 afin de récompenser les militants des droits de l'homme dans le monde entier. Il est assorti d'une somme de 30.000 dollars, ainsi que d'un soutien juridique et technique continu offert par le Centre Robert Kennedy pour la justice et les droits de l'homme, dont le siège est à Washington, la capitale des États-Unis.
« Par l'exemple qu'elle donne, Mme Magodonga a montré aux femmes de WOZA et aux Zimbabwéens que leur propre pouvoir peut saper celui de leurs oppresseurs, que leur force peut ébranler celle du dictateur. Son courage a été contagieux », a déclaré M. Obama lors de la remise du prix.
Les Zimbabwéennes ont en effet beaucoup souffert de la crise politique et économique qui ravage le pays sous le régime Mugabe. M. Obama a notamment cité « la faim désespérante ; l'effondrement des systèmes de santé et d'éducation ; la violence au foyer et le viol ; et la répression gouvernementale, qui va des restrictions à la liberté d'expression à l'enlèvement et l'assassinat de dissidents ».
Il a également souligné que le groupe WOZA avait beaucoup évolué, passant d'une poignée de militantes lors de sa création à 75.000 membres, y compris ceux de sa branche masculine. « Au cours des sept dernières années, ces deux entités ont organisé plus de cent manifestations - des servantes et des coiffeuses, des maraîchères et des couturières sont descendues dans la rue, chantant et dansant, battant le rythme sur des gamelles vides et brandissant des balais pour exprimer leur souhait de nettoyer le gouvernement. »
Mais leurs manifestations se heurtent souvent à la violence de la police anti-émeute de M. Mugabe. « Elles ont été gazées, enlevées, menacées avec des armes et brutalement battues - forcées de compter à haute voix chaque coup qui leur était assené », a dit M. Obama, précisant que 3.000 membres de WOZA avaient passé du temps en garde à vue ou en prison, et que Mmes Mahlangu et Williams risquaient une peine de prison de 5 ans lors de leur comparution, le 7 décembre prochain, devant un tribunal. Elles sont accusées de « conduite susceptible de nuire à la paix ».
Pourtant, a dit M. Obama, les Zimbabwéens trouvent dans la résistance héroïque de Mme Mahlangu une source d'inspiration. Cette dernière a en effet été battue, arrêtée 30 fois, sa maison a été fouillée, et elle a subi des traitements brutaux lors de chacune de ses incarcérations.
« De plus en plus de gens ont pris conscience de ce que Magodonga et les femmes de WOZA savent depuis toujours : le seul réel moyen d'enseigner l'amour et la non-violence est de donner l'exemple. Même lorsque cela signifie qu'il faut s'asseoir durant son arrestation, à la fois pour signifier son refus de réagir aux coups que l'on absorbe passivement, et pour dire venez toujours, vous ne nous faites pas peur. »
L'action de Mme Mahlangu a en outre engendré des actions à l'échelle des collectivités locales et créé une solidarité entre les Zimbabwéennes, ce qui est sans doute « son plus grand accomplissement », a dit M. Obama. « Elle leur a donné une voix qu'elles ne peuvent avoir que collectivement - et une force qu'elles ne peuvent tirer que de leur union. »
« Au bout du compte, la direction de l'histoire est claire : et ce n'est pas celle de ceux qui arrêtent des femmes et des enfants parce qu'ils ont chanté dans la rue. Ce n'est pas la voie de ceux qui affament et musellent leur propre peuple et qui s'accrochent au pouvoir par la menace de la force. C'est la voie de la bonne qui rentre à pied à Montgomery ; de la jeune femme qui marche silencieusement dans les rues de Téhéran ; de la militante emprisonnée dans sa propre maison à cause de son engagement envers la démocratie. »
C'était la première fois que ce prix était décerné depuis le décès du sénateur Ted Kennedy, survenu en août dernier. Le sénateur Kennedy avait compris que le legs de son frère comprenait une conviction que la distinction entre le bien et le mal devait être le fondement des lois et de la société.
Le legs de Robert Kennedy est « une sensibilité à la justice si aiguë qu'elle ne peut être ensevelie sous les raisonnements qui rendent la vie plus facile pour le reste d'entre nous - raisonnements selon lesquels la souffrance des autres n'est pas notre problème et que les malheurs du monde ne nous concernent pas. »
Lors d'un entretien accordé à la Voix de l'Amérique (VOA) le 10 novembre, Mme Mahlangu a déclaré accepter ce prix comme moyen d'attirer l'attention sur la lutte que mènent les Zimbabwéens pour les droits de l'homme. Elle a ajouté que de nombreuses personnes pensaient, à tort, que l'Accord politique global passé entre le président Mugabe et son rival politique Morgan Tsvangiraï avait entraîné des changements parce qu'il y avait « des vivres sur le marché ».
« Les gens pensent que tout va bien. Mais nous rétablissons la vérité. Nous sommes également reconnaissants d'avoir la chance d'être ici, de remporter et de recevoir ce prix, parce que cela va amplifier la voix des simples citoyens du Zimbabwe », a-t-elle dit à la VOA.
(Les articles du site «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)