24 novembre 2009
Appel à un dialogue américano-iranien à long terme sur les droits de l'homme et le nucléaire

Washington - Afin de surmonter une longue période de méfiance et de suspicion, les États-Unis devraient engager avec l'Iran un processus de dialogue patient et à long terme sur toute une gamme de dossiers, notamment sa politique nucléaire et la question des droits de l'homme, a déclaré un groupe distingué d'universitaires et de diplomates lors d'une conférence organisée par le Conseil national irano-américain le 4 novembre.
Cette date coïncidait avec le trentième anniversaire de la prise d'otages américains à l'ambassade des États-Unis à Téhéran.
Dans un premier groupe, Hadi Ghaemi, directeur de la Campagne internationale pour les droits de l'homme en Iran, a déclaré que l'on assistait actuellement en Iran à la montée d'un vaste mouvement pacifique des droits civiques, plutôt que simplement à une opposition politique.
« Le mouvement est encore en train de trouver sa forme et ses caractéristiques », a-t-il déclaré. « Chaque personne est un meneur et chaque personne est une source médiatique grâce aux technologies du téléphone et de l'Internet. »
Alors même qu'il parlait, ces téléphones portables et d'autres sources médiatiques transmettaient des images extraordinaires de milliers de manifestants pacifiques à Téhéran - beaucoup d'entre eux portant des brassards verts et le voile - que la police et la milice Basij attaquaient au moyen de bâtons et de gaz lacrymogène.
La marche d'opposition était en défi à la manifestation officielle du gouvernement marquant le trentième anniversaire de la prise d'otages. Les autorités, comme dans le passé, ont brûlé des drapeaux et lancé des slogans de « mort à l'Amérique ». Mais cette fois-ci, les cris étaient accompagnés de l'écho des manifestants de l'opposition qui criaient « mort au dictateur », rapporte la presse.
« Des gens courageux continuent de descendre dans la rue face à une force écrasante », a déclaré Geneive Abdo, un membre du groupe d'experts, ancienne correspondante au Moyen-Orient et analyste des affaires iraniennes pour la Century Foundation.
À Washington, le président Obama a diffusé un communiqué réitérant l'invitation adressée à l'Iran de surmonter le legs du passé et d'établir de nouvelles relations reposant sur le respect mutuel et sur la non-ingérence.
« L'Iran doit choisir », a dit le président. « Cela fait trente ans qu'il nous répète ce à quoi il s'oppose ; il faudrait maintenant savoir ce à quoi il est favorable pour l'avenir. »
La dynamique politique
Le gouvernement iranien se heurte à un défi sans précédent de la part d'une opposition constituée d'une large couche transversale de la société - mais ce n'est pas encore un mouvement révolutionnaire, à déclaré Mehrzad Boroujerdi, un autre membre du groupe d'experts, qui est professeur à la Maxwell School de l'université de Syracuse à New York.
« Ayant participé à la révolution de 1979, je peux dire qu'il n'existe pas beaucoup d'enthousiasme pour les ruptures profondes de la société qui ont lieu lors d'une révolution », a-t-il déclare. « Il est certain qu'ils n'aiment pas le système actuel, mais ils préfèrent un changement progressif. »
Genieve Abdo est d'accord, et de préciser que la force du mouvement découle en partie de son aspect non violent qui lui permet de l'emporter pour des raisons d'ordre moral et de lancer l'accusation que « le gouvernement islamique n'est plus islamique ».

Quoi qu'il en soit, a ajouté Mme Abdo, on assiste à l'heure actuelle en Iran à une polarisation radicale entre le mouvement des droits civiques de l'opposition et un gouvernement de plus en plus dominé par les militaires et la Garde révolutionnaire.
M. Boroujerdi a décrit la situation politique actuelle comme un « tsunami politique », mais il a précisé que l'opposition hésite à lancer un appel à la révolution du fait qu'elle sait le prix élevé qu'il en découlerait pour tout le monde en pertes de vies et de biens.
Les trois experts sont tous d'accord que l'opposition aimerait avoir l'appui moral du gouvernement Obama et que des sanctions économiques généralisées ne feraient que renforcer le gouvernement.
Recommandations à l'égard de la politique des États-Unis
Un deuxième groupe d'experts, ciblant cette fois-ci les choix pour la politique américaine, était constitué de deux anciens diplomates américains : Thomas Pickering, ancien ambassadeur et sous-secrétaire d'État pour les affaires politiques, et John Limbert, ancien ambassadeur, spécialiste de l'Iran et tenu en otage à l'ambassade de Téhéran pendant 14 mois. Ce groupe comprenait aussi par Greg Thielmann, un expert en contrôle des armements.
M. Limbert a déclaré qu'il était surpris que la brouille entre les États-Unis et l'Iran ait duré 30 ans et M. Pickering a averti que la voie diplomatique serait longue et pleine de contradictions.
Les États-Unis doivent être prêts à être très patients, a déclaré M. Pickering. Parlant de l'obtention d'accords, il a évoqué le dicton populaire qui dit « que si on veut vraiment quelque chose, il faut être prêt à encaisser les coups ».
« Le président Obama représente une grosse difficulté pour le leader suprême Khamenei », déclare Limbert. « Il est facile de traiter avec un ennemi pur et simple - mais M. Obama n'est pas un ennemi, c'est un rival. Khamenei est obligé de donner des justifications à l'opinion publique, ce qui poussera le gouvernement à se discréditer. »
M. Pickering a salué la décision du gouvernement Obama d'avoir des négociations sans conditions préalables et a souligné l'importance d'établir un ordre du jour ambitieux et d'œuvrer pour un changement progressif, comme c'est le cas pour les relations entre les États-Unis et la Chine.
Ces négociations, a-t-il indiqué, devraient inclure le nucléaire, les droits de l'homme et des questions de politique régionale, avec la participation entière de la communauté internationale, en particulier celle du P5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l'Allemagne).
M. Theilmann, de l'Association pour le contrôle des armements, a déclaré que les obstacles actuels aux accords de Vienne sur le transfert d'uranium à l'extérieur du pays sont d'ordre politique.
Une solution, a-t-il suggéré, serait que l'Iran transfère ses réserves à un pays en qui elle a confiance, comme la Turquie, qui assurerait sa protection à mesure qu'il l'achemine par étape à destination de la Russie ou de la France pour un enrichissement adapté aux fins médicales.
Les trois participants se sont montrés sceptiques quant à l'utilité de sanctions économiques. M. Pickering a dit que les conséquences, pour l'Iran, d'avoir défié la communauté internationale devraient au contraire être centrées sur l'isolement politique.
Tout en exprimant une grande préoccupation et une profonde incertitude à l'égard du programme nucléaire de l'Iran, ni M. Pickering ni M. Thielmann ne pensent que les dirigeants iraniens aient encore pris la décision irrévocable de développer des armes nucléaires.
La tâche maintenant pour les États-Unis « est de négocier avec le gouvernement et d'écouter le peuple, » a ajouté M. Pickering.
(Les articles du site «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)