21 septembre 2009

Washington - Un an après la signature de l'accord politique général conclu entre les principaux partis du Zimbabwé, les États-Unis attendent encore de voir les progrès significatifs et durables dans son application qui illustreraient l'engagement du gouvernement zimbabwéen en faveur des réformes et des libertés démocratiques.
« Il y a beaucoup de choses qui peuvent et qui doivent être entreprises pour montrer qu'un changement réel s'est effectué dans les esprits et dans les attitudes à l'égard de la mise en vigueur de l'accord politique général », a dit le secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, M. Johnnie Carson, à America.gov. « En effet, s'il nous était possible de voir des progrès significatifs et soutenus dans son application (…) je pense que nous serions alors l'obligation d'y répondre » en examinant le dossier des sanctions imposées par les États-Unis contre les personnes et entités responsables de miner les réformes démocratiques au Zimbabwé.
L'accord conclu le 15 septembre 2008 entre la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwé - Front patriotique) du président Mugabe et le MCD (Mouvement pour le changement démocratique), parti de l'opposition du premier ministre, M. Morgan Tsvangirai, avait ouvert la voie à la formation du gouvernement de transition actuel et préconisait la création d'une nouvelle constitution. L'application totale de cet accord exige, entre autres, de la ZANU-PF et de M. Mugabe de faire montre de plus d'honnêteté et de transparence à l'égard du MCD, leurs partenaires dans le gouvernement d'union nationale.
« Nous aimerions que cessent tout le harcèlement des membres du MCD (…) et les tentatives très subtiles mais qui se poursuivent pour discréditer les membres de ce parti élus au parlement » ; il faudrait aussi que les membres du MCD soient investis dans les postes auxquels ils avaient été nommés au sein du gouvernement de transition à l'entrée en fonction de celui-ci en février dernier, a affirmé M. Carson.
M. Mugabe, qui dirige le Zimbabwé depuis son indépendance en 1980, doit aussi révoquer « toutes les lois de l'état d'urgence qui accordent à l'exécutif le pouvoir de prendre certaines actions d'une légalité douteuse », autoriser l'existence de médias libres et ouverts, et mettre fin aux invasions de fermes appartenant aux Blancs, a ajouté le secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines.
Les États-Unis maintiennent en vigueur des sanctions imposées contre 208 personnes et entités qui ont entravé la progression de la démocratie aux Zimbabwé ; selon M. Carson, le gouvernement Obama espère que ces mesures « encourageront les responsables zimbabwéens à entreprendre le genre de réformes politiques qui permettront enfin le retour au Zimbabwé d'un climat politique et économique normal ».
M. Carson a ajouté qu'il avait fait un geste d'ouverture à l'égard des dirigeants zimbabwéens, dont M. Mugabe, dans le but d'encourager les réformes et l'application complète de l'accord politique. Il a qualifié l'entretien qu'il a tenu en juillet à New York avec la vice-présidente du Zimbabwé, Mme Joice Mujuru, « de productif et détendu », ajoutant que celle-ci semblait comprendre le souhait des États-Unis de voir des changements réels accomplis dans son pays.
M. Carson a dit cependant que sa rencontre en août avec le président Mugabe en Libye, en marge du sommet de l'Union africaine, avait été « tendue et difficile » ; M. Mugabe, a expliqué M. Carson, « avait considéré ce dialogue comme étant une ingérence dans la souveraineté du Zimbabwé et une attaque contre son autorité et son pouvoir ».
Malgré les sanctions qu'ils ont imposées contre certains responsables de la ZANU-PF, les États-Unis demeurent « l'un des pays qui fournissent l'aide la plus importante et la plus significative » au Zimbabwé, a souligné M. Carson. Acheminant son assistance par le biais d'organisations non gouvernementales, le gouvernement Obama prévoit que d'ici la fin de l'année il aura alloué plus de 200 millions de dollars à des programmes humanitaires ciblant la santé des enfants et la prévention du sida, mais aussi la lutte contre le choléra, grâce à la fourniture d'eau potable. M. Carson a également annoncé qu'un don de 73 millions de dollars supplémentaires avait été accordé en juin pour appuyer la lutte contre le sida et promouvoir la cause de la démocratie et de la bonne gouvernance au Zimbabwé.
Le secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines a souligné que M. Mugabe et les responsables de la ZANU-PF demeuraient les principaux facteurs entravant le progrès dans le pays en raison « de leur manque de volonté et d'engagement politiques » en faveur des réformes.
« Une fois de plus, nous voyons un pays africain dévasté par de mauvais dirigeants qui, aux dépens des citoyens, favorisent leurs propres intérêts, (…) leur propre survie et leurs propres désirs plutôt que ceux de la population », a dit M. Carson. Mais il a ajouté que ces mêmes dirigeants qui ont causé ces souffrances aux Zimbabwéens au cours de la dernière décennie peuvent aussi « contribuer à transformer pour le mieux la situation politique et économique du pays ».
Les États-Unis continuent d'œuvrer de concert avec les pays limitrophes du Zimbabwé, au sein de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC), pour y encourager le changement. M. Carson s'est dit conscient des conséquences de l'instabilité économique et politique du Zimbabwé sur les pays de la sous-région, notamment l'Afrique du Sud, le Botswana et le Mozambique, qui abritent des millions de réfugiés zimbabwéens.
« L'image de marque de la région de même que les avantages économiques qui se répandaient du Zimbabwé à toute la région, ont diminué en raison de la crise économique qui y perdure », a dit M. Carson. Bien que les États-Unis et d'autres pays, comme l'Afrique du Sud, ne soient pas toujours du même avis quant aux meilleures tactiques pour encourager le changement au Zimbabwé, « ils partagent toutefois des objectifs communs ». « Nous souhaitons tous voir un Zimbabwé fort, stable, démocratique, économiquement viable et capable de jouer le rôle qui lui revient de droit en Afrique australe de même que sur la scène internationale. »