30 mars 2009
La fondation JUCONI lutte contre la pauvreté chronique en aidant les familles des enfants de la rue.

Washington - Au Mexique, les enfants de la rue sont parmi les membres les plus menacés de la société. Un grand nombre d'entre eux ont été expulsés de l'école ou l'ont simplement quittée ; ayant fui la violence dans leurs foyers, ils se retrouvent dans la rue où parfois ils travaillent ou bien ils vivent dans des maisons sans structure familiale ; parfois leurs parents se désintéressent de leur sort. La fondation JUCONI tente d'aider ces enfants en difficulté en ciblant le problème central à leur dilemme, à savoir, les troubles au sein de leurs familles.
« Si un enfant se trouve dans la rue, c'est le résultat de quelque chose de bien plus grave et c'est la violence entre les générations dans un foyer », a dit à America.gov le directeur général de JUCONI, Travis Ning. « Les préjudices causés par la violence empêchent réellement cet enfant et sa famille de se sortir d'une situation de misère. »
M. Ning a indiqué que la violence contribue à la pauvreté chronique, avec les parents répétant le même mauvais comportement qu'ils ont connu de leurs propres parents. La santé mentale, la sécurité et le bien-être général peuvent bâtir les fondements d'interactions plus productives dans la société, malgré le niveau de pauvreté, notamment la possibilité de rester à l'école et de faire de bonnes études, de s'entendre avec ses employeurs et de mettre fin au désespoir qui entrave la volonté de réussir, a souligné M. Ning.
Fondée en 1989 à Puebla, l'organisation JUCONI prend des enfants de la rue locaux, dont un grand nombre viennent de régions encore plus pauvres du sud du Mexique, et entame un processus qui dure de trois à cinq ans, pour les aider de même que leurs familles. JUCONI offre à ces enfants un endroit sûr pour rester durant la journée et la possibilité de pratiquer plusieurs activités qui peuvent les aider à découvrir des talents, des intérêts et des compétences. Puis, une fois la confiance établie, le personnel demande à ces enfants de rencontrer leurs familles.
M. Ning a dit que ces familles, qui sont « plutôt invisibles dans la société mexicaine », ont tendance, d'abord, à résister aux efforts de son organisation. « Ces familles ont été rejetées par toutes les autres initiatives, ou bien elles ont reçu des offres d'assistance qui ne se sont jamais concrétisées. Alors elles sont déçues. Réellement déçues. Et il leur faut beaucoup avant de nous faire confiance. »
Grâce à des séances hebdomadaires de thérapie familiale, JUCONI engage la participation des parents et les aide à surmonter leurs traumatismes passés afin de pouvoir briser un cercle dont ils ne sont peut-être pas conscients. « Nous leur offrons le modèle de relations que nous souhaiterions qu'ils aient avec leurs propres enfants », a expliqué M. Ning, ce qui fournit aux parents un exemple de comment quelqu'un peut prendre soin de vous, un exemple qu'ils pourront émuler quand il s'agira de prendre soin de leurs propres enfants.

« En fait, c'est se faire mère pour une mère qui n'a jamais reçu ce genre de soins, parce que nous ne pouvons pas demander à une personne de faire quelque chose qu'elle ne sait pas faire », a-t-il souligné.
Lorsque JUCONI achèvera son travail, la famille sera toujours dans la pauvreté, a admis M. Ning. « La différence que nous leur promettons, c'est qu'ils ne seront pas chroniquement pauvres. Ils avanceront un peu plus avec chaque génération », grâce à une amélioration de leur aptitude à réussir au niveau éducatif, de leur santé physique et mentale et de leurs relations sociales de même qu'ils auront tendance à commencer une famille un peu plus tard dans la vie.
Chaque année, l'organisation JUCONI travaille avec environ 350 enfants et leurs familles. Avec des millions de Mexicains vivant dans la pauvreté, JUCONI doit se concentrer sur les cas les plus difficiles, a souligné M. Ning.
« Si une mère vient sonner à la porte de JUCONI pour demander de l'aide, elle prouve déjà qu'elle veut être une bonne mère, et dans un sens, nous savons que si notre organisation ne l'aide pas, quelqu'un d'autre le fera. Elle continuera à chercher », dit-il. « JUCONI cherche à aider les mères qui ne font même pas cela - celles qui sont si isolées et marquées qu'elles n'ont même plus la capacité de tenter de trouver les ressources les plus fondamentales dont ont besoin leurs propres enfants. »
Avec le trafic de stupéfiants au Mexique faisant la une des journaux, les initiatives de JUCONI pourraient permettre de dissuader les jeunes qui penseraient à devenir membres de gangs, a précisé M. Nang. Le public international, dit-il, est scandalisé par le meurtre de membres innocents des familles de responsables gouvernementaux, dans le cadre de la violence liée à ce trafic. « Mais si vous êtes issus d'une situation où votre système de valeurs et votre conception de la vie sont entièrement tordus, alors vous vous trouverez parfaitement aptes » à vous joindre à un groupe criminel.
« Les individus qui se joignent à ces bandes criminelles ne sont pas des personnes bien intégrées à la société. Ce sont des gens qui ont été victimes, simplement parce qu'ils viennent de familles comme celles que JUCONI aident, et qui peuvent faire l'objet de lavage de cerveau dans le sens qu'ils n'ont pas un concept réel de la moralité », a souligné M. Ning.
Depuis sa création il y a vingt ans, la fondation JUCONI a permis à 96,5 % des enfants qu'elle a aidés à ne plus vivre ou travailler dans la rue, et elle a réussi à le faire sans aucune assistance gouvernementale ou budget adéquat pour embaucher des thérapeutes ou d'autres soignants professionnels.
En 2008, l'UNICEF a décerné à JUCONI son prix de meilleures pratiques, non seulement pour ses travaux mais aussi pour son modèle de personnel. M. Ning a dit que cette fondation partage ce modèle de même que son savoir-faire et ses meilleurs pratiques avec d'autres organisations en Amérique latine et en Afrique.